L’été se termine, mais pas la guerre

Mode Expresso

Amélioration des indices de confiance, hausse de l’inflation, et nouvelles frappes militaires entre l’Iran et les Etats-Unis qui font bondir le Brent à 95 $, tous les ingrédients pour une hausse de taux par la BCE sont réunis.

Mode Lungo

Amélioration des indices de confiance, hausse de l’inflation, et nouvelles frappes militaires entre l’Iran et les Etats-Unis qui font bondir le Brent à 95 $, tous les ingrédients pour une hausse de taux par la BCE sont réunis.

Décor planté

D’abord, l’inflation qui est passée de 2,9 % en juillet à 3,3 % en août dans la zone euro, principalement alimentée par la hausse des coûts de l’énergie, alors que les prix du pétrole brut et du gaz naturel ont tous deux augmenté.

Mais bonne nouvelle, l’inflation de base, qui exclut les prix volatils des aliments et des carburants, est passée de 2,4 % à 2,5 % en août, alors que la croissance des prix des services, le plus important élément du panier de prix à la consommation, a ralenti à 3,0 % contre 3,3 %.

Ces deux derniers chiffres sont rassurants, car ils montrent que la flambée des prix de l’énergie ne déclenche pas encore les effets de second cycle qui pourraient forcer la BCE à agir de manière plus agressive.

Avec un prix du baril à 95 $, et ces chiffres d’inflation, la hausse de 0,25 % le 10 septembre est déjà complètement intégrée par le marché, et les membres de la BCE devraient prendre leur temps pour évaluer la suite en fonction de la tournure du conflit au Moyen-Orient.

Deux éléments plaident pour une pause, un marché du travail qui est faible et n’entraîne dès lors pas des hausses de salaires, et une croissance qui s’avère résiliente certes, mais assez faible, et qui pourrait ralentir en cas de prolongement du conflit.

En revanche, la BCE sera très attentive au risque de hausse des produits alimentaires, car les conséquences des canicules et de la sécheresse se feront ressentir seulement maintenant.

Cette résilience de l’économie de la zone euro s’est reflétée dans l’indice PMI manufacturier, qui a atteint en août son rythme le plus soutenu depuis plus de quatre ans.

Ce qui a fait dire à Joe Hayes, économiste principal senior chez S&P Global Market Intelligence, « le rapport PMI du mois d’août a fourni les signes les plus clairs à ce jour que l’économie industrielle de la zone euro a jusqu’à présent surmonté à la fois le choc des prix du pétrole et les perturbations d’approvisionnement causés par la guerre au Moyen-Orient ».

Et d’ajouter, « la croissance plus soutenue du carnet de commandes, due en partie à une reprise de la demande à l’exportation, devrait permettre à cette expansion de se pérenniser ».

Les nouvelles commandes ont progressé à leur rythme le plus soutenu depuis début 2022, et la croissance de la production industrielle s’est accélérée, le sous-indice passant de 52,9 à 53,3 en août, son plus haut niveau depuis 54 mois.

Mais, même si l’inflation des coûts des intrants a ralenti, comme le soulignait Hayes, « le rythme de la désinflation commence à se stabiliser et les indicateurs de prix de l’indice PMI restent bien supérieurs à leurs niveaux d’avant la guerre, ce qui pourrait bien renforcer la prudence des responsables de la politique monétaire de la zone euro ».

Ces derniers pourront aussi se pencher sur une étude publiée hier sur le blog de la BCE, qui compare la période actuelle d’inflation élevée à celle qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022.

Selon les économistes Kristina Barauskaitė Griškevičienė et Claus Brand, « nos estimations suggèrent que l’augmentation actuelle de l’inflation globale a jusqu’à présent, jusqu’à la fin mai 2026, été presque entièrement due à des chocs défavorables de l’offre d’énergie ».

En revanche, la période d’inflation élevée de 2021-22 a été d’abord stimulée par des mesures de relance monétaire, puis par des mesures budgétaires ultérieures.

Dans la perspective d’un conflit au Moyen-Orient qui se terminait en été, selon les projections de la BCE, et elle n’était pas la seule à envisager ce scénario, selon ces deux économistes, « la réponse telle qu’elle a été donnée jusqu’à présent est cohérente avec l’orientation à moyen terme de la politique monétaire de la BCE et avec les attentes des marchés financiers ».

Car la situation n’est pas comparable avec la poussée inflationniste post-Covid qui ne résulte, ni uniquement du choc énergétique, ni uniquement d’une BCE trop accommodante. Elle est née de la combinaison exceptionnelle de contraintes d’offre, de la crise énergétique, du rebond de la demande et des politiques de soutien à l’économie.

Point intéressant de l’étude, ils se sont posé la question de savoir si la BCE avait réagi trop tard. Ils ont pour ce faire simulé un relèvement des taux plus précoce.

Leur conclusion est qu’une BCE plus agressive aurait certes réduit le pic d’inflation, mais seulement de façon modérée, au prix d’un ralentissement marqué de l’activité économique et d’une perte importante de production.

La question maintenant est que l’été se termine, mais pas le conflit au Moyen-Orient et que cette situation de ni guerre ni paix pourrait perdurer avec comme conséquence un prix du baril, et surtout du gaz, qui entretiendrait l’inflation.

Hausse des taux

La Banque centrale néo-zélandaise a relevé les taux d’intérêt pour une deuxième réunion consécutive, ce matin, et a annoncé un nouveau resserrement à venir, mais tout en restant très prudente sur l’impact sur l’économie.

Elle a augmenté son taux de 0,25 % pour le porter à 2,75 %, soulignant que « le Comité estime qu’il est approprié de supprimer progressivement le stimulus monétaire pour ramener l’inflation à l’objectif de 2 % à mi-chemin tout en soutenant la croissance et l’emploi ».

Le taux à deux ans a légèrement reculé après cette hausse, le marché s’étant montré plus agressif que ne pourrait l’être la Banque centrale à l’avenir.

Surtout qu’elle devra se montrer prudente, car sa prochaine réunion se tiendra moins de 10 jours avant les élections générales, un scrutin qui reste très serré.

Et même si l’inflation s’est élevée à 4,1 % en juin, la Banque centrale doit aussi tenir compte que « après une croissance terne au trimestre de juin, la reprise économique de la Nouvelle-Zélande a très probablement repris mais reste inégale ».

Mais cette décision de la Banque centrale de Nouvelle-Zélande reflète bien le dilemme dans lequel se trouvent toutes les Banques centrales confrontées à la hausse du prix du baril et à ses implications inflationnistes.

Résultat, le rendement du Treasury 30 ans s’approche à nouveau du seuil de 5,30 % qui avait eu comme conséquence que le secrétaire au Trésor, Bessent, était intervenu sur le marché obligataire.

Car non seulement, les attentes d’inflation exigent des rendements plus élevés, mais également parce que les investisseurs exigent une prime de terme plus élevée pour les bons du Trésor américain, dont le risque est presque vu comme plus élevé que certaines dettes d’entreprises.

Subscribe
Notify of
0 Comments
Oldest
Newest