Un jour sombre

Mode Expresso

Jour sombre pour l’économie mondiale, pour les relations entre les Etats-Unis et ses partenaires commerciaux, entre les Etats-Unis et ses alliés, et évidemment pour les marchés financiers.

Mode Lungo

Jour sombre pour l’économie mondiale, pour les relations entre les Etats-Unis et ses partenaires commerciaux, entre les Etats-Unis et ses alliés, et évidemment pour les marchés financiers.

Annonces de Trump

Trump a littéralement fait voler en éclat le système commercial mondial et en même temps la base des relations entre partenaires, la confiance.

Le principe de base est que toutes les importations vers les Etats-Unis sont taxées d’un taux de base de 10%. Et ensuite chaque partenaire des Etats-Unis est soumis à un tarif spécifique en fonction des taxes qu’il ferait subir, selon l’administration, aux importations provenant des Etats-Unis.

Et pas certain que dans ce drôle de jeu, si on peut parler de jeu que joue Trump, les partenaires aient la possibilité de faire un Mulligan, à savoir la possibilité pour une joueuse ou un joueur de rejouer une action, sans pénalité. 

Premier pays sur la liste en fonction de l’ampleur des droits de douane, la Chine avec un taux de 34%, qui viennent s’ajouter au 20% déjà d’application, soit un taux de 54%, pas si éloigné des 60% annoncés par Trump durant sa campagne.

Viennent ensuite, le Vietnam avec un taux de 46%, la Thaïlande à 36%, Taïwan à 32%, l’Inde à 26%, la Corée du Sud à 25%, le Japon à 24%, et l’UE à 20%.

La Grande-Bretagne, le Brésil et Singapour, qui ont enregistré des déficits commerciaux avec les États-Unis l’année dernière, bénéficient toujours du taux de base de 10%.

Pour le Mexique et le Canada, le taux demeure à 25%, avec une exemption tarifaire pour les marchandises conformes à l’accord commercial États-Unis-Mexique-Canada qui sera maintenue indéfiniment, ce qui apportera un soulagement bienvenu aux constructeurs automobiles américains.

Pour l’ensemble des pays, les importations soumises à des droits de douane distincts de 25 % qui frappent les automobiles et les pièces détachées, l’acier et l’aluminium ne se verront pas imposer des taxes complémentaires.

Et d’autres produits comme le cuivre, le bois de construction, les semi-conducteurs et les produits pharmaceutiques seront exemptés de droits de douane complémentaires.

Et pour finir, Trump a également signé un décret qui met fin de manière permanente à l’exemption de droits de douane “de minimis” pour les colis en provenance de Chine et de Hong Kong d’une valeur inférieure à 800 dollars.

Conséquences

Inéluctablement, ces mesures vont augmenter les prix des biens importés aux Etats-Unis et dès lors peser sur la croissance américaine avec une hausse de l’inflation, le scénario d’une stagflation semble difficilement inévitable.

Mais ces mesures viennent bousculer l’ordre mondial et vont affecter toutes les entreprises au niveau mondial, avec une ampleur variable en fonction des réactions des pays concernés.

Et Christine Lagarde, hier, avant les annonces, a bien résumé la situation, « aujourd’hui, nous devons faire face à la fermeture, à la fragmentation et à l’incertitude ».

La situation va être particulièrement compliquée pour les Banques centrales qui vont devoir manœuvrer dans un contexte qui risque d’être inflationniste et durablement inflationniste d’ailleurs, et par un ralentissement de la croissance.

Sans surprise, les bourses asiatiques sont dans le rouge ce matin, l’Asie étant particulièrement ciblée par les hausses des taxes étant un important exportateur vers les Etats-Unis. C’est en particulier une très mauvaise nouvelle pour le Vietnam qui avait servi de tête de pont pour les produits chinois ces dernières années.

Mais les futures pour les bourses européennes sont également dans le rouge avec un recul de 2% et ceux aux Etats-Unis également avec un recul de 3% pour le Nasdaq.

Et ce ne sont que les premières réactions dans l’attente des mesures de rétorsion que pourraient prendre la Chine, l’UE, le Canada et les autres.

Pour le représentant américain Gregory Meeks, principal démocrate de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, « Trump vient de frapper les Américains avec la plus grande augmentation d’impôts régressifs de l’histoire moderne – des droits de douane massifs sur toutes les importations. Ses politiques inconsidérées ne font pas qu’effondrer les marchés, elles vont également nuire de manière disproportionnée aux familles de travailleurs ».

Compte tenu de la forte chute des bourses, les rendements obligataires ont chuté, les obligations servant de valeur refuge, en particulier aux Etats-Unis. L’or affiche un nouveau record et le dollar est en net recul, comme le montre la parité en EUR/USD.

Enregistré bien avant ces annonces, et dans une approche plus de pédagogie, j’ai eu l’occasion de participer au podcast Tracker Talk de l’Echo avec le journaliste de l’Echo Philippe Galloy sur les difficultés des Banques centrales d’arriver à maîtriser l’inflation. Autant dire que la situation va être encore plus compliquée maintenant.

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Le protectionnisme n’est ni totalement bénéfique ni entièrement néfaste. Son impact dépend de son application, de son ampleur et du contexte économique mondial. Plutôt que d’opposer frontalement libre-échange et protectionnisme, une approche pragmatique consisterait à chercher un équilibre entre ouverture commerciale et protection des intérêts nationaux.

Suggestions pour une approche équilibrée

  1. Encourager un protectionnisme ciblé: Plutôt qu’un repli général, il serait pertinent de protéger certains secteurs stratégiques (santé, énergie, nouvelles technologies) tout en maintenant une ouverture pour d’autres industries.
  2. Miser sur la réciprocité : Instaurer des règles commerciales qui imposent aux partenaires des conditions équitables (exemple : exigence de normes environnementales similaires pour les importations).
  3. Investir dans l’innovation et la compétitivité : Protéger temporairement des industries nationales peut être utile, mais l’objectif doit rester leur montée en gamme et leur compétitivité sur la scène internationale.
  4. Renforcer la coopération régionale : Plutôt qu’un protectionnisme national strict, des accords commerciaux régionaux (UE, Mercosur, etc.) peuvent offrir une alternative en équilibrant protection et ouverture.
  5. Développer une autonomie stratégique sans isolationnisme : Réduire la dépendance excessive à certaines chaînes d’approvisionnement internationales (comme celles dominées par la Chine) tout en restant connecté aux échanges mondiaux.

En somme, plutôt que d’opposer brutalement libre-échange et protectionnisme, il est possible de construire une politique commerciale plus souple et adaptée aux défis actuels, en combinant souveraineté économique, innovation et coopération internationale.

Encore faut-il que toutes les parties soient ouvertes à la négociation … Dès lors où un président agit par décrets sans entendre les autres interlocuteurs et avec une idée préétablie que tous les autres sont des ‘voleurs’ … Espérons qu’il y ait en Amérique des personnes autorisées censées qui parviennent à modérer les velléités de celui que les Américains ont porté au pouvoir.