La fuite en avant de certains dirigeants

Posté le 15 septembre 2020

Les indicateurs économiques continuent de confirmer la reprise de l’activité en Chine, même si la demande intérieure reste encore très faible mais montre aussi des signes de reprise.

Confirmation de la reprise

Après une hausse de 4.8% en taux annuel en juillet, la production industrielle en Chine (voir graphique) a poursuivi sur sa lancée avec une progression de 5.6% au mois d’août. Même si les tensions avec les Etats-Unis restent une épée de Damoclès sur cette reprise, la tendance est significative et encourageante.

Les ventes de détail affichent pour la première fois cette année une hausse de 0.50% en taux annuel contre un recul de 1.1% le mois précédent. Il faut entre autres souligner la forte reprise des ventes de voitures qui ont progressé de 11.8% et celles des produits électroniques avec une hausse de 25.1%.

Il est essentiel pour la Chine que la consommation intérieure reprenne car les autorités veulent réduire leur dépendance au commerce international, surtout vu les relations tendues avec une partie de leurs partenaires, et pas seulement les Etats-Unis.

Ces bons chiffres ont accentué la hausse du yuan, comme le montre le graphique, mais aussi parce que le dollar reste sous pression.

A propos de production industrielle

Si l’on fait une petite comparaison entre le graphique de l’évolution de la production industrielle en Chine et en Europe, on mesure bien le décalage, qui est la résultante du timing différent du déconfinement.

Après une hausse de 9.5% au mois de juin, la production industrielle dans la zone euro a augmenté de 4.1% en juillet, mais affiche un recul de 7.7% par rapport au niveau d’il y a un an.

Le tableau publié par Eurostat donne le détail par pays, et les divergences sont impressionnantes avec surtout une hausse surprenante en Irlande, et il faut aussi souligner le net recul en Allemagne et en France.

Nouveau record pour la livre turque

Comme le montre le graphique, la livre turque a touché un nouveau record à la baisse par rapport au dollar après une nouvelle baisse de rating.

Moody’s a en effet abaissé le rating de la Turquie de B1 à B2 avec des perspectives qui restent négatives.

Cette décision est justifiée selon Moody’s par une possible crise de la balance des paiements. Dans son rapport, Moody’s estime que le poids de la dette publique pourrait passer de 32,5 % du PIB en 2019 à 42,9 % en 2020, puis à plus de 46 % dans les années à venir. Les réserves hors or, quant à elles, ont chuté de plus de 40 % cette année, pour atteindre 44,9 milliards de dollars, et selon Moody’s, si l’on déduit les réserves obligatoires des prêteurs pour les passifs en lires et en devises, les réserves nettes « sont maintenant proches de zéro ».

Les tensions en Méditerranée pourraient aussi aggraver la situation selon Moody’s, surtout si des sanctions sont prises par l’UE. Mais comme le soulignait Moody’s, le pouvoir ne semble pas prendre la pleine mesure de la dégradation de la situation et, c’est moi qui l’ajoute, pratique la fuite en avant.

Fuite en avant

De Boris Johnson qui veut à tout prix faire passer son projet de loi et qui s’en prend à l’UE en affirmant que cette initiative était nécessaire parce que l’UE avait refusé de retirer un « revolver de la table » des négociations commerciales.

L’UE de son côté affirme que le projet de loi ferait échouer les négociations commerciales et propulserait le Royaume-Uni vers un Brexit désordonné, alors que d’anciens dirigeants britanniques ont averti que le fait d’enfreindre la loi est un pas de trop qui nuit à l’image du pays.

Selon une note publiée par JPMorgan hier, une sortie sans accord coûterait 3% de PIB en 2021 à l’économie anglaise et cela obligerait la BOE à augmenter ses achats d’actifs et à baisser les taux en territoire négatif. Selon JPMorgan, la probabilité d’une sortie sans accord est d’un risque sur 3.

Plus faible demande

Selon les estimations de l’OPEP, la demande mondiale de pétrole chutera plus fortement en 2020 que prévu en raison du coronavirus et se redressera plus lentement que prévu l’année prochaine.

La demande mondiale de pétrole va chuter de 9,46 millions de barils par jour cette année, a déclaré l’OPEP, soit plus que la baisse de 9,06 millions de bpj prévue il y a un mois.

Non seulement l’OPEP estime que les risques demeurent élevés dans le contexte d’une résurgence du virus, mais aussi que le télétravail et les conférences à distance pèseront sur la consommation de pétrole l’année prochaine.

Cela signifie que la demande va rebondir plus lentement que prévu l’année prochaine. L’OPEP prévoit une augmentation de la consommation en 2021 de 6,62 millions de barils par jour, soit 370 000 de barils par jour de moins que prévu le mois dernier.

Même si les mesures de réduction de la production sont maintenues par les pays de l’OPEP+, sur base des prévisions, l’offre devrait excéder la demande suite à la baisse de cette dernière et l’augmentation de l’offre en dehors de l’OPEP+.