Et si autre chose émergeait …

Posté le 7 avril 2021

Le FMI a révisé à la hausse ses prévisions de croissance pour cette année, tout en soulignant que le contexte restait marqué par une forte incertitude et que la reprise n’était pas la même partout.

Révisions à la hausse

La révision pour l’économie mondiale par le FMI est de taille puisqu’elle passe de 5.5% à 6%, tirée évidemment par les Etats-Unis, et la Chine. Pour les Etats-Unis, la révision est encore plus impressionnante avec une hausse 1.3% par rapport à la dernière estimation. Le FMI table sur un taux de 6.4%, ce qui serait un chiffre jamais vu depuis le début des années 1980.

Le tableau reprend le détail de ces prévisions et en dehors des Etats-Unis, le FMI a revu nettement à la hausse les prévisions pour l’Italie (+1.2%), la Grande-Bretagne (+0.8%), et le Canada (+1.4%). Mais par contre pas de révisions pour le Japon, l’Allemagne ou la France, et l’incertitude demeure encore très élevée.

Et le FMI met d’ailleurs en garde sur le fait que « des progrès supplémentaires en matière de vaccination peuvent conduire à un relèvement des prévisions alors que de nouveaux variants du virus résistants aux vaccins peuvent amener à une révision en forte baisse ». Et hélas, les chiffres confirment que la situation demeure extrêmement préoccupante, avec l’Inde qui a enregistré 115.736 nouveaux cas en une journée, et le Brésil qui a enregistré hier 4.195 décès, un nouveau record quotidien.

Et vu la situation en Europe qui demeure préoccupante, avec la possibilité selon le président de la Bundesbank de devoir revoir les prévisions de croissance à la baisse pour cette année en Allemagne, j’ai envie de détourner le titre de ces dernières prévisions du FMI. Ce titre est « l’économie mondiale se ressaisit, mais la reprise n’est pas la même partout dans un contexte de forte incertitude », et écrire « l’Europe ressaisis toi ».

Toujours regarder la BOJ

Il n’est pas inutile de s’intéresser aux instruments monétaires que déploie la BOJ, car ils servent parfois de référence pour les autres banques centrales. Si pour atténuer les effets des taux négatifs, la BCE a déjà mis en place un instrument de compensation pour la banque, à savoir le TLTRO, la BOJ semble s’orienter vers un dispositif plus précis encore.

Elle pourrait mettre en place un « système d’intérêt pour promouvoir le prêt », qui impliquerait que pour compenser la charge des taux négatifs, le programme verserait aux banques des taux variables pour l’obtention de liquidités de la BOJ, en fonction de l’objet des prêts qu’elles accordent.

La BOJ pourrait ainsi choisir les secteurs dans lesquels elle souhaite agir comme par exemple dans des investissements « vert », ou certains secteurs de croissance.

Cela rejoint aussi la réflexion de la BCE sur l’impact de sa politique monétaire sur la durabilité et les questions qu’elle se pose sur la nécessité de « verdir » son programme de rachats d’obligations d’entreprises. Il ressort de cette réflexion de la BOJ, qu’une banque centrale pourrait ainsi totalement assécher les sources de financement d’un secteur considéré comme non en phase avec les objectifs climatiques du pays en question.

Autre réflexion intéressante, Janet Yellen voudrait instaurer un taux minimum mondial pour l’imposition des sociétés en voulant ainsi mettre un terme au nivellement par le bas en termes de fiscalité. Mais elle veut aller plus loin en voulant aussi faire avancer les discussions sur le climat, sur l’accès aux vaccins des pays les plus pauvres et sur les efforts à déployer pour favoriser la reprise économique mondiale. Il s’agit d’un changement fondamental de cap de la part des Etats-Unis par rapport à l’approche de Trump. Il s’agit clairement de la volonté de Biden, mais aussi, peut-être parce que nous avons des femmes à la tête du FMI, de la BCE, de l’OMC, de la Commission européenne, comme Secrétaire du Trésor américain, … et que donc une nouvelle forme de coopération pourrait se mettre en place.

La proposition de Janet Yellen a trouvé un écho très favorable auprès des Européens qui bataillent pour imposer les géants d’internet. « Je suis convaincu qu’avec cette initiative sur la fiscalité des entreprises, nous parviendrons à mettre un terme à la course mondiale vers le bas en matière de fiscalité », a déclaré le ministre allemand des finances, Olaf Scholz.

En plus, le taux minimum proposé par les États-Unis est plus élevé (un taux de 21% a été évoqué), que celui discuté jusqu’à présent à l’OCDE qui était plus proche de 12,5 % et se trouve être le taux d’imposition actuel des sociétés irlandaises.