Retour sur mes prévisions 2019

Posté le 30 décembre 2019

Après finalement s’être renforcé tout au long de l’année, le dollar termine en recul par rapport à la majorité des devises.

Recul du dollar

Même s’il n’a pas retrouvé son niveau de début d’année, il est reparti à la baisse par rapport à toutes les devises comme illustré par le graphique qui reprend son évolution par rapport à un panier de devises.

Les raisons sont en partie liées à l’accord commercial, qui devrait être signé au début de l’année prochaine, qui a un impact positif sur le yuan et les devises des pays émergents. Car un accord aura un effet important sur l’économie mondiale et donc sur le commerce international et sur les économies fortement tournées vers l’exportation.

La deuxième raison est que les indicateurs économiques ont montré en fin d’année une stabilisation avec par exemple une hausse de 8% sur l’ensemble de l’année des ventes de détail en Chine. Certes, ce chiffre est moins bon que les 9% de l’année 2018, mais il est supérieur aux attentes et laisse espérer une demande intérieure plus soutenue en 2020.

La troisième raison, est que pour certains, la baisse de l’inflation aux Etats-Unis pourrait donner une marge de manœuvre complémentaire à la FED pour baisser ses taux. Mais ce scénario me semble peu réaliste et l’économie américaine n’a pas besoin d’une nouvelle baisse de taux.

Hausse du prix du baril

Même si globalement le prix du baril a évolué dans une fourchette assez étroite sur l’ensemble de l’année, comme le montre le graphique, il termine plutôt sur son point haut.

A cela deux raisons, d’une part, la perspective de l’accord commercial, encore lui, qui devrait soutenir la demande en provenance de Chine. Et d’autre part, des tensions dans le Moyen-Orient avec une attaque aérienne des Etats-Unis sur des troupes du Hezbollah en Syrie et en Irak. Avec en plus la fermeture du champ pétrolier irakien de Nassiriya suite à des opérations de blocage par des manifestants.

Bilan de mes dix prévisions pour 2019

Retour donc sur ces prévisions, et le bilan n’est vraiment pas terrible cette année, avec en prime des déceptions car j’ai le sentiment que les choses n’avancent pas assez vite.

. Instauration d’une taxe carbone pour l’ensemble des pays de l’UE identique dans tous les pays et progressive. Cette taxe serait neutre budgétairement parlant par une redistribution des recettes à l’ensemble des acteurs.

Et elle serait complétée d’une taxe carbone aux frontières de l’UE reprise dans les accords de libre-échange ainsi qu’une taxe carbone sur les revenus générés par des investissements réalisés par des entreprises de l’UE en dehors de l’UE issus de l’extraction de combustibles fossiles.

Raison trop tôt ? En tout cas, le projet est clairement dans les cartons de la nouvelle Commission, mais à ce stade aucune taxe n’a été instaurée.

. Angela Merkel ne terminera pas son mandat car la nouvelle présidente de la CDU prendra pour le parti une position diamétralement opposée à celle du gouvernement, ce qui rendra la position d’Angela Merkel intenable.

La position d’Angela Merkel n’est pas vraiment tenable pour le moment parce que ses alliés veulent renégocier les conditions de leur participation et veulent que le gouvernement adopte une attitude plus de gauche. Mais en attendant, Angela Merkel est toujours là et entend bien terminer son mandat.

. Benoit Coeuré deviendra le nouveau président de la BCE et remplacera Mario Draghi en novembre 2019. Ce dernier aura terminé son mandat sans vraiment remonter les taux, puisque la BCE en octobre aura seulement fait passer le taux des dépôts de -0.40% à -0.20%.

Faux sur toute la ligne puisque c’est Christine Lagarde qui a pris la présidence de la BCE et qu’elle n’était pas du tout considérée comme une candidate potentielle.

Et concernant les taux, la BCE n’a évidemment pas augmenté ses taux mais encore réduit le taux des dépôts obligatoires en le faisant passer de -0.40% à -0.50%.

. Devant l’ampleur de la dégradation de la situation économique, les agences de rating vont revoir le rating à la baisse de l’Italie. Ainsi, S&P ferait passer le rating de BBB à BBB-, Moody’s qui avait franchi le pas avec un rating à Baa3, mettraient les perspectives à « négatives » et Fitch suivrait S&P à BBB-.

