Plusieurs membres de la FED n’ont pas hésité à s’exprimer la veille de l’intervention de Kevin Warsh et surtout d’exprimer leurs préoccupations concernant le niveau de l’inflation, façon de donner un dernier coup de pression.
La crédibilité en question
Plusieurs membres de la FED n’ont pas hésité à s’exprimer la veille de l’intervention de Kevin Warsh et surtout d’exprimer leurs préoccupations concernant le niveau de l’inflation, façon de donner un dernier coup de pression.
Coup de pression
Le président de la FED de Kansas City, Jeffrey Schmid, a estimé que le taux actuel n’était pas restrictif, soulignant « je ne sais pas ce que nous limitons actuellement avec la politique de taux actuelle ».
Pour autant, il ne pousse pas à une hausse de taux lors de la prochaine réunion, car « je pense que nous avons besoin d’un peu plus d’informations. Ce que j’essaie de comprendre, c’est le côté demande qui stimule à la fois la croissance et l’inflation ».
La présidente de la FED de Cleveland, Beth Hammack, a été plus explicite, « je ne veux pas juger d’avance, mais je crois que c’est le moment d’agir ».
Elle a souligné qu’elle entendait de plus en plus de contacts inquiets de l’inflation et elle craint que plus cette tendance se prolonge, plus le risque pour la crédibilité de la Banque centrale augmente.
« Je prévois que l’inflation s’établira cette année autour de 3 % et je pense que nous ne ferons pas de progrès significatifs l’année prochaine. Je pense que nous atteindrons peut-être, au mieux, un taux se situant aux alentours de 2,5 % ».
Le président de la FED de Chicago, Austan Goolsbee, a déclaré que sa plus grande crainte à court terme reste que l’inflation ne soit pas sous contrôle, constatant que « nous entendons beaucoup parler d’accessibilité financière et il faut être attentif car si l’inflation recommence à augmenter, il est très difficile de s’en débarrasser ».
Plus prudente, la présidente de la FED de Boston, Susan Collins, a confirmé que « mon scénario modal continue d’avoir cette désinflation progressive » dans un contexte de politique monétaire qu’elle considère comme légèrement restrictive.
Pour elle, le dernier rapport sur l’inflation était « mitigé », avec un taux global plus fort que prévu, mais poussé à la hausse par un patchwork de forces qui, à elles seules, ne devraient pas pousser la Banque centrale à augmenter les taux d’intérêt.
Le statu quo devrait être de mise lors de la prochaine réunion, mais Warsh va devoir rassurer et convaincre les marchés qu’il est prêt à agir pour éviter une nouvelle tension sur les taux longs. Et pour cela, ces derniers ont besoin d’explications, et d’une perspective claire sur les intentions de la FED. Entretenir le flou ne ferait qu’entretenir l’incertitude.
D’autres Banques centrales n’hésitent pas
Ainsi, hier, la Banque centrale de Corée a relevé son taux directeur de 0,25 % pour le porter à 3 %.
Même si un des sept membres du Conseil n’a pas voté la hausse, les projections des membres impliquent une nouvelle hausse de taux de 0,25 % dans les prochains mois.
Il faut dire que la croissance est robuste, attendue dans une fourchette de 2,9 % à 3,3 %, soutenue par des exportations et des investissements solides, ainsi que par une reprise renforcée de la consommation, tandis que l’inflation devrait rester au-dessus du niveau cible pendant un certain temps.
Elle est en effet prévue à 2,7 % pour cette année, et 2,5 % pour l’année prochaine, et pour l’inflation de base, elle devrait s’établir à 2,5 % pour cette année et l’année prochaine, en hausse par rapport aux prévisions de mai.
La Banque centrale des Philippines a également a relevé son taux d’intérêt de 0,25 % pour le porter à 5 %.
Cette hausse intervient alors même que l’inflation ralentit légèrement, mais la Banque centrale s’inquiète des risques à l’horizon, et notamment d’un « El Niño fort » qui pourrait perturber à la fois les approvisionnements nationaux et importés en riz.
Et de souligner que « les hausses mesurées du taux directeur continueront d’ancrer les attentes d’inflation et d’atténuer le risque d’effets supplémentaires sur le second cycle ».
Minutes de la BCE
Ces minutes, publiées hier, n’ont pas été une surprise, et une hausse des taux lors de la réunion de septembre ne devrait pas faire débat.
On peut en effet lire dans ces dernières, « bien que les décisions restent dépendantes des données, une nouvelle hausse des taux serait probablement nécessaire à moins que les perspectives d’inflation ne s’améliorent de manière significative ».
Et il ressort aussi que le Comité n’a pas voulu laisser le moindre doute sur ses intentions de combattre l’inflation, estimant qu’« il était important de ne pas suggérer que la pause des hausses de taux lors de la réunion actuelle signifiait que la fin du cycle de resserrement était atteinte ».
Et les dernières données de production et les enquêtes économiques ont montré que l’économie de la zone euro allait mieux que prévu, suggérant que les efforts de la BCE pour freiner les hausses de prix ne mettaient pas une pression excessive sur l’activité.
En plus, hier la BCE a indiqué que les banques avaient augmenté leur prêt aux entreprises à leur rythme le plus rapide depuis plus de trois ans, à 4,4 % en juillet.
Et après des indicateurs de confiance des entreprises en hausse en Allemagne, l’indice de confiance GfK, qui mesure la confiance des consommateurs allemands, s’est aussi inscrit en hausse.

Il a été porté par des attentes de revenus qui sont devenues positives et par une amélioration des attentes économiques, bien qu’il soit resté bas dans un contexte d’incertitudes persistantes.
Compte tenu du prix du baril qui ne baisse pas, l’inflation ne devrait pas refluer d’ici la réunion du 16 septembre. Et le chiffre d’inflation attendu ce matin en Espagne n’est pas de nature à rassurer. Elle est attendue en hausse de 0,8 % d’un mois à l’autre pour le mois d’août, soit un taux annuel qui passerait de 3,90 % à 4,60 %.
