Baril sous tension, Banques centrales en apnée

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Le risque d’escalade a encore augmenté d’un cran avec des frappes israéliennes sur le plus grand champ gazier d’Iran, et en représailles des attaques iraniennes contre des installations gazières au Qatar, provoquant une nouvelle hausse des prix du baril.

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Le risque d’escalade a encore augmenté d’un cran avec des frappes israéliennes sur le plus grand champ gazier d’Iran, et en représailles des attaques iraniennes contre des installations gazières au Qatar, provoquant une nouvelle hausse des prix du baril.

Risque majeur

Jusqu’à présent, les deux parties s’étaient abstenues de s’en prendre directement aux installations gazières et pétrolières, mais Israël a franchi le pas hier en frappant le champ gazier de South Pars en Iran.

En réponse, l’Iran s’en est pris au site Ras Laffan, le site des principales opérations de traitement du GNL du Qatar, avec des dommages considérables, selon les autorités.

Et l’Arabie saoudite a réussi à intercepter et détruire quatre missiles balistiques lancés en direction de Riyad, ainsi qu’une tentative d’attaque par drone contre une installation gazière.

Cette escalade a provoqué une nouvelle hausse du prix du baril, avec les effets que l’on connaît bien maintenant, une hausse du dollar et des taux, et une chute des bourses asiatiques, et des futures en Europe nettement en recul.

Pour ne rien arranger…

Mais assez logiquement, la FED a laissé ses taux inchangés et son président a tenu des propos assez hawkish qui éloignent le scénario de plusieurs baisses de taux.

Ce statu quo a été voté à 11 contre 1, inutile de préciser qui a voté pour une baisse de taux, et le message de Powell a été empreint de prudence, mais aussi d’humilité.

Il a déclaré durant la conférence de presse « à court terme, la hausse des prix de l’énergie fera augmenter l’inflation globale, mais il est trop tôt pour connaître l’ampleur et la durée des effets potentiels sur l’économie ».

Et de rajouter, « ce que je veux vraiment souligner, c’est que personne ne sait : les effets économiques pourraient être plus importants, ils pourraient être plus petits ; ils pourraient être beaucoup plus petits ou beaucoup plus grands ; nous ne savons tout simplement pas ».

Quand on observe les projections des membres de la FED sur leurs prévisions des taux, ils s’attendent majoritairement plus qu’à une seule baisse des taux cette année, avec un nombre plus élevé de membres qu’en décembre.

Si Powell a évoqué le fait qu’ « une augmentation a été évoquée lors de la réunion, comme lors de la dernière réunion », pour le moment, la politique monétaire est « bien placée pour déterminer l’ampleur et le calendrier des ajustements supplémentaires de notre taux directeur en fonction des données entrantes, de l’évolution des perspectives et de l’équilibre des risques ».

A ce stade, les projections de la FED concernant l’inflation ont été légèrement revues à la hausse pour cette année à 2,7 % contre 2,4 % précédemment. Mais pour le moment la FED, si elle attend impatiemment que l’inflation amorce une courbe rentrante, ne s’inquiète pas trop d’un choc pétrolier sur l’inflation, tablant en effet sur un taux d’inflation de 2,2 % fin 2027.

Preuve que la FED est prudente mais pas trop inquiète, en tout cas à ce stade, elle a revu légèrement à la hausse la croissance pour cette année à 2,4 % contre 2,3 % précédemment et table sur un taux de chômage stable à 4,4 %.

Cette position ferme par rapport au risque inflationniste se retrouve aussi dans la déclaration de la Banque centrale du Canada, après également l’annonce d’un statu quo. Son gouverneur, Tiff Macklem, soulignant que « le Conseil des gouverneurs examinera l’impact immédiat de la guerre sur l’inflation, mais si les prix de l’énergie restent élevés, nous ne laisserons pas leurs effets s’étendre et devenir une inflation persistante ».

Le message devrait être le même de la part de la Banque centrale suédoise, de la BoE et de la BCE, qui se réunissent aujourd’hui, et qui vont laisser leurs taux inchangés.

Mais évidemment, les risques inhérents à la guerre en Iran et à la hausse des prix du pétrole sont totalement différents pour ces économies qui importent du pétrole et du gaz. Même s’il est trop tôt pour en mesurer les effets, mais un enlisement du conflit aura comme conséquence inéluctable, dans ces pays, une hausse de l’inflation et une baisse de la croissance, le scénario tant redouté de stagflation.

Statu quo de la BOJ

Cette dernière a laissé ses taux inchangés ce matin, et a adopté aussi un ton  hawkish, consciente du risque que la flambée des prix du pétrole n’attise l’inflation.

Cette décision de laisser les taux inchangés n’a pas été votée à l’unanimité, Hajime Takata, membre du conseil d’administration, a réitéré une proposition infructueuse qu’il avait faite en janvier de porter les taux à 1,0 %.

Il faudra être attentif aux propos du gouverneur de la BOJ, qui s’exprimera dans la matinée, pour voir si le scénario d’une hausse des taux en avril se renforce ou pas.

Un peu à contre-courant

La Banque centrale du Brésil a décidé de réduire de 0,25 % son taux directeur pour le porter à 14,75 %, mais tout en se montrant extrêmement prudente sur la suite.

Cette prudence s’explique évidemment à cause de la guerre en Iran, le communiqué soulignant que seront bien nécessaires « sérénité et de la prudence dans la conduite de la politique monétaire, de sorte que les étapes futures du calibrage des taux d’intérêt puissent intégrer de nouvelles informations sur la profondeur et la durée des conflits au Moyen-Orient ».

Cette prudence se reflète aussi dans la révision à la hausse de l’inflation, à 3,9 % contre 3,4 % précédemment pour cette année, et à 3,3 % contre 3,2 % en 2027.

Encore un mot sur Powell

Il a indiqué qu’il n’avait pas encore décidé s’il allait terminer son mandat de gouverneur, qui expire en 2028, après la fin de son mandat de président en mai.

Il a déclaré qu’il prendrait sa décision en fonction de ce qu’il estime être dans l’intérêt de l’institution.

Mais en distillant ce message, Powell pourrait bien rester en poste, façon très claire de signifier à Trump qu’il continuera d’exercer en toute indépendance son rôle de membre indépendant de la FED, et d’être aussi un partisan d’une politique monétaire prudente et qui vise un objectif d’inflation.

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