Un deuxième perdant, la démocratie sans doute

Posté le 5 novembre 2020

Les marchés financiers ont intégré une victoire de Biden avec l’absence d’une majorité au Sénat qui l’empêchera de pouvoir mener à bien les hausses d’impôts et de devoir revoir à la baisse son plan de relance.

Une victoire étriquée

Même si Biden l’emporte, cette victoire ne va pas lui donner les coudées franches, et son mandat risque de se révéler assez limité. En tout état de cause, même si Biden a remporté à ce stade 264 grands électeurs contre 214 pour Trump, le résultat dans certains Etats est contesté et il pourrait encore falloir du temps pour avoir une confirmation officielle.

Mais manifestement, les marchés financiers n’en ont cure et se montrent très optimistes. C’est le cas des bourses qui intègrent un contexte de taux d’intérêt qui vont rester bas pour une longue période et des impôts sur les sociétés qui devraient rester inchangés. Il n’y a pas que les bourses qui se montrent optimistes, l’indice VIX, voir graphique, a nettement corrigé, preuve d’un sentiment plus apaisé. Le dollar a repris son mouvement de recul, tout comme d’ailleurs les taux longs américains.

Ce recul des taux longs s’explique par le fait que si Biden l’emporte il ne pourra pas mener son grand plan de relance, perspective qui avait tiré les taux vers le haut.

Le recul du dollar peut lui s’expliquer par le fait que l’incertitude se lève tout doucement et que le dollar perd un peu son rôle de valeur refuge. Mais aussi parce que certains estiment que le mandat de Biden, alors qu’il n’est même pas encore élu, sera un mandat de transition et qu’il ne pourra pas changer grand-chose.

Et pourtant il y a du boulot

Comme attendu, le secteur des services souffre aux Etats-Unis et même si le recul est très limité il n’en reflète pas moins un sentiment plus négatif.

Comme le montre le graphique, l’indice ISM non manufacturier est passé de 57.8 à 56.6, conséquence des glissements des achats vers les biens comme déjà souligné ses derniers jours et qui se confirme.

Mais c’est surtout le marché de l’emploi qui demeure préoccupant et qui pourrait encore s’aggraver avec la deuxième vague. Contre toute attente, les créations d’emploi dans le secteur privé ont été beaucoup plus faibles que prévu. Selon ADP, elles n’ont été que de 365.000 contre 753.000 le mois passé et contre 650.000 attendu.

Ce ralentissement dans les créations d’emploi s’observe aussi dans le chiffre des inscriptions hebdomadaires au chômage dont la diminution de semaine en semaine se ralentit nettement. Ainsi, on attend cette semaine à 735.000 inscriptions contre 751.000 la semaine passée. Et cette tendance devrait être confirmée demain avec la publication des chiffres du chômage.

Nouvelles décevantes

On n’en parlait plus et on avait le sentiment que l’adage « pas de nouvelles, bonne nouvelles » pouvait s’appliquer pour les discussions sur le Brexit, mais l’espoir a été douché hier.

Michel Barnier a déclaré que de « très graves divergences » subsistaient dans les négociations commerciales avec la Grande-Bretagne et a laissé entendre que l’UE préférerait accepter des perturbations du commerce dans huit semaines plutôt que de céder sur ses principales exigences.

« Malgré les efforts de l’UE pour trouver des solutions, de très sérieuses divergences subsistent en matière d’égalité des conditions de concurrence, de gouvernance et de pêche. Ce sont des conditions essentielles pour tout partenariat économique », a écrit Michel Barnier sur Twitter. « L’UE est prête à faire face à tous les scénarios ».

A cela il faut ajouter le recul des indices PMI, comme partout vous allez me dire, à part que, comme le montre le graphique, même celui de l’industrie est en recul.

Certes, ces indices demeurent au-dessus du seuil des 50, mais les nouvelles mesures de confinement vont inéluctablement peser sur l’activité et on s’attend à un recul du PIB au quatrième trimestre. Et le recul de l’indice composite en passant de 56.5 à 52.1 est assez violent et montre la rapide dégradation de la situation.

Et c’est dans ce contexte que se réunit la BOE, qui devrait augmenter la taille de son programme de rachats d’actifs de 745 milliards de sterling à 845 milliards de sterling. Elle pourrait même aller au-delà de ce montant et la perspective d’un taux négatif n’est toujours pas écartée.