L’ampleur de la dégradation économique ne fait aucun doute mais pour autant les agences de rating ont fait preuve de beaucoup de mansuétude. Ainsi, S&P a laissé le rating inchangé à BBB malgré les perspectives négatives depuis octobre 2018. Moody’s n’a pas bougé non plus avec un rating à Baa3. Seul Fitch a fait passer les perspectives à négatives en août 2019 avec un rating inchangé à BBB.

. L’Arabie Saoudite va connaitre une révolution de palais à la suite des décisions prisent par MBS qui voulait faire un pas supplémentaire vers un peu plus de liberté. Devant cette volonté, le pouvoir religieux a repris la main et, avec le soutien de l’armée, a imposé une nouvelle forme de république islamiste.

Il y a bien eu une reprise en main après l’affaire Khashoggi, le journaliste assassiné par le pouvoir en Turquie, mais sans reprise en main par le pouvoir religieux ni une nouvelle forme de république islamiste.

. La guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis va être évitée grâce à un accord qui englobera une réduction des tarifs douaniers sur les exportations de voitures américaines vers la Chine, et une ouverture plus grande du marché chinois aux entreprises américaines. Cet accord prévoira aussi que la Chine mettra fin aux transferts forcés de technologie. Mais pour autant la Chine n’abandonnera pas son plan « Made in China 2025 » mais l’assouplira.

Accord il y a eu, enfin en principe puisque ce dernier n’est pas encore signé. Mais il porte plus sur les importations de produits agricoles américains par la Chine et faute de détails nous ne connaissons pas les autres points. Cependant il demeure évident que la Chine n’a pas renoncé à son plan « Made in China 2025 ».

. La France va connaitre une récession technique c’est-à-dire deux trimestres successifs avec une croissance négative à cause de l’enlisement de la crise des « gilets jaunes ».

Ce n’est pas la France mais l’Allemagne qui a frôlé la récession technique contre toute attente. Au contraire, la France affiche une croissance supérieure à celle de l’Allemagne et a profité des mesures prises par Macron en réponse aux revendications des « gilets jaunes ».

. Sous l’effet du ralentissement de l’économie mondiale, le prix du cuivre qui se traite autour des 6.000 $ va retomber vers les 5.000 $, alors même qu’il a déjà corrigé de 15% en 2018.

Malgré le ralentissement de l’économie mondiale qui a été bien réel, le prix du cuivre n’a quasiment pas évolué sur l’ensemble de l’année et termine à 6.210 $.

. Le dollar va s’affaiblir durant l’année et aller vers les 1.20 par rapport à l’euro à cause de la fin de la hausse des taux de la part de la FED et des signes de plus en plus marqués du ralentissement de l’économie américaine.

Signes de ralentissement certes mais pas de vraies inquiétudes sur l’état de l’économie américaine et le dollar s’est renforcé au contraire (voir le graphique).

. Les progrès dans le traitement du cancer évoluent sans cesse et l’immunothérapie fait partie maintenant de l’arsenal dont dispose les médecins pour traiter les cancers. Cependant, l’immunothérapie n’est efficace que dans 15 à 30% des cas. Pour éviter donc des traitements inutiles, des chercheurs français ont créé et alimenté une intelligence artificielle capable de prédire l’efficacité d’un tel traitement. 2019 verra la généralisation de cette technique et sera marquée par des traitements plus adaptés aux patients.

Les progrès sont parfois plus lents que prévu mais néanmoins des avancées s’observent et je voudrais citer Pierre Flamant CFO de la société OncoDNA. Cette dernière travaille sur l’analyse à la prédisposition à l’immunothérapie dans le cadre des traitements de cancers métastatiques en Wallonie. Je le cite donc par rapport à ma dernière prévision « OncoDNA a intégré 5 biomarqueurs spécifiques dans ses solutions de profilage moléculaire afin de prédire la réponse à l’immunothérapie. Cette année, plus de 3.000 patients ont eu recours à nos analyses « theranostic » suite à l’avis de leur oncologue.  La technologie d’OncoDNA repose sur une riche base de données propriétaire qui reprend les mutations et autres modifications génétiques, les médicaments  disponibles, les essais cliniques,… et nos algorithmes intègrent progressivement l’intelligence artificielle ».

Mon bulletin est donc tout sauf bon, et montre combien l’exercice est compliqué et délicat. Mais malgré cela, il est bon de faire l’exercice de la transparence et de se confronter à la réalité des faits.