L’Europe fait un peu trop l’éloge de la lenteur

Posté le 1 avril 2021

D’un côté, un président qui veut aller de l’avant et qui annonce un plan pour l’avenir, de l’autre, un président qui met en place des mesures complémentaires de restriction, le contraste est saisissant.

Plan de Biden

« Il s’agit d’un investissement unique en une génération pour l’Amérique, comme nous n’en avons jamais vu ni entrepris auparavant » a déclaré Joe Biden.

Ce plan d’infrastructure qui s’élève à 2.250 milliards de dollars sur une durée de 8 ans prévoit 620 milliards de dollars pour les transports et 650 milliards de dollars pour l’assainissement de l’eau. Il prévoit également 180 milliards de dollars pour le programme de recherche et de développement dans des domaines tels que l’intelligence artificielle et la biotechnologie et 400 milliards de dollars pour les soins aux personnes handicapées et âgées.

Pour le financer, Biden souhaite faire passer l’impôt sur les sociétés de 21 % à 28 % et mettre fin aux avantages fiscaux accordés aux producteurs de combustibles fossiles.

Ce n’est encore qu’une partie, car Biden aurait l’intention de présenter de nouvelles propositions économiques pour 2.000 milliards de dollars dans les prochaines semaines. Mais il va devoir batailler ferme pour arriver à faire passer son plan vu l’opposition des républicains.

Mais ce plan a reçu un accueil plutôt favorable de la part des marchés, qui ont aussi été soutenu par le chiffre des créations d’emploi par le secteur privé. En effet, selon ADP, ces dernières ont été de 517.000 en mars contre 176.000 en février.

Ces chiffres sont évidemment de bon augure pour les chiffres demain du chômage (dont nous parlerons mardi étant donné que les banques sont fermées demain et lundi évidemment). Selon les projections, les créations d’emploi devraient s’élever à 647.000 contre 379.000 en février.

Hausse de l’inflation

Comme le montre le graphique, l’inflation en zone euro a continué de progresser en passant de 0.9% à 1.3%, mais l’inflation de base a par contre reculé légèrement. Cette hausse de l’inflation n’est en rien une surprise et devrait perdurer avant de fléchir à la fin de l’année et l’année prochaine.

La hausse du prix du baril n’est évidemment pas étranger à cette remontée de l’inflation et des facteurs ponctuels sont aussi à l’origine de cette hausse. Cela ne devrait en rien faire dévier de sa trajectoire la BCE qui entend bien agir pour assurer les conditions adéquates pour la reprise.

Et Christine Lagarde a rappelé hier la détermination de la BCE face à la hausse des taux longs en défiant les investisseurs en déclarant « ils peuvent nous tester autant qu’ils le veulent. Nous avons des outils exceptionnels à utiliser en ce moment. Nous les utiliserons en fonction des besoins ».

Par contre, ce qui inquiète sérieusement la BCE c’est la vitesse de la mise en œuvre du plan de relance de 750 milliards d’euros et la léthargie en la matière est encore plus frappante après les annonces de Biden. Et le gouverneur de la banque de France a rappelé cette préoccupation de la BCE en déclarant, « pour nous, Européens, notre principal problème n’est pas l’ampleur de notre réponse budgétaire mais la vitesse de sa mise en œuvre. La vitesse, encore une fois, est notre handicap collectif. Les gouvernements doivent désormais mettre en œuvre le plan de relance sur lequel ils se sont mis d’accord et ils doivent le faire urgemment ».

La lenteur est finalement le maitre mot en Europe, lenteur dans la mise en place du plan de relance, lenteur dans la vaccination et lenteur dans le vote de lois qui donnent une légitimité démocratique aux décisions qui nous imposent des restrictions de liberté.

Mais il me revient que le gouvernement belge a décidé de prendre à bras le corps les défis et plusieurs mesures devraient être annoncées cet après-midi. Il s’agirait de supprimer les ministres régionaux de la santé et de refédéraliser cette compétence pour avoir des mesures et des décisions communes, et le plan de relance que la Belgique va proposer à la Commission aurait été revu et sera un plan fédéral et non plus marqué d’un saupoudrage régional et portera sur des investissements dans l’hydrogène, les infrastructures et le digital.

Dans le tableau mensuel, il faut souligner le recul de l’euro depuis le début de l’année par rapport au dollar, au sterling, au dollar canadien et à la couronne norvégienne (voir graphique) en particulier. Le recul très sensible de l’or, affecté par la hausse du dollar et la remontée des taux longs.