La BCE dégaine le bazooka

Posté le 19 mars 2020

Frankfurt on the Main, Germany – April 29, 2012: Euro monument and Eurotower in Frankfurt in Germany. Eurotower is European Central Bank skyscraper in Innenstadt district in Frankfurt. Protesting people nearby

La BCE a décidé de sortir le bazooka pour tenter de calmer les marchés et surtout éviter de voir les taux longs s’envoler ainsi que les spreads.

Nouveau bazooka

Lors d’une réunion tenue en urgence hier soir, elle a annoncé le lancement d’un nouveau programme de rachats d’obligations pour un montant de 750 milliards d’euros. Compte tenu des annonces précédentes, le montant total de ses rachats s’élèvera à 1.100 milliards d’euros en 2020.

« Des temps extraordinaires exigent des mesures extraordinaires », a déclaré Christine Lagarde. « Il n’y a pas de limites à notre engagement en faveur de l’euro. Nous sommes déterminés à utiliser tout le potentiel de nos outils, dans le cadre de notre mandat ».

En plus, ce programme comprendra également, pour la première fois, le rachat de la dette de la Grèce, qui avait été exclue en raison de sa faible notation de crédit.

De plus, la BCE a déclaré qu’elle était prête à augmenter la taille et la durée de ses achats si nécessaire et même à revoir la clef d’achat de dettes par pays et le plafond de détention de plus d’un tiers.

L’euro mis sous pression s’est légèrement repris après l’annonce de la BCE. Mais cela n’a pas empêché la poursuite de la hausse des rendements obligataires comme le montre le graphique du rendement du bund 10 ans.

Par contre, alors que le taux italien à 10 ans avait grimpé jusqu’à 3%, l’annonce de la BCE a fait légèrement baisser ce dernier, comme le montre le graphique.

La BCE n’est pas la seule à sortir le bazooka, la banque centrale d’Australie a encore baissé son taux pour le ramener à 0.25% tout en lançant aussi un programme de rachats d’actifs. La FED continue de fournir des liquidités aussi bien sur le marché monétaire que sur celui des repos ou des treasuries.

Mais….

Il faut bien reconnaitre que l’impact de toutes ces mesures ne se fait absolument pas ressentir, bien au contraire. Les bourses continuent de chuter sous la pression des vendeurs qui ne recherchent plus que le cash, ce qui explique aussi la remontée des rendements, les obligations étant aussi délaissées. Cela explique aussi pourquoi l’or fait l’objet de dégagements importants (voir graphique).

Cela tient aussi au fait que malgré les annonces des plans de relance des gouvernements, ces derniers ne vont en rien arrêter la progression du virus ni soutenir la demande vu les mesures de confinement qui se multiplient. Et aussi car personne, absolument personne, ne peut dire combien de temps la pandémie va durer, et quel sera l’impact économique de l’arrêt de l’activité.

A ce stade, nous ne disposons pas du moindre indicateur économique digne de ce nom, qui pourrait nous donner la moindre idée des conséquences cumulées d’une rupture des chaines de production et d’un arrêt total de la demande.

Pour vous donner une idée de la difficulté, le tableau reprend les prévisions faites pour la Chine par quelques grandes institutions financières. Il s’agit des prévisions pour le premier trimestre, ce qui leur permet d’extrapoler le chiffre du PIB pour l’ensemble de l’année 2020, sans pour autant avoir idée de l’ampleur de la reprise en Chine.

En plus, il faut ajouter le fait que nous connaissons un véritable krach du marché pétrolier avec un prix du baril qui continue sa chute comme le montre le graphique, avec un WTI qui est revenu à son niveau de 2003.

Cette chute n’est pas sans conséquence pour les raffineries qui, en Europe, perdent environ 7 dollars par baril transformé. La couronne norvégienne s’effondre littéralement comme le montre le graphique suite à cette chute du prix du baril.

Autre devise particulièrement malmenée, le sterling, en partie à cause de la chute du prix du baril, mais surtout par la façon plus qu’interpellante dont le gouvernement gère la crise du Covid-19 (voir le graphique par rapport à l’euro et celui par rapport au dollar).

Nous n’en sommes encore qu’au début

En France, en Belgique ou en Allemagne nous ne sommes encore qu’au tout début de l’épidémie, alors qu’hier l’Italie a annoncé 475 morts en 24 heures. Si nous ne respectons pas le confinement à la lettre et ne sortons pas que pour le plus stricte nécessaire, nous allons connaitre des chiffres aussi effrayants.