Surtout pas de nouvelles tensions commerciales

Posté le 15 mai 2020

Timide reprise de la production en Chine, mais dans un contexte de relations extrêmement tendues avec les Etats-Unis qui pourraient mettre à mal une reprise déjà très faible à la base.

Petite reprise

Comme le montre le graphique, après la chute de la production industrielle au début de cette année, on assiste à une timide reprise de cette dernière avec une hausse de 3.9% en taux annuel.

Ce chiffre cache cependant le fait que cette hausse est essentiellement assurée par la demande intérieure, alors que les carnets de commande à l’exportation restent désespérément faibles.

Mais la reprise en Chine est fragile aussi parce que la consommation ne redécolle pas comme l’a montré le recul de 7.5% des ventes de détail. Ainsi que le recul de 10.3% des investissements sur la période de janvier à avril, même si l’on constate une légère amélioration par rapport à la baisse de 16.1% pour les trois premiers mois.

Deux éléments sont néanmoins positifs, d’une part, la poursuite des injections de liquidités par la banque centrale, et d’autre part, concernant la production, la production d’acier a augmenté de 7.7% d’un mois à l’autre et même de 0.2% par rapport au mois d’avril 2019.

Mais vu la timidité de la reprise, il est évident que de nouvelles tensions avec les Etats-Unis seraient très dommageables et une nouvelle fois Trump souffle le chaud et le froid. Cette semaine, il a aussi bien annoncé qu’il n’avait aucun intérêt à renégocier l’accord commercial entre les deux pays, que de menacer de rompre totalement les relations avec la Chine. Mais cela ne l’a pas empêché d’affirmer aussi qu’il avait de bonnes relations avec le dirigeant chinois Xi mais « but I just – right now I don’t want to speak to him, » a-t-il déclaré.

Façon peut-être aussi de maintenir la pression, le yuan s’est sensiblement affaibli par rapport au dollar comme le montre le graphique.

Et pourtant ce n’est pas le moment

Si pour la Chine de nouvelles tensions commerciales avec les Etats-Unis seraient dommageables, que dire alors pour les Etats-Unis qui ne sont pas encore sortis de la phase de déconfinement.

En plus, même si les deux camps sont persuadés qu’un nouveau plan de soutien est indispensable pour soutenir la reprise, ils s’opposent sur la forme de celui-ci. On attend en effet normalement un vote de la Chambre des représentants sur un projet de loi de relance de 3 000 milliards de dollars.

Ce projet de loi comprendrait un montant d’un trillion de dollars d’allègements pour les États et les collectivités locales, ainsi qu’une deuxième série de paiements directs de 1 200 dollars par personne, jusqu’à 6 000 dollars par ménage, et 75 milliards de dollars pour les tests de Covid-19, entre autres.

Mais ce projet de loi pourrait être rejeté par le Sénat, les républicains n’étant apparemment pas très favorables à la proposition des démocrates.

Et pendant ce temps, les indicateurs économiques continuent de se dégrader puisqu’ils concernent la période d’avril. Ainsi, les inscriptions hebdomadaires au chômage ont encore été de 2.981 millions, ce qui porte à 36.5 millions le nombre de personnes inscrites au chômage depuis la mi-mars.

Les ventes de détail devraient chuter d’un mois à l’autre de 12% contre un précédent recul de 8.4%, et la production industrielle devrait afficher une chute aussi brutale de 12% contre une baisse de 5.4% le mois précédent.

Petite réflexion de Cioran en ces temps troubles et perturbés. « Une civilisation commence à déchoir à partir du moment où la Vie devient son unique obsession. Les époques d’apogée cultivent les valeurs pour elles-mêmes : la vie n’est qu’un moyen pour les réaliser ; l’individu ne sait pas vivre, il vit (…). L’affectivité le domine et le remplit. »