La BCE agira en décembre

Posté le 30 octobre 2020

La BCE a laissé ses taux inchangés, mais face à la nette dégradation de la situation économique attendue au quatrième trimestre, elle a annoncé qu’elle agirait en décembre.

Une BCE prête à agir

Les chiffres du PIB en zone euro pour le troisième trimestre, qui auraient dû apporter un peu de répit, ne veulent déjà plus rien dire et comme l’a souligné Christine Lagarde, la situation va nettement se dégrader les prochains mois.

Pour autant, en Belgique, nous avons connu une hausse de 10.7% de notre PIB au troisième trimestre, après, rappelons-le une chute de 11.8%, ce qui nous donne toujours une croissance de -5.2% en taux annuel. Les chiffres attendus pour la zone euro seront du même acabit, avec une hausse de 9.6% au troisième trimestre, mais un recul de 7% en taux annuel. Ceux pour la France viennent de tomber avec une hausse de 18.2% contre -13.8%, soit un taux annuel qui passe de -19% à -4.3%. Mais avec le nouveau confinement, l’année 2020 pourrait se terminer sur un recul de 10%.

Mais tout cela est déjà du passé, et compte tenu du fait de l’impact négatif de la période de confinement et aussi que l’inflation globale va rester négative au moins jusqu’au début 2021, la BCE a sans aucune ambiguïté annoncé son intention d’agir en décembre.

« En décembre, les nouvelles projections macroéconomiques des services de l’Eurosystème permettront une réévaluation approfondie des perspectives économiques et de la balance des risques. Sur la base de cette évaluation actualisée, le Conseil des gouverneurs recalibrera ses instruments, de façon adéquate, pour répondre à l’évolution de la situation et faire en sorte que les conditions de financement demeurent favorables et permettent de soutenir la reprise économique et de contrer l’incidence négative de la pandémie sur la trajectoire projetée de l’inflation, contribuant ainsi à la convergence durable de l’inflation vers son objectif, conformément à son engagement en faveur de la symétrie ». Et Christine Lagarde, au cours de la conférence de presse, a lourdement insisté sur le fait que les décisions pourraient concerner « all instruments » à disposition de la BCE.

Ce qui signifie qu’elle pourrait augmenter de façon concomitante la taille et la durée du PEPP et abaisser le taux des dépôts tout en ajustant le programme de TLTRO pour les banques.

Non seulement la dégradation de l’économie va l’obliger à agir, mais aussi la faiblesse de l’inflation. Après l’annonce que l’inflation en Allemagne est restée inchangée d’un mois à l’autre mais qu’en taux annuel elle est tombée à -0.50%, en zone euro l’inflation est attendue en hausse de 0.1%, soit un annuel à 0.2% pour le Core CPI, alors que l’inflation globale est attendue à -0.30%.

Les raisons pour laquelle, l’inflation ne redécolle pas selon Christine Lagarde sont au nombre de trois. Premièrement, la faiblesse de la demande et en particulier dans les secteurs particulièrement touchés par la crise comme le tourisme, l’aviation, … ce qui tire les prix vers le bas. Deuxième, les mesures prises par les gouvernements pour soutenir l’activité, en particulier la baisse de la TVA en Allemagne sur la période de juillet à décembre. Et troisièmement, le recul du prix du baril. Compte tenu de la forte chute du prix du baril hier, voir graphique, les perspectives en termes d’inflation ne sont évidemment pas réjouissantes.

Le message de voir la BCE agir sur tous ses instruments en décembre a entrainé une sérieuse correction de l’euro par rapport au dollar et il faudra suivre l’évolution de l’euribor 3 mois, qui a touché un nouveau record (voir graphique), pour voir s’il anticipe une baisse du taux des dépôts.

Rebond aussi aux Etats-Unis

Comme il fallait s’y attendre, Trump s’est gargarisé après la publication du chiffre du PIB au troisième trimestre. « Biggest and Best in the History of our Country, and not even close. So glad this great GDP number came out before November 3rd ».

Comme le montre le graphique, le rebond est spectaculaire tout comme l’avait été la chute le trimestre précédent, avec une hausse record de 40.7% des dépenses de consommation. Mais malgré ce rebond, le PIB demeure 3.5% en dessous de son niveau de fin 2019.

Autre bonne nouvelle, le nombre d’inscriptions hebdomadaires au chômage a reculé de 40.000 à 751.000, mais ce qui laisse encore beaucoup d’Américains sur le carreau. Et surtout que la résurgence du virus fait craindre une nouvelle vague de licenciements.

Et pendant ce temps

La Chine vise un développement économique soutenu et sain au cours de la période 2021-2025 en mettant l’accent sur l’amélioration qualitative de la croissance.

Elle se fixe pour objectif de porter d’ici 2035 son PIB par habitant au niveau de celui des pays modérément développés, en s’appuyant sur la stratégie de « double circulation » évoquée pour la première fois en mai par Xi Jinping.