Une douce brise d’été souffle sur l’économie de l’UE

Posté le 16 juillet 2020

 

La crise du Covid-19 a eu de graves répercussions sur l’économie européenne. Le compromis entre une nouvelle réouverture de l’économie et le risque d’apparition de nouveau du virus reste un défi extrêmement difficile à relever. Pourtant, nous voyons une reprise vigoureuse se dessiner, malgré les signaux mitigés de divers indicateurs. À court terme, l’optimisme économique prend le dessus, aidé par un certain nombre de mesures politiques structurelles et positives. Une fois de plus, l’Europe a besoin d’une crise pour aller de l’avant. Afin de se remettre complètement de la crise du coronavirus, l’UE devra maintenir cette dynamique. Le chemin vers la reprise est encore long, mais nous voyons des pas dans la bonne direction.

Les arbres dans la forêt

L’interprétation des indicateurs économiques récents n’est pas facile en période de crise. Pratiquement tous les indicateurs indiquent une reprise. C’est un soulagement après les mois de fermeture infernale qui ont causé des dommages importants, mais pas nécessairement durables, à notre économie. Mais à quel point cette reprise est-elle convaincante et structurelle ? Et quelle est la force et l’étendue de la reprise dans les différents secteurs de l’économie ? Résumons quelques réflexions. Tout d’abord, nous examinons les indicateurs du climat économique. Ceux-ci indiquent un schéma de reprise spectaculaire, en forme de V. En mai et juin, par exemple, le sentiment des entreprises s’est presque entièrement remis de la récession de mars et avril. Les indicateurs de sentiment, cependant, sont traditionnellement influencés par des interprétations subjectives. La récente reprise spectaculaire est principalement le reflet du soulagement qui a suivi la grave récession économique sans précédent. C’est une bonne nouvelle en soi, mais pas suffisante pour assurer une reprise efficace. Le commerce de détail a suivi cette forte reprise, avec des ventes en hausse de 17,8 % en mai par rapport à avril, ce qui a déjà considérablement amorti le recul de 21,4 % entre février et avril. C’est une très bonne nouvelle, car elle indique que les consommateurs consomment à nouveau, une condition préalable pour amorcer la reprise.

Une image différente se dégage de l’évolution de la production industrielle dans la zone euro. Elle s’est redressée de 13 % en mai par rapport à avril à la suite de la suppression progressive des mesures de confinement. Toutefois, la production industrielle était encore inférieure de 20,61 % à celle de l’année précédente. Par rapport à janvier 2020, la différence est également toujours de 20,37 %. On peut donc parler d’une « économie à 80 % » plutôt qu’à 90 %, comme certains le décrivent dans l’ère post-corona. L’évolution des commandes à l’exportation fournit une explication. La demande d’exportation est toujours sous pression. Il n’y a absolument pas encore de reprise. L’analyse de la dynamique cyclique récente est donc un exercice complexe. En tout état de cause, les différences entre les indicateurs mensuels (voir figure 1) indiquent que la reprise n’est pas uniforme dans l’ensemble de l’économie.

La politique comme guide

Les mesures politiques peuvent certainement expliquer une partie de la différence entre les taux de reprise. Les politiques ont été fortement axées sur la stimulation de la demande intérieure par le biais du chômage temporaire et du soutien des revenus. À cet égard, l’Europe excelle dans une comparaison mondiale grâce aux stabilisateurs automatiques inhérents au modèle social européen. Cela explique, entre autres, la reprise relativement forte dans le secteur du commerce de détail. Un renforcement structurel de l’offre dans l’économie nécessite un autre type d’initiatives politiques, qui ne prennent que lentement leur essor aujourd’hui. Tous les États membres de l’UE travaillent sur leurs propres plans de relance, mais le processus décisionnel démocratique est lent et la mise en œuvre prend du temps. Néanmoins, nous voyons de nombreux signes d’espoir. L’Europe a clairement renoncé au mantra de l’austérité et de plus en plus de pays européens optent pour une relance budgétaire importante. Le fait que l’Allemagne ait élaboré un plan d’aide économique de 500 milliards d’euros est une nouvelle particulièrement bienvenue. Ces mesures de soutien ont été approuvées par la Commission européenne, ce qui a constitué un exercice d’équilibre difficile. Après tout, le déploiement massif de fonds publics par un État membre est une menace potentielle pour l’égalité des conditions de concurrence au sein du marché unique européen. Mais du point de vue de la reprise économique, le plan de relance allemand est bien sûr une bonne nouvelle, non seulement pour l’économie allemande, mais aussi pour l’ensemble de l’économie européenne, puisque d’autres pays en bénéficieront également.

