Ralentissement n’est pas une récession

Posté le 4 octobre 2019

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Il est beaucoup question de récession ces derniers jours, mais il faut entendre le terme dans le sens de ralentissement, et pas dans le sens d’une croissance négative dans les prochains mois, sauf évidemment en cas de hard Brexit qui pourrait faire voler en éclat la croissance en Grande-Bretagne.

Les Anglais se distinguent

Mais ce risque de récession est déjà fortement présent en Grande-Bretagne comme le montre la publication des indices PMI. Comme le montre le graphique, parmi les principaux pays industrialisés, la Grande-Bretagne est le seul à afficher un indice PMI des services en dessous des 50.

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Et si je reprends le graphique publié hier en y rajoutant l’indice des services, c’est tous les secteurs sans exception qui sont passés sous le seuil des 50, et ils sont tous aussi en dessous de leurs niveaux de juillet 2016.

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Après une contraction de -0.2% du PIB au deuxième trimestre, on peut craindre une nouvelle contraction pour le troisième trimestre, ce qui ferait alors rentrer la Grande-Bretagne en récession technique.

Et compte tenu des risques d’un hard Brexit vu les derniers propos de Boris Johnson, la récession pourrait s’entendre à l’année prochaine. Même si comme le dit un proverbe danois « souvent le marcassin expie les méfaits du sanglier », pas certain que les Européens soient prêts à la moindre concession.

Les USA encore très loin d’une récession

Certes, la publication des indices ISM en recul aux Etats-Unis donnent le sentiment que l’économie ralenti, mais pour autant nous n’allons pas tomber en récession cette année, bien au contraire.

Comme le montre le graphique, l’indice ISM des services s’est aussi affiché en recul mais pas dans l’ampleur que celui de l’industrie, ce qui conforte le scénario du ralentissement. Et le marché de l’emploi reste solide et soutient donc la consommation, et c’est pour cela que la publication du chiffre du chômage aux Etats-Unis cet après-midi est si importante.

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On table sur un taux de chômage stable à 3.7% avec 145.000 créations d’emploi contre 130.000 le mois passé, ce qui ne serait en rien le signe d’une récession.

Par contre, la publication de ces indices a fait bondir la probabilité d’une nouvelle baisse des taux de la part de la FED lors de sa réunion de fin octobre. La probabilité est passée à 85%, ce qui explique le recul du rendement du treasury 10 ans comme le montre le graphique.

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Le fait que cette dernière pourrait agir et servir quelque part comme serre-joint pour éviter une dégradation plus nette de l’économie a rassuré la bourse américaines qui a rebondi. Et la perspective d’une nouvelle baisse de taux a entrainé une baisse assez sensible du dollar.

La perspective d’une nouvelle baisse de taux aux Etats-Unis relance aussi les perspectives de baisse de taux dans les autres pays et en particulier dans les pays émergents, ce qui pourrait apporter un soutien important.

Interrogations sur la BCE

Par contre, vu la marge de manœuvre de la BCE, et vu les anticipations d’inflation qui sont tombées à leur plus bas historique (voir graphique), la question de savoir ce que peut encore faire la BCE se pose cruellement.

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D’ailleurs si les taux américains ont reculé, les taux longs en Europe ont certes légèrement reculé mais ils ne sont pas revenus au niveau atteint au mois d’août.

Et conscient des limites de leur politique comme l’a encore rappelé un membre de la BCE ; « nous devons veiller à éviter le genre d’équilibre néfaste qui résulte d’une inflation faible prolongée et de taux d’intérêt nuls, car cela limiterait considérablement la capacité de la politique monétaire à équilibrer le cycle économique « . Cela entraînerait un retard prolongé de la croissance économique par rapport à son potentiel et entraverait les efforts visant à stimuler l’emploi », elle appelle toujours à une relance budgétaire.

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