La reprise ne sera pas pour tout de suite

Posté le 25 janvier 2021

La publication des indices PMI en Europe fait peser la menace d’un retour de la récession au premier trimestre, alors qu’un nouveau confinement en France semble presque inéluctable et que les mesures de restriction se renforcent partout.

Activité en berne

C’est clairement ce qui ressort des indices PMI et bien évidemment en particulier le secteur des services. Si ce dernier avait bien résisté, il continue de reculer et tire l’ensemble vers le bas. Observons les données en détail.

Pour l’Allemagne, comme le montre le graphique, l’indice des services reste largement en dessous du seuil des 50 et malgré une excellente tenue du secteur manufacturier, l’indice composite est tombé à son niveau le plus bas depuis 7 mois. Vu ce revers, on ne s’étonnera pas que le gouvernement allemand soit amené à revoir ses prévisions de croissance à la baisse pour 2021 et le chiffre de 3% au lieu des 4.4% estimés précédemment est avancé.

En France, comme le montre le graphique, et alors que les contraintes sont moins fortes qu’en Allemagne, le secteur des services a très nettement reculé signifiant une croissance en berne au premier trimestre.

Avec comme conséquence que l’indice composite pour la zone euro est passé de 49.1 à 47.5, ce qui fait craindre une récession au premier trimestre d’autant plus si des mesures complémentaires sont appliquées dans les prochaines semaines.

Et la situation est bien plus inquiétante encore en Grande-Bretagne, comme le montre le graphique. Non seulement l’indice PMI des services est tombé à son niveau le plus bas depuis mai, mais en plus l’indice manufacturier a aussi reculé très nettement. L’économie subit un double choc, celui lié au lockdown qui pèse sur les services, et les contraintes administratives liées au Brexit qui ralentissent le commerce vers l’UE. Et évidemment le variant anglais, plus contagieux et, plus mortel selon les dernières déclarations de Johnson, risque d’encore plus aggraver la situation.

We can’t wait

C’est en ce sens que l’administration Biden s’est adressée aux républicains pour faire adopter au plus vite le plan de 1.900 milliards de dollars dont les fonds sont destinés à mener une campagne massive de vaccinations.

Mais après les 900 milliards de dollars votés en décembre, ces derniers renâclent à débourser encore une somme aussi conséquente. Même si Biden peut passer outre, il voudrait obtenir l’assentiment du Sénat pour afficher une union contre le virus.

C’est la perspective de la mise en place de ce plan qui soutient les bourses asiatiques ce matin, ainsi que l’attente des résultats des entreprises après celui des banques.

Et il faut dire que si les résultats ont jusqu’à présent révélé de bonnes surprises, les indices PMI se sont aussi révélés bien meilleurs que prévu et avec une évolution totalement différente de celle observée en Europe.

L’indice PMI manufacturier est passé de 57.1 à 59.1, soit son niveau le plus élevé depuis 13 ans et demi. Cette hausse s’explique parce que l’industrie manufacturière est soutenue par les entreprises qui reconstituent leurs stocks et par un déplacement de la demande vers les biens plutôt que vers les services en raison de la crise du coronavirus.

Mais conséquence de la pandémie, des goulots d’étranglement entraînent une hausse des prix des matériaux, ce qui incite les fabricants à augmenter également le prix de leurs produits. L’indicateur de l’enquête sur les prix a atteint son plus haut niveau depuis juillet 2008.

Et le secteur des services, malgré la résurgence du virus, a vu également son indice progresser en passant de 54.8 à 57.5, mais par contre le sous-indice de l’emploi est tombé à son niveau le plus bas depuis 6 mois.

Réflexion

Je voudrais terminer sur une réflexion lue ce week-end et tirée d’une interview d’Edgar Morin, penseur français qui a 99 ans.

« J’ai été surpris par la pandémie mais dans ma vie, j’ai l’habitude de voir arriver l’inattendu. L’arrivée de Hitler a été inattendue pour tout le monde. Le pacte germano-soviétique était inattendu et incroyable. Le début de la guerre d’Algérie a été inattendu. Je n’ai vécu que pour l’inattendu et l’habitude des crises. En ce sens, je vis une nouvelle crise énorme mais qui a toutes les caractéristiques de la crise. C’est-à-dire que d’un côté suscite l’imagination créative et suscite des peurs et des régressions mentales. Nous recherchons tous le salut providentiel, mais nous ne savons pas comment.

Il faut apprendre que dans l’histoire, l’inattendu se produit et se reproduira. Nous pensions vivre des certitudes, des statistiques, des prévisions, et à l’idée que tout était stable, alors que tout commençait déjà à entrer en crise. On ne s’en est pas rendu compte. Nous devons apprendre à vivre avec l’incertitude, c’est-à-dire avoir le courage d’affronter, d’être prêt à résister aux forces négatives.

La crise nous rend plus fous et plus sages. Une chose et une autre. La plupart des gens perdent la tête et d’autres deviennent plus lucides. La crise favorise les forces les plus contraires. Je souhaite que ce soient les forces créatives, les forces lucides et celles qui recherchent un nouveau chemin, celles qui s’imposent, même si elles sont encore très dispersées et faibles. Nous pouvons nous indigner à juste titre mais ne devons pas nous enfermer dans l’indignation.

Il y a quelque chose que nous oublions : il y a vingt ans, un processus de dégradation a commencé dans le monde. La crise de la démocratie n’est pas seulement en Amérique latine, mais aussi dans les pays européens. La maîtrise du profit illimité qui contrôle tout est dans tous les pays. Idem la crise écologique. L’esprit doit faire face aux crises pour les maîtriser et les dépasser. Sinon nous sommes ses victimes.

Nous voyons aujourd’hui s’installer les éléments d’un totalitarisme. Celui-ci n’a plus rien à voir avec celui du siècle dernier. Mais nous avons tous les moyens de surveillance de drones, de téléphones portables, de reconnaissance faciale. Il y a tous les moyens pour voir surgir un totalitarisme de surveillance. Le problème est d’empêcher ces éléments de se réunir pour créer une société totalitaire et invivable pour nous.

À la veille de mes 100 ans, que puis-je souhaiter ? Je souhaite force, courage et lucidité. Nous avons besoin de vivre dans des petites oasis de vie et de fraternité ».