L’Europe a bien besoin de ses deux béquilles

Posté le 15 avril 2021

Les mises en garde des grands argentiers démontrent, s’il le fallait encore, que la situation demeure encore extrêmement incertaine et que le risque de rebasculer dans une nouvelle crise sanitaire reste élevé.

Mises en garde

C’est le cas du gouverneur de la BOJ, Haruhiko Kuroda, qui a estimé que  » le rythme de la reprise sera modeste car la prudence concernant la pandémie demeure. Le secteur des services restera sous pression pour le moment en raison d’une résurgence des infections au Covid-19 depuis l’automne dernier ».

Ces propos interviennent alors que le Japon a pris de nouvelles mesures de restriction et que la question d’une possible annulation des Jeux Olympiques a été évoquée.

Powell ne dit pas autre chose et le répète malgré la très nette amélioration de la situation et des perspectives très encourageantes soulignées par le Livre beige de la FED. « Je pense que nous entrons dans une période de croissance plus rapide et de création d’emplois plus importante et c’est une bonne chose. Je voudrais souligner qu’il y a encore des risques, en particulier je dirais que le principal risque est certainement un autre pic de cas peut-être dans l’une des souches de virus qui peuvent être plus difficiles à traiter ».

Nonobstant cela, le Livre Beige constate que la reprise de l’activité a été soutenue et que le marché de l’emploi s’est nettement amélioré. Et c’est en particulier dans les secteurs de la fabrication, de la construction, des loisirs et de l’hôtellerie que le rythme d’embauche a le plus augmenté.

Parmi les domaines d’amélioration les plus notables figure le tourisme, un certain nombre de districts ayant constaté des signes indiquant que ce secteur durement touché se remettait sur pied.

Cependant, cette amélioration n’affectera pas la politique monétaire de la FED, et elle maintiendra son soutien jusqu’à ce que la crise soit terminée.

Christine Lagarde a utilisé une image qui a elle seule résume bien la situation. « Pensez à un patient qui est sorti d’une crise profonde mais qui est encore sur deux béquilles. Vous ne voulez pas retirer l’une ou l’autre de ces béquilles, qu’elles soient fiscales ou monétaires, tant que le patient ne peut pas marcher correctement, et pour ce faire, il faut le soutenir pendant une bonne partie de la reprise ».

L’Europe a bien besoin de deux béquilles

Et l’Europe a en effet bien besoin de ces deux béquilles surtout que la béquille budgétaire se fait attendre et que le chemin n’est pas une route bien plane mais un chemin plein de trous et de pierres.

Et des pierres et trous se sont encore rajoutés ces derniers jours avec les reports dans la vaccination et la crainte de l’arrivée de nouveaux variants. Ce qui devrait d’ailleurs inciter les instituts économiques allemands à revoir leurs prévisions pour cette année. La croissance en Allemagne ne devrait plus être que de 3.7% cette année contre 4.7% lors des précédentes prévisions, à cause des mesures de restriction qui sont toujours en cours. Ces instituts espèrent que la reprise se fera sur la seconde partie de l’année et ils tableraient alors sur un taux de 3.9% contre 2.7% pour 2022.

Et les indicateurs PMI plaident en effet pour une solide reprise sur la seconde partie de l’année, mais la production industrielle ne suit absolument pas encore le mouvement. C’est ce qui est ressorti des chiffres pour l’Allemagne et la France, mais également pour la zone euro et l’UE. En effet, en février, la production industrielle a reculé de 1% dans la zone euro et de 0.9% pour l’UE. Ce qui signifie (comme le montre le graphique) que par rapport à février 2020, elle affiche une baisse de 1.6% pour la zone euro et de 1.1% pour l’UE.

Comme toujours, l’UE se caractérise par une grande hétérogénéité comme le montre le graphique. Cependant, l’espoir est de mise quand on analyse en détail les indices PMI car les nouvelles commandes ont connu une forte accélération alors que les stocks se sont repliés. Et en particulier, l’Allemagne devrait bénéficier de cette embellie sur la seconde partie de l’année. Mais que de temps perdu et les chiffres du PIB au premier trimestre seront décevants.

Hausse aussi de l’inflation

Mais j’aurais pu aussi mettre hausse aussi des infections, en parlant de la Suède. Comme partout, la Suède connait aussi une hausse temporaire de l’inflation avec une hausse de 0.2% d’un mois à l’autre soit un taux annuel de 1.9%.

La Riksbank qui s’était laissée la possibilité de baisser une nouvelle fois ses taux en territoire négatif devra donc tenir compte de cette hausse de l’inflation, même si elle est temporaire. Elle devrait comme la BCE garder sa politique monétaire inchangée pour encore une longue période, ce qui explique la relative stabilité de la devise par rapport à l’euro ces derniers temps (voir graphique).