La FED a laissé ses taux inchangés, sans surprise, en attendant de nouvelles données, et elle sera vite servie, alors que la Banque centrale du Canada a relevé ses taux, une première depuis trois ans.
Derrière la pause, la menace inflationniste demeure
La FED a laissé ses taux inchangés, sans surprise, en attendant de nouvelles données, et elle sera vite servie, alors que la Banque centrale du Canada a relevé ses taux, une première depuis trois ans.
Statu quo
La FED n’a pas surpris, comme cela fut le cas hier de la part de la Banque centrale de Nouvelle-Zélande, en laissant ses taux inchangés.
Cette décision n’a cependant pas fait l’unanimité, deux membres du Comité ayant voté pour une hausse des taux.
Mais Kevin Warsh s’est montré confiant sur l’état de l’économie américaine et sur le reflux de l’inflation à l’avenir, attendant de nouvelles données pour envisager la suite.
Lors de la conférence de presse, il a souligné, « l’économie va dans la bonne direction. L’économie est-elle trop chaude ? L’économie est-elle trop forte ? Ce n’est pas le jugement de la plupart de mes collègues. L’objectif, à mon avis … n’est pas de jeter du sable dans les rouages de l’économie et de mettre les gens au chômage. Je ne pense pas que nous devions faire cela. »
Mais certains de ses collègues n’ont pas la même perception et expriment leur inquiétude sur une demande alimentée par l’IA et une consommation qui fait grimper les prix.
Le communiqué souligne que « l’accumulation de plus d’informations aidera le Comité à déterminer la position politique appropriée pour garantir un retour rapide de l’inflation à l’objectif de 2 % du Comité ».
Et ce dernier sera rapidement servi, puisque nous avons cet après-midi deux indicateurs qui seront publiés.
D’une part, le chiffre du PIB pour le troisième trimestre, qui devrait confirmer que la croissance est soutenue par les investissements dans l’IA et par la consommation. La croissance en taux annualisé est attendue à 3,2 % contre 2,2 % au deuxième trimestre.
D’autre part, l’indice PCE, indice phare de la FED sur l’inflation, devrait confirmer que l’inflation ne recule pas, bien au contraire. Cet indice est attendu, en taux annuel, à 3,6 % en septembre contre 3,4 % en août, et l’indice Core PCE à 3,1 % contre 3 %.
Le marché table toujours, après cette réunion, sur une hausse des taux en décembre, mais se montre moins belliciste pour la suite comme le montre le rendement du Treasury 2 ans.

Intéressant de noter que la présidente de la FED de Cleveland, Beth Hammack, a voté pour une hausse des taux, sans surprise, et elle a été rejointe par la gouverneure de la FED, Lisa Cook, qui est dans le collimateur de Trump, et qui a exprimé pour la première fois son désaccord.
Si la FED n’a pas changé ses taux, en revanche Warsh a annoncé des changements dans la tenue des réunions.
« Nous pensons que huit réunions par an est le bon nombre, mais en 2027, une réunion se concentrera exclusivement sur une stratégie globale de politique monétaire, sans qu’un vote sur le taux des fonds fédéraux ni une déclaration de politique ne soient prévus », a déclaré Warsh.
Et de préciser, « le reste sera constitué de réunions régulières pour l’élaboration des politiques du FOMC, et je m’attends à ce qu’en 2028 nous ayons deux réunions consacrées aux discussions sur la stratégie et six … à l’élaboration des politiques. »
Pour justifier une réunion monétaire en moins en 2027, Warsh a déclaré « il est tout aussi important que nous réservions du temps et de l’espace en tant que groupe intellectuellement diversifié pour les délibérations stratégiques, pour repenser les grandes questions, en regardant vers des horizons temporels plus longs, en nous concentrant, comme je dis, sur le côté gauche du point décimal ».
Christine Lagarde sera-t-elle plus diserte, non pas sur la prochaine hausse de taux, étant donné que cet après-midi la BCE devrait laisser ses taux inchangés, mais sur son départ ?
Compte tenu des tensions qui perdurent sur les prix de l’énergie, le scénario d’une nouvelle hausse de taux en décembre devrait être sous-entendu par Lagarde.
Hier, d’ailleurs, le prix de référence du gaz naturel en Europe a atteint les 100 euros par mégawattheure (MWh) pour la première fois depuis décembre 2022.

Mais la question qui taraude tout le landerneau économique est savoir si Christine Lagarde va quitter la BCE avant la fin de son mandat. Ce départ permettrait alors à Macron et aux autres dirigeants de pourvoir les différents postes au sein de la BCE avant les élections françaises.
A ce stade, les anciens gouverneurs des Banques centrales des Pays-Bas et d’Espagne, Klaas Knot et Pablo Hernandez de Cos, sont considérés comme les favoris à la présidence de la BCE.
Hausse de taux
De la part de la Banque centrale du Canada qui a relevé ce dernier de 0,25 % pour le porter à 2,50%, une première depuis trois ans.
Ce n’était pas une surprise, mais par contre, elle a relevé assez nettement ses prévisions d’inflation à 1 % pour cette année, contre 0,7 % en juillet, et à 3,1 % pour 2027 contre 2 % précédemment.
Ce qui a motivé la décision, comme l’a souligné la gouverneure Tiff Macklem, « avec des perspectives d’inflation nettement plus élevées et une économie montrant de la résilience, une augmentation du taux directeur est nécessaire pour réduire le risque que la hausse des prix de l’énergie déborde et devienne une inflation généralisée ».
En ajoutant, « il pourrait être nécessaire d’augmenter davantage le taux d’intérêt, mais compte tenu des incertitudes, nous avancerons prudemment ».
Il faut dire que l’inflation s’est établie à 3,2 % en septembre, soit un niveau supérieur à l’objectif de 1 % à 3 % de la Banque centrale.
Résultat, à la différence du Treasury, le rendement de l’obligation canadienne à 2 ans est reparti à la hausse, comme le montre le graphique.

La Banque centrale a estimé que les nouveaux tarifs américains ralentiraient l’économie au quatrième trimestre, mais est confiante quant à une croissance solide en 2027, soutenue par les dépenses des consommateurs et par les investissements des entreprises.
Elle table sur une croissance annuelle de 2 % au troisième trimestre et de 0,8 % au quatrième, après un taux de 3,3 % au deuxième trimestre. Et pour 2027, elle espère une croissance de 2 % contre 1,8 % précédemment.
Encore un mot sur les Banques centrales
A-t-elle voulu rattraper la sauce et surtout voulu éviter une chute encore plus importante de la devise ? En tout cas la gouverneure de la Banque centrale néo-zélandaise, Anna Breman, a déclaré hier « ce que nous disons, c’est que tout le comité s’accorde à dire qu’il est probable que nous assisterons à de nouvelles augmentations de l’OCR (taux officiel) », et de rajouter, concernant les chances d’une hausse en décembre, « je dirais qu’elles sont élevées ».
En terminant en soulignant que « la Banque de réserve restera très calme et concentrée sur son mandat et sur la garantie que l’inflation revienne à l’objectif ».
