Le défi de l’emploi

Posté le 18 septembre 2020

Nous ne réussirons à restaurer la confiance que si nous réussissons à éviter des licenciements massifs et assurons une reprise du marché de l’emploi tout en offrant aux jeunes la possibilité de faire leur premier pas dans le monde du travail.

Entre volonté et crainte

Parlera-t-on en France, dans quelques mois, du syndrome de Bridgestone pour évoquer un dégagement massif avec des licenciements à la clef comme conséquence de la crise ? L’annonce de la fermeture de l’usine de Béthune en 2021 avec 863 licenciements à la clef est en tout cas un signal inquiétant et certainement pas le dernier.

Aux Etats-Unis, l’évolution du marché du travail est au cœur des préoccupations de la FED et les chiffres restent préoccupants.

Comme le montre le graphique, le nombre d’Américains ayant fait une demande d’assurance chômage a légèrement baissé la semaine dernière à 860.000 ainsi que les demandes continues chutant plus que prévu à 12,628 millions, suggérant une hausse de la réembauche. Mais le mouvement s’essouffle et l’absence d’un nouveau plan de soutien du gouvernement inquiète sur l’évolution du marché de l’emploi.

Il faut d’ailleurs revenir aux propos de Powell lors de sa conférence de presse de mercredi, qui a souligné que le marché du travail avait encore beaucoup de chemin à parcourir pour atteindre l’objectif d’emploi maximum fixé par la banque centrale et de nombreuses cases à cocher en cours de route. « Le marché du travail s’est redressé mais il est loin, très loin du maximum d’emplois », a-t-il déclaré.

Et Powell a souligné que le taux de chômage n’était pas le seul critère à prendre en considération pour déterminer si l’on avait atteint le plein emploi. Il faut selon lui prendre en considération la croissance des salaires, la participation à la population active et les disparités dans le chômage des minorités par rapport aux blancs.

« Nous aimerions revenir à un marché du travail fort où les salaires augmentent, où les gens peuvent trouver du travail, où la participation à la population active se maintient bien », a déclaré M. Powell. « C’est à cela que nous aimerions vraiment revenir ».

Autre indicateur extrêmement important, le taux de participation (ligne bleu foncé) qui ne s’est pas amélioré alors que durant le même temps le taux de chômage reculait fortement avant la crise, et qui a fortement chuté avec la crise et n’amorce qu’une timide reprise.

Le défi est global et l’OCDE l’a également souligné dans ses perspectives et en insistant en particulier sur l’augmentation inquiétante du chômage des jeunes comme l’illustre le graphique.

Taux inchangés

La BOE a laissé ses taux inchangés mais n’a pas exclu de faire passer en territoire négatif son taux directeur si la situation l’impose. Son scénario de base est une « évolution immédiate et ordonnée vers un accord de libre-échange global avec l’Union européenne le 1er janvier 2021 ».

« Maintenant, si cela n’arrive pas, ils n’auront pas d’autre choix que de répondre », a déclaré son gouverneur M. Broux.

Après cette annonce, les marchés monétaires ont renforcé leurs attentes quant à l’entrée en territoire négatif des taux d’intérêt britanniques. Les contrats à terme arrivant à échéance en février 2021 ont vu leurs taux directeurs tomber en dessous de zéro pour la première fois par rapport à mars 2021 plus tôt (voir graphique).

Une tâche titanesque

C’est en tout cas le sentiment que donne le travail qui attend le nouveau premier ministre japonais vu l’état de l’économie.

Comme le montre le graphique, le Japon renoue avec la déflation avec un core CPI qui est passé de 0.4% à -0.1%, soit un retour en territoire négatif pour la première fois depuis mars 2017.

Malgré les mesures de soutien et les injections massives de liquidité, l’inflation se tasse, certes il s’agit d’un phénomène global et qui touche aussi la zone euro, et inverser la tendance semble pour le moment très compliqué.

Même si Suga a déclaré vouloir poursuivre la politique de son prédécesseur, il pourrait plus mettre l’accent sur la déréglementation et faire tomber des privilèges qui empoisonnent la vie économique. Mais le temps est compté car son mandat ne dure qu’un an sauf s’il provoque des élections anticipées.