Euphorique

Posté le 13 décembre 2019

Spectaculaire, euphorique, les mots manquent ce matin pour décrire l’état des marchés financiers qui ont vu les bonnes nouvelles s’accumuler en quelques heures. Tout cela un vendredi 13 !

Elections en Grande-Bretagne

Spectaculaire la hausse du sterling, qui est passé sous le niveau de 0.83 par rapport à l’euro, comme le montre le graphique, après l’annonce de la victoire de Boris Johnson.

Ce dernier a réussi son pari et obtenu la majorité absolue au parlement, ce qui signifie que la Grande-Bretagne sortira bien de l’UE le 30 janvier 2020.

Si on observe bien le graphique, le sterling est revenu au niveau qu’il avait atteint juste après le résultat du référendum en 2016.

Accord commercial

Euphoriques sont les bourses ce matin, alors qu’un accord aurait été trouvé avec des annonces qui dépassent même les plus folles espérances. Même si les informations doivent encore être prises avec beaucoup de prudence (voir le graphique du yuan qui s’est renforcé mais de façon encore limitée), l’accord Phase I serait approuvé.

Selon les informations actuellement disponibles, les Chinois se seraient engagés à acheter pour 50 milliards de dollars de produits agricoles américains en 2020, soit le double de leur achat de 2017 (voir le graphique).

De leur côté, les Américains ont suspendu la hausse des tarifs douaniers qui était prévue ce 15 décembre et se seraient engagés de réduire de 50% les hausses de tarifs appliquées depuis le début de la guerre commerciale. Mais attention, il faut encore se montrer très prudent car rien n’a encore été signé et confirmé officiellement.

En attendant, les marchés asiatiques sont à la fête et les taux longs américains sont à la hausse avec un rendement du treasury 10 ans qui a quand même pris 0.10%.

En dehors de la hausse des bourses, ce qui est aussi assez spectaculaire c’est le mouvement sur les devises. En dehors du sterling, pour des raisons qui lui sont propres, pour les autres devises on assiste à des mouvements qui sont exceptionnels. Je ne peux pas reprendre toutes les devises, mais en pointer deux ou trois.

Ainsi le yen, qui sert de valeur refuge, s’est nettement tassé par rapport au dollar comme le montre le graphique. Inversement, des devises comme la couronne suédoise ou la couronne norvégienne se sont renforcées avec l’annonce. Même si dans le cas de la couronne suédoise le mouvement a été amorcé hier dans la perspective d’une hausse des taux, si on observe le graphique de la couronne norvégienne on constate bien cette hausse.

Réunion de la BCE

Avec tout cela on en oublierait presque de parler de la première réunion de la BCE. Pas de surprise dans les annonces, mais un changement complet de style, affirmé et assumé par Christine Lagarde. Voir à ce propos mon petit commentaire publié dans l’Echo après cette conférence via le lien https://www.lecho.be/les-marches/actu/general/mission-accomplie-pour-christine-lagarde/10190518.html

Adieu le visage un peu triste et impassible de Mario Draghi, remplacé par une Christine Lagarde souriante et beaucoup plus ouverte et même pédagogue. Le changement de style ne veut pas dire pour autant que les mesures prises par la BCE vont fondamentalement changer, même si Christine Lagarde veut mener un exercice de réflexion très poussé.

Elle a en effet annoncé qu’elle allait lancer en janvier une revue stratégique, la dernière datant de 2003, qui devrait s’étaler jusque fin 2020. Elle estime qu’il était temps de le faire car il s’est passé beaucoup de choses depuis 2003, que le monde évolue et que les deux défis, climatique et technologique, impliquent des changements.

Cette revue stratégique vise à revoir les objectifs de la BCE et à apporter du contenu à ces derniers. Christine Lagarde veut que cette revue soit exhaustive et compte impliquer pour cela le Parlement européen, le monde académique, et la société civile.

Elle a aussi insisté, comme son prédécesseur, sur la nécessité de voir la politique budgétaire prendre le relais de la politique monétaire et sur l’importance d’avancer dans l’Union bancaire et des capitaux.

Dernier point à souligner de son intervention, la BCE se montre un peu moins optimiste pour la croissance en 2020. Selon les dernières prévisions, la croissance en zone euro est attendue à 1.2% en 2019, 1.1% en 2020 et 1.4% en 2021 et 2022.

Encore une baisse des taux

La banque centrale de Turquie a encore réduit de 200 bp son taux directeur pour le ramener à 12%. Pour rappel en septembre, ce taux était encore à 24%.

Mais après ce cycle de baisses extrêmement agressives, elle devrait laisser ses taux inchangés tout au long de l’année prochaine. La livre turque n’a pratiquement pas bougé après cette annonce et semble se stabiliser.