Et si finalement le nouveau président de la FED, Kevin Warsh, en ne voulant pas prendre position, pour ne pas déplaire à Trump, a provoqué une hausse des taux longs terme qui oblige l’administration américaine à réagir ?
L’effet boomerang ?
Et si finalement le nouveau président de la FED, Kevin Warsh, en ne voulant pas prendre position, pour ne pas déplaire à Trump, a provoqué une hausse des taux longs terme qui oblige l’administration américaine à réagir ?
Minutes de la FED
Pour rappel, depuis le début de sa présidence, Warsh s’est refusé à donner des indications au marché sur les intentions futures de la FED et veut même réduire le nombre de réunions.
Et malgré le fait qu’il a martelé qu’il serait ferme concernant l’inflation et ne laisserait pas cette dernière augmenter, dans les faits, il n’a, à aucun moment indiqué sa volonté d’agir.
Et c’est d’ailleurs ressorti dans les minutes de la dernière réunion de la FED, dans lesquelles les divergences de vue se sont nettement exprimées.
Ceux qui ont voté pour une hausse des taux ont clairement exprimé leur inquiétude, car ils « ont remarqué que les pressions sur les prix semblaient larges et ont jugé que le Comité devrait adopter une position politique plus restrictive afin de respecter son engagement à atteindre durablement ses objectifs de stabilité des prix et d’emploi maximal ». Avec le risque, selon eux, que ne rien faire pourrait avoir comme conséquence « une séquence plus abrupte et potentiellement plus coûteuse de resserrements à un stade ultérieur ».
Mais aucune indication des intentions de Warsh, et le marché a dû se contenter d’un message sibyllin.
En réaction
Face à cette absence de direction, le marché obligataire en poussant les taux à la hausse, aurait-il manifesté son mécontentement ou à tout le moins son incompréhension ?
J’ai expliqué longuement, mardi et mercredi, les raisons de cette hausse des taux longs, qui ne se limite pas qu’aux Etats-Unis, et l’absence d’indication de la part de la Warsh est une de ces raisons.
Mais deux réactions de la part du Trésor américain pourraient laisser penser qu’une certaine inquiétude, voire une certaine panique, s’est emparée de l’administration américaine face à cette forte hausse des taux, dont Warsh porte en partie la responsabilité.
Hier, le Trésor américain a annoncé, en prenant les marchés par surprise, qu’il doublait ses rachats d’obligations à long terme à 4 milliards de dollars par opération.
Ce montant est certes dérisoire par rapport à un marché équivalent à 32,2 billions de dollars, mais a suffi pour calmer un peu les tensions sur les taux longs, comme le montre le graphique du rendement du Treasury 30 ans.

Même si personne ne le dira explicitement, cette annonce intervient juste après cette forte poussée des taux, et le timing est difficile à ignorer.
D’autant plus qu’il ne s’agit pas de la première intervention de la part du Trésor américain. Car en volant au secours de la BOJ, en intervenant sur le marché des changes au début de ce mois, le Trésor américain a peut-être surtout voulu éviter que le Japon ne vende des bons du Trésor américain pour pouvoir ensuite vendre des dollars pour soutenir leur devise.
Car rappelons que le Japon est le premier détenteur de la dette américaine, et que s’il se mettait à vendre massivement cette dernière, il accentuerait la hausse des taux longs américains.
Au lieu de régler le problème, le Trésor américain donne le sentiment de vouloir intervenir et ne pas laisser le marché agir à sa guise, alors que paradoxalement Warsh donne le sentiment inverse.
Car si les taux montent
C’est que le marché s’inquiète, à juste titre, de la hausse de la dette, et d’autant plus après l’annonce par le département du Trésor que la dette totale américaine avait dépassé pour la première fois les 40.000 milliards de dollars.
Pour être précis, le dernier état quotidien des soldes de trésorerie et de dette du Trésor a montré une dette publique totale en circulation à 40.047.000 milliards de dollars hier.
Comme le montre le graphique, environ un tiers de cette augmentation a eu lieu pendant la période COVID, et Trump et Biden sont tous les deux responsables d’une grande partie de ce dérapage.

Et ce chiffre n’est pas uniquement symbolique comme l’a souligné Maya MacGuineas, présidente du Comité non partisan pour un budget fédéral responsable « quarante trillions de dollars de dettes n’existent pas uniquement sur les registres du gouvernement ; elle se fait sentir dans toute l’économie et finit par se retrouver dans les poches des gens d’une manière ou d’une autre. »
En rajoutant, « plus nous empruntons, plus nous aggravons l’inflation, supprimons d’autres priorités du budget et nous nous exposons à des situations d’urgence intérieures et à des troubles à l’étranger ».
« Il est stupéfiant de voir à quel point le déclin fiscal d’une puissance mondiale peut devenir prévisible », a ajouté MacGuineas.
La dette publique a augmenté de 8,4 billions de dollars pendant le mandat de Biden, et en dehors des dépenses de reprise liées au COVID, elle a été aggravée par des dépenses importantes pour l’investissement dans les infrastructures, et les subventions pour l’énergie propre.
Et le paquet législatif historique de Trump pour le second mandat, le One Big Beautiful Bill Act, ajoutera 4,7 billions de dollars supplémentaires de dettes, selon le Congressional Budget Office, le comptable non partisan des législateurs fédéraux.
Résultat, avec la hausse des taux, le paiement des intérêts sur la dette s’envole, ce qui fait que, au cours des dix premiers mois de l’exercice 2026, les coûts d’intérêt ont dépassé les dépenses de santé de Medicare, devenant ainsi le deuxième plus important poste du budget fédéral, derrière le système de retraite de la Sécurité sociale.
