Les gouvernements s’engagent à fond

Posté le 23 mars 2020

rise of the euro currency – money with growing chart

Les gouvernements continuent de déployer des moyens à la taille du défi, et cherchent par tous les moyens de limiter les conséquences économiques et de voir des pans entiers de l’économie disparaitre.

Actions des gouvernements

Après la première salve tirée par les banques centrales, et qui a été depuis lors suivie d’autres, les gouvernements sont arrivés en deuxième ligne pour soutenir les ménages et les entreprises.

En Belgique, comme dans d’autres pays, le gouvernement s’est engagé non seulement en annonçant des mesures de soutien aux indépendants et aux entreprises, mais aussi en donnant sa garantie pour des prêts.

Un accord a été signé ce week-end entre le secteur financier et le gouvernement qui porte sur les modalités suivantes publiées par Febelfin :

Conjointement avec le ministre des Finances, et avec le soutien de la Banque nationale de Belgique, le secteur a mis au point un accord reposant sur deux piliers :

  1. Le secteur financier s’engage à fournir aux entreprises non financières et aux indépendants viables ainsi qu’aux emprunteurs hypothécaires qui risquent de rencontrer des difficultés de paiement du fait de la crise du coronavirus, un report de paiement jusqu’au 30 septembre 2020 sans imputation de frais.
  2. Le pouvoir fédéral va activer un régime de garantie pour l’ensemble des nouveaux crédits et des nouvelles lignes de crédit d’une durée maximale de 12 mois que les banques octroieront aux entreprises non financières et aux indépendants viables. Cela assurera le maintien du financement de l’économie.

Le gouvernement donne sa garantie (pour un montant de 50 milliards d’euros), ce qui ne signifie nullement que les banques ne vont pas assumer une partie des pertes à la fin de l’échéance des 12 mois, selon l’ampleur de la crise.

De son côté, le gouvernement allemand devrait émettre de nouveaux emprunts pour un montant de 350 milliards d’euros dont 100 milliards iront à la KfW qui donnera sa garantie pour les prêts aux entreprises, 100 milliards dédiés à un fonds spécial qui pourrait prendre des participations dans des sociétés en difficulté, et le solde pour le budget du gouvernement.

Aux Etats-Unis, le plan de soutien fait l’objet d’âpres discussions et n’a pas encore été approuvé par le parlement à cause des dissensions entre les républicains et les démocrates. Et pourtant, le virus se répand, comme chez nous, et les Etats sont mis en quarantaine les uns après les autres.

Mais la progression du virus ne sera malheureusement pas stoppée par ces mesures et les conséquences sont toujours aussi dramatiques. Pour le moment, nous sommes comme dans une situation où une digue a lâché et qu’elle a submergé une énorme zone.

La première priorité est bien évidemment de sauver le maximum de personnes. C’est le sens des mesures de confinement et c’est le personnel médical et les soignants qui sont en première ligne. Et pendant cette période personne ne sait retirer l’eau, il faut attendre malheureusement.

Pendant, ce temps, la brèche est colmatée, ce qui est le rôle des banques centrales qui abreuvent les marchés de liquidités. Et après, il faudra se donner les moyens de vider cette zone et reconstruire, c’est le sens des aides et mesures prises par les gouvernements.

Mesurer les dégâts à ce stade est impossible car l’eau recouvre tout et on ne voit rien. Nous sommes exactement dans cette situation, et donc incapable de chiffrer l’ampleur du désastre. Je donnais l’exemple des écarts des prévisions pour l’ampleur de la récession en Allemagne selon trois instituts vendredi . Pour les Etats-Unis, les prévisions divergent énormément, Morgan Stanley prévoit que le PIB au deuxième trimestre va plonger de 30%, Goldman estime lui que cela sera de -24% and JPM ne voit lui qu’un recul de 14%.

Mais ce qui est certain, c’est que la volatilité sur les marchés va perdurer, que les mouvements de fortes hausses vont être suivis de mouvements de fortes baisses et que les taux vont continuer de faire du yo-yo.

Car si on est assez fort focalisé sur les pertes en bourse, les montants perdus par certains fonds obligataires d’Etats sont tout aussi impressionnants et les performances sont pires pour certains d’entre eux que les bourses, comme le montre le graphique.

La couronne norvégienne en perdition

La banque centrale a encore réduit son taux vendredi de 0.75% pour le ramener à 0.25% et n’exclut pas de le faire passer en territoire négatif. Elle est dans le même temps intervenue sur le marché des changes pour essayer de contenir la chute de sa devise.

Comme le montre le graphique de la parité EUR/NOK, ces interventions n’ont eu que peu d’effets et la pression demeure d’autant plus que le prix du baril est reparti à la baisse (voir le graphique du WTI).

Cette baisse pourrait s’accentuer encore car le 30 mars la réduction provisoire de 500.000 barils par jour décidée par l’OPEP+ prend fin et manifestement elle ne sera pas reconduite vu les dissensions. Et d’un autre côté, la demande continue de reculer et pourrait chuter de 10 millions de barils par jour, soit environ 10% de la consommation journalière. Cette chute étant bien évidemment liée aux mesures de confinement et à l’ampleur de ces dernières, ce qui rend là aussi la prévision très compliquée.