Jerome a dit ….

Posté le 14 mai 2020

Jerome Powell a dit aux marchés boursiers ce qu’ils ne voulaient pas entendre/admettre/reconnaître depuis des semaines, à savoir que la reprise sera plus lente que prévue, résultat la bourse américaine a reculé sensiblement.

Propos de Powell

Et il faut prendre le temps de lire les propos de Powell et s’arrêter sur les points essentiels de son intervention, car la FED comme la BCE, indique que les banques centrales ont joué leur rôle, mais que toutes leurs interventions ne seront pas suffisantes pour permettre une relance de l’économie.

Powell a rappelé s’il le fallait encore que « l’ampleur et la rapidité de ce ralentissement sont sans précédent dans l’histoire moderne, bien pire que toute récession depuis la Seconde Guerre mondiale. Nous assistons à un grave déclin de l’activité économique et de l’emploi, et déjà les gains en matière d’emploi de la dernière décennie ont été effacés. Une enquête de la Fed, qui sera publiée demain, fait état de résultats similaires à ceux de nombreuses autres enquêtes : parmi les personnes qui travaillaient en février, près de 40 % des ménages gagnant moins de 40 000 dollars par an avaient perdu leur emploi en mars. Ce revirement de situation économique a provoqué un niveau de douleur difficile à exprimer par des mots, car les vies sont bouleversées dans un contexte de grande incertitude quant à l’avenir ».

Et s’il reconnait que le gouvernement a réagi rapidement et que la réponse budgétaire a été la plus rapide et la plus importante de l’après-guerre, il s’inquiète pour l’avenir. Même si la FED reste mobilisée et qu’elle continuera à utiliser tous les instruments mis en place en soulignant qu’ « à la Fed, nous continuerons à utiliser pleinement nos outils jusqu’à ce que la crise soit passée et que la reprise économique soit bien engagée », le chemin sera encore long.

Mais « rappelons que la Fed dispose de pouvoirs de prêt, et non de pouvoirs de dépense. Un prêt accordé par la Fed peut servir de passerelle en cas d’interruption temporaire des liquidités, et ces prêts aideront de nombreux emprunteurs à traverser la crise actuelle. Mais la reprise peut prendre un certain temps avant de s’accélérer, et le passage du temps peut transformer les problèmes de liquidité en problèmes de solvabilité. Un soutien budgétaire supplémentaire pourrait être coûteux, mais il en vaut la peine s’il permet d’éviter des dommages économiques à long terme et nous laisse une reprise plus forte. Ce compromis en est un pour nos représentants élus, qui disposent de pouvoirs d’imposition et de dépense » a conclu Powell.

Le message est on ne peut plus clair, il ne faut pas se voiler la face, la reprise sera plus lente que la chute et les Etats vont devoir encore soutenir cette dernière. Et Powell a fait un peu comme le jeu « Jacques a dit », pas dans le sens d’obéir, mais dans le sens de l’intérêt du jeu, à savoir apprendre à ne pas être influencé par des facteurs extérieurs et prendre une responsabilité individuelle.

Powell a également écarté l’idée de voir les taux d’intérêt passer en territoire négatif comme l’anticipent les contrats à terme. « Le point de vue de la commission(le Conseil de la FED) sur les taux négatifs n’a pas vraiment changé. Ce n’est pas quelque chose que nous examinons », a-t-il souligné.

Ces propos n’ont pas plu à la bourse américaine, et ils n’ont pas plu non plus à Trump qui continue de s’en prendre à Powell parce qu’il ne veut pas baisser les taux d’intérêt en territoire négatif.

Comme chaque semaine, et Powell a lourdement insisté sur les impacts négatifs du chômage, nous serons attentifs au chiffre des inscriptions hebdomadaires au chômage (voir graphique), qui devraient être encore de 2.5 millions.

Encore des chutes

Pas de réelle surprise pour le chiffre du PIB en Grande-Bretagne qui a reculé de 2% au premier trimestre, soit un recul de 2.6% en chiffre annuel. Mais le second trimestre sera nettement plus négatif parce que le pays amorcera son déconfinement plus tard que les autres.

Si la Grande-Bretagne semble mieux résister que les pays de la zone euro et que finalement le recul n’a été que de 2% alors que l’on tablait sur une baisse de 3.8% du PIB, c’est parce que le confinement n’a commencé que le 23 mars.

Mais pour le second trimestre, la BOE s’attend à une chute de 25% du PIB, en observant que sur le mois de mars la chute a déjà été de 5.8%. Et la chute de 19%, en avril, des ventes de détail ne fait que renforcer ce scénario.

Autre chute, sans surprise non plus, mais dont l’ampleur ne peut évidemment pas laisser indifférent, celle de la production industrielle en zone euro. Cette dernière a reculé de 11.3% au mois de mars (de -10.4% dans l’UE), soit une chute de 12.9% en taux annuel (de -11.8% dans l’UE). (voir les graphiques).

Dans le détail c’est la production de biens de consommation durables qui a le plus reculé (-26.3%), suivie par celle des biens d’investissement (-15.9%) et des biens intermédiaires (-11%). Toujours sur le mois de mars, le recul a été le plus fort en Italie (-28.4%), en Slovaquie (-20.3%) et en France (-16.4%), alors que l’Irlande parvenait à afficher une hausse de 15.5%.