Les taux ne pardonnent plus

Mode Expresso

Le flegme des marchés boursiers n’a plus résisté à la nouvelle poussée des rendements obligataires, attisée par la hausse du prix du baril, qui fait craindre des tensions inflationnistes.

Mode Lungo

Le flegme des marchés boursiers n’a plus résisté à la nouvelle poussée des rendements obligataires, attisée par la hausse du prix du baril, qui fait craindre des tensions inflationnistes.

Tout est réuni

Des propos fermes de Christine Lagarde, un prix du Brent à 108 $, des promesses électorales hallucinantes, des tensions géopolitiques, l’endettement des Etats, et les besoins de financement des grands acteurs de l’IA, tout cela pousse les rendements encore et toujours à la hausse.

Si le prix du baril continue de progresser, c’est qu’en plus du détroit d’Ormuz, un autre front s’est ouvert avec la prise de contrôle du port yéménite de Mocha par les Houthis, menaçant les exportations de pétrole saoudien en mer Rouge.

Autant dire que si cela perdure, cela obligerait davantage de cargaisons à être déviées par le canal de Suez et autour de l’Afrique, créant des problèmes logistiques supplémentaires et ajoutant des semaines aux voyages asiatiques.

Cette nouvelle tension sur les prix énergétiques a propulsé le rendement du Treasury 10 ans proche des 5 %, soit son niveau le plus élevé depuis 3 ans. Et le 30 ans n’est pas en reste à 5,38 %, en partie parce que le Trésor américain a acheté pour moins de 6 milliards de dollars d’obligations longues, ce qui a déçu les marchés.

Mais les taux courts ne sont pas en reste, avec, comme le montre le graphique de l’évolution du taux australien à 3 ans, qui a atteint son niveau le plus élevé depuis 15 ans.

Ces rendements obligataires plus élevés ont relevé les taux d’actualisation utilisés pour les valorisations des entreprises, ce qui explique les corrections sur les marchés boursiers.

Pour couronner le tout, Trump, en promettant une prime de 5.000 $ à chaque Américain si les Républicains remportent les élections à mi-mandat, entend faire un chèque de 1,3 billion de dollars, alors que la dette américaine a dépassé les 40.000 milliards de dollars.

Le chiffre d’inflation publié cet après-midi aux Etats-Unis sera dès lors très important pour savoir si la FED procèdera ou pas à une hausse des taux la semaine prochaine. L’inflation est attendue en hausse de 0,2 % d’un mois à l’autre, pour l’inflation sous-jacente, soit un taux annuel attendu à 2,4 % contre 2,5 %.

Réunion de la BCE

Comme évoqué hier dans ma petite note de fin de journée, revenons sur la réunion de la BCE.

Le maître mot a clairement été la crainte de l’inflation, comme l’a souligné Christine Lagarde « le choc énergétique pourrait encore s’aggraver, et son impact sur les autres prix et les salaires pourrait être plus important que prévu actuellement ».

Pour preuve, la BCE table sur une inflation de 3 % cette année, comme lors de sa dernière prévision de juin, mais de 2,5 % l’année prochaine, soit un niveau supérieur aux 2,3 % estimés auparavant. Les prix devraient ensuite ralentir pour s’établir à 2,1 % en 2028.

Et ces prévisions ne tiennent évidemment pas compte de la dernière flambée des prix de l’énergie, en particulier ceux du gaz naturel, dont dépendent de nombreux pays européens pour le chauffage.

Du côté de la croissance, la BCE prévoit désormais que l’économie de la zone euro progressera de 0,9 % en 2026, contre une estimation de 0,8 % auparavant, de 1,4 % en 2027 et de 1,5 % en 2028.

Avec une économie plus résiliente que prévu, la BCE dispose d’une marge de manœuvre complémentaire pour augmenter les taux si nécessaire, ce qui explique la tension sur les taux courts.

Par contre

Toute la zone euro ne fait pas preuve de résilience, un pays fait exception et pourrait encore voir sa situation se dégrader, j’ai nommé la France.

Et cela se reflète dans le différentiel de taux entre le Bund 10 ans et l’obligation française à 10 ans, suite à la forte tension sur les taux français.

Cette nouvelle tension est intervenue après la très forte révision de croissance par l’INSEE pour cette année à 0,4 % contre 0,7 % en juin.

Avec un tel niveau de croissance, cela met hors de portée l’objectif de déficit budgétaire 2026 de 4,9%, contre 5,0% en 2025, que s’est fixé le gouvernement.

Sur une base trimestrielle, l’INSEE prévoit une légère hausse du PIB de 0,1  % au troisième trimestre, qui est notamment la conséquence des canicules à répétition qui ont marqué l’été et d’une sécheresse record, phénomènes qui ont pesé sur la production agricole.

Et comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, elle table sur une inflation qui devrait passer de 2,7 % en août à 3,1 % en décembre.

Au vu de cette hausse de prix et d’une absence de croissance des salaires, la consommation des ménages ne devrait augmenter que de 0,3 % cette année. Ce qui va peser sur le moral des entreprises, et l’INSEE table sur un recul de 0,3 % des investissements de ces dernières.

Dans ce contexte, le secteur privé devrait perdre 52.000 emplois sur l’ensemble de 2026, ce qui fera passer le taux de chômage français à 8,6 % d’ici la fin de l’année contre 8,0 % fin 2025.

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