Les services commencent à souffrir aussi

Posté le 24 septembre 2019

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Je ne croyais pas si bien dire hier en intitulant mon billet « au tour du secteur des services de prendre l’eau ? » au vue de l’évolution des indices PMI dans la zone euro, et en particulier ceux des services.

Effet de contagion

Il faut commencer avec les indices PMI en Allemagne, qui, comme le montre le graphique, ont continué de plonger, avec en plus le passage sous le seuil des 50, pour la première fois depuis 6 ans et demi, pour l’indice composite.

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Donc, non seulement, l’indice PMI manufacturier est tombé à son niveau le plus bas depuis 10 ans, mais le secteur des services, qui avait jusqu’à présent résisté, montre aussi des signes de ralentissement.

Ces chiffres font craindre une croissance nulle en Allemagne pour la dernière partie de l’année et sont le reflet d’une inquiétude persistante sur le modèle allemand.

A côté de cela, la France s’en tire relativement bien même si ses indicateurs sont également en recul, mais comme le montre le graphique, pas d’une amplitude aussi forte qu’en Allemagne.

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Cependant, la conjonction de ces reculs se répercute sur l’indice PMI des services dans la zone euro qui est passé de 53.5 à 52, avec un indice composite, voir le graphique, qui s’approche dangereusement du seuil des 50. A ce niveau, il s’agit du niveau le plus faible depuis la mi-2013 et qui a évidemment directement relancé les perspectives d’une nouvelle baisse de taux de la part de la BCE.

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Et la réaction à ces indices s’est reflétée par une baisse de l’euro, une nouvelle baisse des taux longs, et un recul assez sensible des bourses européennes. Et autre réaction, les anticipations d’inflation dans la zone euro, qui s’étaient redressées après les annonces de la BCE, sont reparties à la baisse comme le montre le graphique.

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Dans le cas de l’Espagne le recul des taux longs a encore été plus marqué, comme le montre le graphique, accentué par la décision de S&P. En effet, l’agence de rating a revu à la hausse le rating de l’Espagne, en dépit de la crise politique, de A- à A, avec des perspectives stables.

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S&P estime que malgré la crise politique l’Espagne continue d’afficher une croissance qui continue de dépasser celle que l’on observe en moyenne dans la zone euro et que son économie montre beaucoup de résilience par rapport au contexte mondial.

Même constat au Japon

La publication des indices PMI au Japon est malheureusement assez comparable à la situation dans la zone euro avec un recul concomitant des indices manufacturiers et des services.

Ainsi, l’indice manufacturier continue de se tasser avec un niveau de 48.9 contre 49.3 , et celui des services est passé de 53.3 à 52.8, relançant les perspectives de nouvelles mesures de la BOJ lors de sa prochaine réunion.

Des anomalies sur les taux courts

J’évoquais hier les tensions anormales sur les taux courts aux Etats-Unis, et il faut constater que dans la zone euro ont assite aussi à des bizarreries sur les taux courts.

Comme le montre le graphique, le taux euribor à 3 mois est remonté alors que la BCE a réduit son taux à -0.50%, avec comme conséquence que pour certaines banques elles empruntent plus cher qu’avant sur le marché interbancaire.

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En mettant en place le système d’exemption sur tout dépôt dépassant six fois les réserves obligatoires d’une banque par le biais d’un taux dit progressif sur les dépôts, la BCE a créé une distorsion qui incitent les banques à augmenter leurs dépôts auprès de la BCE et donc à retirer de la liquidité dans le marché avec comme conséquence d’entrainer une hausse des taux courts. Cela pourrait inciter la BCE à devoir rapidement revoir le taux multiplicateur pour éviter de voir ce phénomène se poursuivre.

Mais cela montre dans un cas comme dans l’autre que malgré l’abondance de liquidité, les marchés connaissent des anomalies qui reflètent des incertitudes et des dysfonctionnements.

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