Les récents développements dans le domaine de la relance européenne sont également positifs. Le plan « Next Generation EU », qui vise à renforcer structurellement l’économie européenne et à la rendre plus résistante en temps de crise, est une initiative précieuse. L’injection de 750 milliards d’euros par le biais d’une combinaison de prêts et de subventions, avec un accent particulier sur les pays de l’UE qui ont été profondément touchés par la crise de la couronne (lire Europe du Sud), est sans aucun doute une victoire historique pour ceux qui croient en l’importance d’une plus grande solidarité financière européenne et d’une approche plus européenne de la politique économique. Néanmoins, la résistance des opposants « frugaux » montre que de telles mesures de soutien ne devraient pas être trop peu engageantes. L’opposition néerlandaise aux plans européens était compréhensible et justifiée. L’UE ne tire pas profit de l’émission d’un chèque en blanc. La solidarité financière doit aller de pair avec une politique économique responsable, même si cela implique une réduction partielle de la souveraineté nationale. Mais en fin de compte, le plan « Next Generation EU » donnera une impulsion à long terme à l’économie européenne grâce à des investissements structurels. Il est particulièrement positif que l’UE opte pour une relance structurelle axée sur le long terme.

L’UE ne dispose pas des instruments et du budget nécessaires pour mettre en œuvre une politique anticyclique. Cela a toujours été la responsabilité des gouvernements nationaux au sein de l’UE. En ce sens, on ne peut pas reprocher à l’UE d’avoir fait relativement peu et rien de concret sur le plan économique dans les premiers jours de la crise du coronavirus. Néanmoins, nous ne devons pas sous-estimer le rôle économique de l’UE. En raison de l’interprétation souple des règles communautaires en matière d’aides d’État et de la stimulation du chômage temporaire, l’UE a joué un rôle dans l’absorption du choc économique initial de la crise du coronavirus. Néanmoins, la valeur ajoutée de l’UE réside principalement dans les mesures structurelles à long terme. Le plan « Next Generation EU » donne à l’UE un effet de levier beaucoup plus important que les instruments traditionnels du budget européen. D’où notre optimisme. Mais en même temps, nous espérons que ce plan n’est que le point de départ d’une approche européenne beaucoup plus structurelle des défis communs.

Nouveaux amis de l’UME

L’Union monétaire européenne (UME) apporte d’autres bonnes nouvelles. La porte est ouverte à l’entrée de la Bulgarie et de la Croatie dans la zone euro dans les années à venir. Pour l’instant, ces deux pays n’auront accès qu’à la salle d’attente de l’UME, le mécanisme de taux de change II (MCE II). Cette procédure s’appuie sur les dispositions du traité de Maastricht selon lesquelles les nouveaux États membres de l’UME doivent d’abord passer par une période de stabilité des taux de change. Conjointement avec un certain nombre de critères économiques relatifs aux finances publiques et à l’inflation, cette procédure déterminera l’adhésion effective à l’UME. La décision d’accueillir la Bulgarie et la Croatie n’est pas insignifiante malgré l’importance économique limitée de ces deux États membres. C’est surtout le signe que l’UME est bien vivante dans une période de crise que beaucoup pensaient à nouveau être le coup fatal de l’UME.

Une brise positive souffle donc sur l’économie européenne cet été. La reprise économique prendra beaucoup de temps, notamment parce que le virus Covid-19 n’est manifestement pas encore sous contrôle et parce qu’il existe de nombreux foyers de tension internationale. Personne ne peut exclure un automne turbulent après un été calme et plein d’espoir, alors que la crise du coronavirus se traduira par une hausse du chômage et des faillites. Mais les initiatives politiques de l’UE nourrissent au moins l’optimisme européen, qui est toujours le meilleur terreau pour le progrès économique.