Les membres de la BCE n’avaient sans doute pas imaginé, qu’à leur réunion du mois de septembre, le conflit au Moyen-Orient serait dans une impasse totale et que le prix du baril serait à 101 $.
Une BCE contrainte
Les membres de la BCE n’avaient sans doute pas imaginé, qu’à leur réunion du mois de septembre, le conflit au Moyen-Orient serait dans une impasse totale et que le prix du baril serait à 101 $.
Et pourtant
C’est le constat que nous devons faire ce matin, avec, d’un côté, l’Iran qui a déclaré avoir attaqué 10 navires près du détroit d’Ormuz, et d’un autre côté, les États-Unis qui ont coulé cinq pétroliers iraniens.
Les navires touchés par l’Iran seraient un pétrolier à l’ancrage au large de Dubaï, un autre pétrolier transportant 2 millions de barils de pétrole dans les eaux irakiennes, plusieurs navires marchands dans le nord du Golfe et le Golfe d’Oman, et un pétrolier de gaz naturel liquéfié a été endommagé dans le port émirati de Khor Fakkan.
Résultat, un prix du baril à 101 $, un prix du gaz à 79 euros, et prix moyen de détail du diesel américain qui a atteint mercredi un nouveau record historique au-dessus de 5,94 $ le gallon.
Avec comme conséquences des tensions qui se sont encore accentuées sur les taux, comme le montre le graphique avec l’évolution du rendement du Bund 2 ans et 10 ans.

Le rendement de l’obligation française à 10 ans a atteint son niveau le plus élevé depuis octobre 2008. Et le rendement du Treasury 30 ans est revenu quasiment au niveau de 5,30 %, niveau qui avait provoqué l’intervention du secrétaire au Trésor Bessent pour faire baisser la partie longue de la courbe.


Réunion de la BCE
Une hausse de 0,25 % pour porter le taux de dépôt à 2,50 % est totalement intégrée par le marché, d’autant plus avec ces derniers événements.
Et la hausse pourra être décidée plus facilement parce que l’économie de la zone euro a mieux résisté que prévu.
La BCE devrait d’ailleurs relever ses prévisions de croissance pour cette année, mais aussi, revers de la médaille du prix du baril à 101 $, relever ses prévisions d’inflation et tabler sur un retour plus lointain à l’objectif de 2 %.
Compte tenu du contexte actuel, la BCE laissera la porte ouverte à de nouvelles hausses de taux, deux probablement, dans les prochains mois, tout en croisant les doigts pour que le conflit prenne fin en novembre.
A propos de croissance, la BNB prévoit que cette dernière, pour le troisième trimestre, en Belgique devrait s’élever à 0,3 %, après une stagnation au deuxième trimestre.
Elle table sur une consommation des ménages qui est restée résistante au deuxième trimestre, et qui devrait se maintenir au troisième trimestre. Et même si « les perspectives de la demande restent fragiles, la confiance des entreprises demeure mesurée et le taux d’utilisation des capacités de production est faible. Les entreprises continuent néanmoins de mettre en œuvre leurs plans d’investissement, axés principalement sur des gains d’efficacité et des économies de coûts plutôt que sur l’expansion des capacités ».
Alors que la contribution des exportations nettes deviendrait neutre, ainsi que la consommation des administrations publiques dans le contexte d’assainissement budgétaire attendu.
Hausse du yen
Le graphique illustre l’évolution du différentiel de taux entre le rendement du Treasury à 10 ans et le rendement de l’obligation japonaise sur la même période.

Et j’ai mis en avant ce graphique pour illustrer le rapport de Fitch qui souligne que « alors que l’inflation, la politique monétaire et les perspectives de croissance japonaises font grimper les taux réels domestiques, des rendements locaux plus élevés réduiront l’incitation des institutions nationales à rechercher des actifs étrangers à faible rendement ».
Même si le mouvement est encore limité, Fitch table sur le fait que les taux directeurs de la BOJ augmenteront plus rapidement que le consensus du marché en 2026 et 2027, ce qui soutient le yen et favorise l’attrait relatif de la dette intérieure.
Il ressort que certaines compagnies d’assurances et des grandes banques japonaises ont commencé doucement à ajuster leur portefeuille en ce sens.
Avec en toile de fonds, le risque non négligeable que les investisseurs japonais se détournent des obligations américaines à un moment où les besoins de financement sont énormes.
Et ce risque doit se voir dans un spectre plus large, alors que début septembre, le gestionnaire du fonds souverain norvégien, Norges Bank Investment Management, qui gère le Government Pension Fund Global (environ 2.300 milliards de dollars d’actifs), a officiellement proposé de réduire fortement la part des obligations souveraines dans son portefeuille obligataire. Les bons du Trésor américains seraient les principaux concernés.
Il propose que la part des obligations d’État dans l’indice obligataire de référence passe de 70 % à 50 %, avec comme conséquence que l’exposition aux bons du Trésor américains passe d’environ 34,1 % à 21,9 % du portefeuille obligataire.
Même si cela ne représenterait que 80 milliards d’encours et que l’exposition au dollar resterait inchangée, cela tombe à un mauvais moment avec le retrait peut-être des investisseurs japonais, mais de la Chine également, et avec le fait que les besoins d’émission du Trésor augmentent.
