Encore un matin où le baril écrit le scénario

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Malgré l’annonce, par l’Agence internationale de l’énergie, de la libération de 400 millions de barils de pétrole, ce dernier flirte, ce matin, avec les 100 $ pour le Brent, à la suite de nouvelles frappes sur les pays du Golfe par l’Iran cette nuit.

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Malgré l’annonce, par l’Agence internationale de l’énergie, de la libération de 400 millions de barils de pétrole, ce dernier flirte, ce matin, avec les 100 $ pour le Brent, à la suite de nouvelles frappes sur les pays du Golfe par l’Iran cette nuit.

Toujours sous pression

Cette nouvelle hausse du prix du baril intervient après une intensification des attaques de l’Iran contre des installations pétrolières et de transport au Moyen-Orient.

Hier, deux pétroliers étrangers transportant du fioul irakien ont été touchés par des attaquants non identifiés dans les eaux territoriales irakiennes et ont pris feu. Ce qui montre que le détroit d’Ormuz est le nœud qui entrave le commerce de pétrole et tant que ce dernier restera sous la menace iranienne le prix du baril ne baissera pas.

Cela explique pourquoi l’annonce de l’AIE de libérer 400 millions de barils n’a eu qu’un effet très limité sur le prix du baril et que cela ne résout en rien le blocage du détroit d’Ormuz.

Le graphique montre, en nombre de jours, ce que représente cette libération de 400 millions de barils, à part un effet peut-être psychologique, c’est une goutte d’eau par rapport à la consommation mondiale.

La mécanique d’une hausse du prix du baril est connue maintenant, les bourses asiatiques sont reparties à la baisse, les futures en Europe et aux Etats-Unis affichent des baisses d’environ 1 %, le dollar se renforce de nouveau, et les rendements obligataires repartent à la hausse, comme le montre le rendement du Treasury 2 ans.

Mais le mouvement ne se limite pas à la partie courte de la courbe, mais concerne aussi la partie longue et entre autres le Treasury à 30 ans. Hausse qui intervient à un mauvais moment, car le Trésor américain doit émettre, aujourd’hui, une émission à 30 ans qui risque de ne pas rencontrer beaucoup d’intérêt, car qui voudrait bloquer un rendement alors que l’inflation menace et pourrait pousser encore les rendements à des niveaux plus élevés.

A propos d’inflation

Les chiffres d’inflation aux Etats-Unis ont été conformes aux prévisions, mais ne sont plus très significatifs, car ils concernent les données avant le début du conflit.

L’indice des prix à la consommation a augmenté de 0,3 % le mois dernier, après avoir progressé de 0,2 % en janvier, soit un taux annuel inchangé à 2,4 %.

Tous les regards étaient tournés particulièrement sur les prix de l’énergie, les prix de l’essence ayant déjà augmenté de 0,8 % avant même le début du conflit. Les prix du gaz de ville utilisé par les ménages ont grimpé de 3,1 % le mois dernier, soit une hausse annuelle de 10,9 %.

Si l’on exclut les composantes volatiles que sont l’alimentation et l’énergie, l’inflation a augmenté de 0,2 % après avoir progressé de 0,3 % en janvier, soit un taux annuel inchangé à 2,5 %.

Même si le chiffre sera publié avec retard à cause de la fermeture du gouvernement, et concernera le mois de janvier, l’indice Core PCE, publié demain, devrait montrer que l’inflation continue de progresser, car il est attendu à 3,1 % contre 3 % en décembre.

Et il n’y a pas que la hausse du baril

Qui pourrait entretenir l’inflation, car il y a aussi la question des tarifs douaniers, l’administration américaine ayant annoncé hier qu’elle lançait deux nouvelles enquêtes commerciales sur les capacités industrielles excédentaires chez 16 partenaires commerciaux.

Ces enquêtes pourraient conduire à l’imposition de nouveaux droits de douane et concernent la Chine, l’UE, l’Inde, le Japon, la Corée du Sud, le Mexique,  Taïwan, le Vietnam, la Thaïlande, la Malaisie, le Cambodge, Singapour, l’Indonésie, le Bangladesh, la Suisse et la Norvège

Pour le Secrétaire au commerce, Jamieson Greer, « ces enquêtes se concentreront donc sur les économies qui, selon nos informations, semblent présenter des capacités et une production structurelles excédentaires dans divers secteurs manufacturiers, notamment en raison d’excédents commerciaux persistants plus importants ou de capacités sous-utilisées ou inutilisées ».

L’objectif est clairement de pouvoir imposer de nouveaux droits de douane sur base de ces enquêtes, avant que la période de 150 jours des droits temporaires imposés par Trump ne se termine en juillet.

BCE prête à agir ?

Pas lors de la réunion la semaine prochaine, mais le sentiment que la politique monétaire de la BCE était à la bonne place appartient au passé, au moins tant que durera le conflit.

Comme le soulignait le Président de la Bundesbank, Joachim Nagel, « nous devons être très vigilants. S’il devient évident que les augmentations actuelles des prix de l’énergie se traduiront par une hausse généralisée des prix à la consommation à moyen terme, la BCE agira de manière décisive ».

Même François Villeroy de Galhau, connu pour sa prudence, a déclaré « nous ne laisserons pas l’inflation s’installer, nous devons cette vigilance ».

Tout en ajoutant que la hausse des taux n’était pas imminente, mais le changement est important, et alors qu’aucun changement n’était attendu, le marché table maintenant sur des hausses entre 0,30 % et 0,35 % cette année.

Christine Lagarde n’a pas été en reste en déclarant « je peux vous assurer (…) que nous ferons tout ce qui est nécessaire pour maintenir l’inflation sous contrôle et pour faire en sorte que les Français, les Européens, ne connaissent pas de hausses inflationnistes comme celles que nous avons connues en 2022 et 2023 ».

Certains vont cependant déjà plus loin, comme Peter Kazimir, gouverneur de la Banque centrale de Slovaquie, qui a estimé, « pour l’instant, nous devons rester calmes ». Tout en rajoutant cependant, « je dirais qu’une réaction de la BCE est potentiellement plus proche que ce que beaucoup pensent ».

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