Le contraste est saisissant, et surtout interpellant, entre l’évolution des indices PMI en Europe et en Asie, alors que les deux régions sont frappées de la même façon par la hausse du prix du baril.
L’Asie portée par l’IA, l’Europe freinée par le réel
Le contraste est saisissant, et surtout interpellant, entre l’évolution des indices PMI en Europe et en Asie, alors que les deux régions sont frappées de la même façon par la hausse du prix du baril.
Hausse quasi générale
Hier, j’évoquais l’effondrement des indices PMI en Europe, ce matin, je pointe la très bonne tenue des indices PMI manufacturiers en Asie. Avec en Chine, et même s’il a légèrement reculé, l’indice PMI reste en territoire positif, en passant de 52,2 en avril à 51,8 en mai.
Au Japon, l’indice est également en territoire positif avec un niveau de 54,5 en mai contre 55,1 en avril, bien que les entreprises aient signalé la plus forte hausse des coûts des intrants depuis septembre 2022.
Mais, un peu comme en Europe, cette bonne tenue des indices doit être nuancée comme le soulignait Annabel Fiddes, directrice adjointe de l’économie chez S&P Global Market Intelligence « la période d’expansion actuelle est en partie due à la constitution de stocks par les fabricants et leurs clients, les entreprises cherchant à se prémunir contre les pénuries de produits et à atténuer les risques de prix liés à la guerre au Moyen-Orient ».
Et comme le montre le graphique, les autres pays de la région font même mieux avec une hausse de l’indice au Vietnam, à Taïwan, et aux Philippines.

Le cas de la Corée du Sud
Son indice PMI manufacturier a atteint son plus haut niveau depuis mars 2021 à 54,8 en mai, contre 53,6 en avril.
Il faut dire que les exportations de la Corée du Sud ont augmenté plus que prévu en mai, à un taux annuel le plus élevé depuis plus de quarante ans, grâce aux investissements dans l’intelligence artificielle.
Ces dernières ont augmenté de 53,2 % par rapport à l’année précédente pour atteindre un niveau record de 87,75 milliards de dollars.

Les exportations de semi-conducteurs ont bondi de 169,4 % en mai pour atteindre un record mensuel de 37,16 milliards de dollars, et les ventes d’ordinateurs ont également augmenté de 290,7 % grâce à la demande de serveurs d’IA.
Par destination, les expéditions vers les États-Unis et la Chine ont augmenté respectivement de 59,1 % et 80,9 %.
Compte tenu de ces chiffres assez impressionnants, la Banque centrale a relevé ses prévisions de croissance économique pour cette année de 2,0 % à 2,6 %.
Mais cette hausse de l’activité, et surtout la hausse du prix du baril, ont entraîné une accélération de l’inflation, qui a atteint son niveau le plus élevé depuis deux ans, à 3,1 % contre 2,6 % en avril.
Et « on s’attend à ce que l’inflation reste au niveau de 3 % pour le moment en raison des effets du choc pétrolier sur d’autres secteurs », a déclaré la Banque de Corée après la publication de ce chiffre, ce qui a renforcé le sentiment qu’elle pourrait procéder à un resserrement monétaire en juillet.
L’inflation de base, qui exclut les prix volatils des aliments et de l’énergie, a accéléré à 2,5 % en mai, contre 2,2 % en avril.
L’Inde en retard
Même si l’indice PMI manufacturier en Inde a également progressé, son économie ne bénéficie pas des investissements dans l’IA, et le pays a connu, depuis le début de l’année, des sorties importantes de capitaux de la part d’investisseurs qui ont délaissé la bourse indienne.
L’indice PMI manufacturier est pourtant passé de 54,7 en avril à 55 en mai, grâce essentiellement à la demande intérieure qui a été le principal moteur de la croissance.
Mais, l’inflation des prix des intrants est quasiment à son niveau le plus élevé depuis environ quatre ans, sous l’effet de la hausse des dépenses en énergie, en carburant, en matériaux et en transports.
Et deuxième bémol, une partie de la hausse de l’activité pourrait en partie être la résultante de la volonté des fabricants de constituer des stocks d’urgence.
Et aux Etats-Unis ?
Effet constitution de stocks ? En tout cas l’indice ISM manufacturier a atteint son niveau le plus élevé depuis quatre ans, en passant de 52,7 en avril à 54 en mai.
Comme en Asie, à côté de la constitution des stocks, ce sont clairement les dépenses dans l’IA qui ont soutenu l’activité.
Comme le montre le graphique, le sous-indice des nouvelles commandes a nettement augmenté, ainsi que celui des exportations.

En revanche, l’indice des livraisons des fournisseurs est resté inchangé à 60,6, niveau extrêmement élevé qui reflète les problèmes dans les chaînes d’approvisionnement avec comme conséquence que les prix des intrants demeurent extrêmement élevés, confirmant la hausse de l’inflation.
Comme nous allons avoir la publication des chiffres sur le marché de l’emploi aux Etats-Unis ce vendredi, il est déjà certain que ce n’est pas le secteur manufacturier qui contribuera aux créations d’emplois.
En effet, malgré la hausse des commandes, l’indice ISM de l’emploi manufacturier a enregistré son 32e mois consécutif de contraction, avec comme conséquence que l’emploi dans l’industrie manufacturière a diminué d’environ 77.000 postes depuis janvier 2025.
