Quand les étincelles pourraient entraîner un embrasement

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Les incendies qui ravagent l’Europe et le Canada montrent qu’une petite étincelle peut entraîner un énorme brasier, et hier les marchés financiers ont eu le sentiment qu’il y a eu plusieurs étincelles qui se sont produites.

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Les incendies qui ravagent l’Europe et le Canada montrent qu’une petite étincelle peut entraîner un énorme brasier, et hier les marchés financiers ont eu le sentiment qu’il y a eu plusieurs étincelles qui se sont produites.

Plusieurs étincelles

Un prix du Brent au-delà des 100 $ après des attaques de Houthis contre des pétroliers saoudiens et la poursuite des bombardements américains et des ripostes iraniennes, est la première étincelle.

Le cessez-le-feu n’existe plus, et la fermeture de deux voies d’accès pour les exportations de pétrole va provoquer de nouvelles tensions sur le marché avec comme corollaire un questionnement sur le risque inflationniste.

Deuxième étincelle, nouveaux droits de douane de 10 % qui vont concerner 60 partenaires commerciaux des Etats-Unis, ce qui aura aussi potentiellement un effet inflationniste.

Troisième étincelle, le risque inflationniste pourrait forcer les Banques centrales à agir, ce qui a encore accentué la hausse des rendements obligataires.

Quatrième étincelle, les résultats d’Alphabet et de Tesla ont montré que ces sociétés avaient brûlé leurs liquidités lors de leur dernier trimestre pour leurs dépenses importantes dans l’infrastructure d’IA. Ce qui signifie qu’elles pourraient devoir encore emprunter alors que les taux sont fortement à la hausse.

Et la cinquième étincelle est un yen toujours à ses plus bas depuis 40 ans par rapport au dollar, ce qui accentue l’inflation importée, et met la pression sur la BOJ, mais aussi sur les taux obligataires.

Un coup de vent et les étincelles pourraient devenir des brasiers avec plusieurs foyers, ce qui est la hantise des pompiers.

Prête à agir

La BCE a laissé son taux inchangé à 2,25 %, mais a prévenu qu’elle n’entendait pas se laisser dépasser et Christine Lagarde a souligné, « plus les prix de l’énergie restent élevés longtemps, plus ils risquent de faire grimper l’inflation générale par le biais d’effets indirects et de deuxième tour ».

Même si plusieurs indicateurs ont montré qu’à ce stade il n’y avait pas d’effet de second tour,  Lagarde a fait remarquer que malgré cela « certains gouverneurs se demandaient si nous ne devions pas envisager une augmentation ; en d’autres termes, augmenter les trois taux d’intérêt » lors de la réunion d’hier.

La probabilité d’une hausse des taux en septembre s’est encore renforcée après cette annonce, et le rendement du Bund 2 ans a continué de progresser. 

Pour autant, cela ne signifie en rien que la BCE est à l’aube d’un cycle de hausses des taux, car l’économie résiste mais demeure extrêmement fragile. La publication des indices PMI ce matin pour la zone euro va confirmer cette fragilité, tout en ayant à l’esprit que ces indices n’intègrent évidemment pas encore les nouvelles tensions sur les marchés pétroliers.

Ni d’ailleurs

L’annonce que l’administration américaine imposera aujourd’hui de nouveaux tarifs de 10 % et 12,5 % sur les biens de 60 partenaires commerciaux, dont l’Union européenne, en raison d’allégations de laxisme dans l’application des interdictions du travail forcé.

Ces nouveaux tarifs couvriront 99,4 % des importations américaines, mais incluront de nombreuses exemptions de produits, tels que le pétrole et le gaz, les engrais et certains produits alimentaires, et cela en vertu de l’article 301 du Trade Act de 1974.

Et l’argument avancé est évidemment à mourir de rire quand Jamieson Greer, représentant américain au commerce déclare « les États-Unis ont une interdiction d’importation de travail forcé depuis près d’un siècle, et l’appliquent rigoureusement. Il est grand temps que nos partenaires commerciaux fassent de même ».

Les droits de douane de 10 % seront imposés à l’Argentine, au Bangladesh, à la Grande-Bretagne, au Cambodge, au Canada, à l’Équateur, au Salvador, au Guatemala, au Honduras, à l’Inde, à l’Indonésie, à la Jordanie, à la Malaisie, au Mexique, au Pakistan, au Sri Lanka, et à la Trinité-et-Tobago.

L’Union européenne, Taïwan, le Japon, la Corée du Sud et la Suisse se sont vu attribuer des taux qui, combinés aux taux tarifaires préexistants des nations les plus favorisées, totaliseraient 10 % ou 12,5 %. Et 38 autres pays ont reçu un taux de 12,5 %, dont la Chine.

Taux obligataires

Hausse du prix du baril et du gaz qui se poursuit, et une BCE qui va encore augmenter les taux, tout cela pousse les rendements obligataires à la hausse. Ainsi, le rendement du Bund à 10 ans est à son plus haut depuis 15 ans.

Mais le mouvement ne se limite pas au Bund évidemment, le rendement de l’obligation française à 10 ans, j’en parlais hier, a dépassé les 4 %, et les rendements aux Etats-Unis ont aussi progressé. Celui à 10 ans est à un plus haut depuis 18 mois, et celui à 30 ans proche de son plus haut depuis 19 ans.

La tension perdure aussi sur les taux obligataires au Japon, même si les chiffres d’inflation publiés ce matin se sont montrés rassurants, semblant suggérer que les entreprises n’ont pas encore répercuté de manière agressive la hausse des coûts des intrants sur les ménages.

Mais deux facteurs pourraient changer la donne, la nouvelle hausse du prix du baril et la chute du yen, deux éléments qui accentuent l’inflation importée.

L’inflation de base, hors produits frais, est passée de 1,4 % à 1,6 % en juin, et l’inflation, hors produits frais et carburant, est passée de 1,8 % à 1,7 %.

La BOJ qui se réunit la semaine prochaine, comme la BoE et la FED, laissera aussi ses taux inchangés, ce qui signifie que durant le mois d’août toutes les Banques centrales vont scruter les étincelles, prêtes à déployer les moyens pour agir.

Cela sera un des sujets qui sera abordé après ma pause estivale, rendez-vous le 17 août et bonnes vacances.

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