L’UE joue son avenir et le nôtre en même temps

Posté le 9 avril 2020

European flags in front of the Berlaymont building headquarters of the European commission in Brussels.

Les dirigeants européens vont-ils être à la hauteur et proposer une solution solidaire et unique face à une crise unique et d’une ampleur inédite ? Ou bien à côté de la crise sanitaire, allons-nous en plus assister à l’éclatement de l’UE et une fuite en avant individuelle qui serait suicidaire ? Il est fou de devoir se poser la question alors que les morts se comptent par milliers, que le personnel de la santé souffre, que les entreprises craignent pour leurs survies, et que les travailleurs perdent leur emploi.

Deux réunions fondamentales

Après plus de 16 heures de discussion, les ministres des finances de l’UE n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur tous les points, même si des avancées auraient été engrangées.

Le point d’achoppement porte sur l’utilisation du MES que les Pays-Bas persistent à voir utiliser avec des conditions qui tiendraient compte des critères économiques spécifiques à tout pays souhaitant utiliser les fonds. Alors que de son côté, l’Italie était prête à accepter une référence générique à la nécessité de s’en tenir aux règles budgétaires de l’UE, mais rien de plus spécifique.

Par contre, les ministres se sont mis d’accord pour donner à la Banque européenne d’investissement des garanties qui lui permettraient d’augmenter ses prêts de 200 milliards d’euros supplémentaires pour soutenir les entreprises en difficulté.

Ils ont également soutenu une proposition visant à ce que l’UE emprunte 100 milliards d’euros sur le marché pour subventionner les salaires des particuliers afin que les entreprises puissent réduire le temps de travail, et non les emplois.

Et ils ont convenu que l’UE aurait besoin d’un fonds de relance pour aider l’économie de la zone euro à sortir de la récession, mais sans parvenir à s’entendre sur la manière dont un tel fonds de relance devrait être financé.

Il y a donc deux points de tension, et deux points qui requièrent une solidarité entre les Etats.

Consciente de la gravité de la situation, Christine Lagarde s’est fendue d’une tribune dans la presse dans laquelle est écrit « un alignement complet des politiques fiscales et monétaires – et des conditions de concurrence équitables contre le virus – est le meilleur moyen de protéger notre capacité de production et l’emploi. La solidarité est en fait un intérêt personnel ».

« Il est vital que la réponse budgétaire à cette crise soit entreprise avec une force suffisante dans toutes les parties de la zone euro », a déclaré Mme Lagarde. « Les gouvernements doivent se soutenir mutuellement, afin qu’ils puissent ensemble déployer la réponse politique optimale contre un choc commun dont personne n’est responsable ».

Espérons qu’elle soit entendue et espérons un accord, car sinon s’en est finit de l’UE et les conséquences en seront dramatiques et au-delà de tout ce qu’on peut imaginer.

Autre réunion importante, mais heureusement moins dramatique en cas d’échec, même si un échec serait très lourd de conséquences pour certains pays, il s’agit évidemment de la réunion de l’OPEP.

Comme le montre le graphique, le prix du baril est remonté sur les espoirs de voir la production être réduite. Il semblerait que l’on soit en bonne voie vers un accord de réduire la production entre 10 et 15 millions de barils par jour, la Russie ayant marqué son accord pour réduire sa production de 1.6 millions de barils par jour.

Il y a urgence

Pour revenir à la réunion des ministres des finances de l’UE, il y a urgence quand on voit les prévisions qui commencent à tomber.

La Banque de France estime que l’économie française devrait se contracter de 6% sur le premier trimestre, soit connaitre la pire contraction de son histoire dépassant même le recul de 5.3% au second trimestre 1968.

Selon les instituts allemands de prévisions, l’économie allemande devrait connaitre une contraction de 9.8% de son PIB au deuxième trimestre.

Selon l’économiste de PIMCO, l’économie américaine devrait connaitre une contraction de son PIB de 30% au deuxième trimestre. Toujours aux Etats-Unis, les inscriptions hebdomadaires au chômage qui avaient été la semaine passée de 6.65 millions devraient encore s’élever cette semaine à 5.5 millions. Ce qui signifie que le taux de chômage qui était de 4.4% en mars pourrait s’envoler à 14%.

Les chiffres de la production industrielle au mois de février vont commencer à tomber et nous donner une première idée de l’impact au début de la crise. Pour l’Italie, elle devrait reculer de 1.7% sur le mois, et en Grande-Bretagne elle devrait être stable, mais par contre la production manufacturière est attendue en recul de 4%.