Les marchés déconfinent dans l’euphorie

Posté le 19 mai 2020

C’est un vent d’euphorie qui a parcouru les marchés financiers avec des bourses qui affichent des hausses très significatives en Europe et aux Etats-Unis.

Vent d’euphorie

Trois facteurs ont rendu ce vent euphorique et ont porté chacun à leur façon le mouvement. Le premier élément est le sentiment positif qu’entretient le déconfinement un peu partout à travers le monde et qui donne, à tort, l’illusion que le virus a disparu.

La deuxième raison, et qui a fait naitre beaucoup d’espoir, sont des résultats positifs obtenus par un vaccin expérimental. Il s’agit du vaccin expérimental COVID-19 MRNA.O de la société Moderna, qui a produit des anticorps protecteurs dans un petit groupe de volontaires sains. Il s’agit d’une première étape, mais il ressort que le vaccin était sûr et que tous les participants à l’étude ont produit des anticorps contre le virus. Une analyse de la réponse chez les huit personnes a montré que celles qui ont reçu une dose de 100 microgrammes et celles qui ont reçu une dose de 25 microgrammes avaient des niveaux d’anticorps protecteurs pour se défendre contre le virus qui dépassaient ceux trouvés dans le sang des personnes qui se sont remises du COVID-19.

Mais bien évidemment nous n’en sommes encore qu’aux tests préliminaires et à petit échelle, mais cette annonce a fait grimper le titre de la société de 20% et a été un catalyseur pour des marchés boursiers déjà très bien orientés.

Le troisième élément, qui a également contribué à la hausse des bourses et aussi au renforcement de l’euro, est l’annonce conjointe par la France et l’Allemagne de créer un fonds de relance de 500 milliards d’euros qui offrirait des subventions aux régions et aux secteurs de l’Union européenne les plus touchés par la pandémie de coronavirus.

Les deux pays proposent que la Commission européenne emprunte cet argent au nom de l’ensemble de l’UE pour ensuite offrir des subventions mais sous conditions à savoir « fondées sur un engagement clair des États membres à suivre des politiques économiques saines et un programme de réforme ambitieux », indique le document. Et le document va plus loin en affirmant que l’argent doit être dépensé en particulier pour investir dans la transition de l’UE vers une économie plus « verte » et numérique et pour stimuler la recherche et l’innovation (cela rejoint la réflexion que j’ai publié hier sur mon blog).

Reste maintenant à savoir si cette annonce vient compléter celle attendue par la Commission européenne le 27 mai prochain ou bien si elle vient soutenir le projet de la Commission. Il faut également qu’elle reçoive l’assentiment des Pays-Bas, de l’Autriche et de la Finlande qui se sont jusqu’à présent opposés à toutes formes d’aide.

Mais elle rejoint la résolution du Parlement européen qui a même été plus loin en demandant aux gouvernements d’affecter de nouveaux flux de recettes au budget de l’UE afin de pouvoir rembourser l’argent que la Commission emprunterait pour payer les subventions. Et parmi les nouvelles sources de revenus possibles pour le budget de l’UE, le Parlement a énuméré une taxe sur les plastiques, une taxe numérique, une taxe sur les transactions financières et un prélèvement sur les biens importés dans l’UE en provenance de pays dont les normes d’émissions de CO2 sont moins contraignantes que celles de l’UE.

En plus d’avoir donc provoqué une hausse des bourses et de l’euro, plus spécifiquement l’annonce de la France et de l’Allemagne, a provoqué une baisse des taux italiens et espagnols et une réduction des spreads avec une hausse des taux allemands (voir graphique pour le spread italien). Et ces trois facteurs ont entrainé une forte hausse du prix du baril (voir graphique), une baisse de l’or et de la volatilité.

Le monde de maintenant

Même si tout cela est euphorisant, la situation actuelle incite à la prudence. D’une part, parce que le vaccin n’est pas pour tout de suite et d’autre part parce que le déconfinement ne signifie pas la fin de la pandémie. Et aussi parce que d’autres facteurs de tensions demeurent dont entre autres les tensions avec la Chine.

Et ces tensions pourraient s’exacerber avec l’annonce par le NASDAQ d’un durcissement de ses règles d’introduction en bourse qui pourraient rendre beaucoup plus difficile la cotation des entreprises chinoises sur l’indice.

Mais aussi parce que la Chine a décidé d’imposer des droits de douane de 80,5 % sur les exportations d’orge australienne pendant cinq ans après la conclusion de ses enquêtes antidumping.

Et aussi parce que les indicateurs économiques vont seulement nous donner la pleine ampleur de la chute de l’activité. Ainsi, même si l’indice de confiance des entrepreneurs aux Etats-Unis a connu un petit rebond (voir graphique), on attend une chute de 26% des mises en chantier et de 25.9% des demandes de permis.

Même si le déconfinement pourrait provoquer un fameux appel d’air au marché immobilier aidé en cela bien évidemment par le niveau des taux d’intérêt. Mais tout va dépendre de la vitesse de réengagement.