Pauvre Powell

Posté le 18 septembre 2019
New York City, United States - July 30, 2016: This is an angled view of a new US One Hundred Dollar Bill laying on a bed of cash using soft focus under natural light.

New York City, United States – July 30, 2016: This is an angled view of a new US One Hundred Dollar Bill laying on a bed of cash using soft focus under natural light.

Le prix du baril de pétrole a reperdu la moitié de sa hausse après des propos rassurants du ministre saoudien du pétrole, qui a estimé que la production pourrait reprendre d’ici la fin du mois. Mais mis en perspective avec les prévisions d’une hausse de 7 degrés des températures en 2100 selon les derniers spécialistes tout cela semble bien dérisoire.

Pauvre Powell

Il aurait pu se retrancher derrière la hausse du prix du baril, qui était susceptible de provoquer une hausse de l’inflation, pour reporter sa décision d’une baisse de taux. Mais le recul de 6% du prix du baril lui ôte cet argument.

Pauvre Powell parce qu’en plus les indicateurs économiques ne sont pas mauvais et ne l’aident dès lors pas à justifier une baisse de taux. Même si le secteur manufacturier souffre du ralentissement en Chine et de la guerre commerciale en affichant un recul, la production industrielle a augmenté de 0.6% au mois d’août. Et comme le montre le graphique, les utilisations des capacités industrielles ont progressé en passant de 77.5% à 77.9%.

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Pas de chance pour lui, le secteur immobilier se porte bien avec une hausse de l’indice de confiance des entrepreneurs (voir graphique), qui continue d’augmenter profitant évidemment de la baisse des taux longs depuis un an. Il faut dire que le taux hypothécaire à 30 ans est passé de 4.60% il y a un an à 3.56% actuellement.

graphe20190918a

Pas de chance pour lui non plus car les pourparlers entre les Chinois et les Américains devraient reprendre cette semaine, et même si nous sommes très loin d’un accord le simple fait d’avoir cette reprise est un signal positif.

C’est donc la mort dans l’âme qu’il annoncera une baisse de taux de 0.25% pour faire revenir le taux des Fed Funds dans une fourchette de 1.75% à 2%, avec en plus une opposition d’une partie du Comité à cette baisse.

Mais de toute façon cela ne sera pas suffisant aux yeux de Trump et le marché continuera d’anticiper encore au moins deux baisses de taux alors que rien ne semble justifier une telle décision.

La position de Kuroda n’est pas plus enviable

La BOJ se réunit aussi cette semaine et compte tenu du ralentissement de l’économie japonaise, un pas complémentaire en territoire négatif des taux n’est pas totalement exclu.

Mais pour le gouverneur de la BOJ, sa politique monétaire n’a pas réussi à relancer l’inflation et les perspectives économiques sont loin d’être positives.

Car l’économie nippone est directement impactée par la guerre commerciale et le ralentissement de l’économie chinoise, et la baisse des taux n’a pas permis une relance de la consommation intérieure.

Les derniers chiffres de la balance commerciale japonaise montrent que les exportations ont reculé partout et affichent une baisse de -8.2% en taux annuel. Et que les importations ont chuté de -12% en taux annuel. Vers la Chine, qui demeure le premier partenaire, les exportations ont chuté de -12.1% en taux annuel alors que vers le reste de l’Asie le recul a aussi été très net avec -10.9% en taux annuel.

Comme les importations sont aussi en recul, par rapport aux Etats-Unis le surplus commercial a augmenté. En effet, même si les exportations vers les Etats-Unis ont reculé de -4.4%, les importations affichent une baisse de -9.2%, ce qui a entrainé une hausse du surplus, ce qui ne va évidemment pas dans le sens voulu par Trump.

Toute la question est de savoir si une nouvelle baisse de taux de la part de la BOJ va avoir un impact alors qu’elle n’a aucune prise sur des facteurs exogènes. Mais la baisse des taux de la part de la FED l’obligera peut-être à devoir agir.

Baisse des prévisions

Ce ralentissement du commerce mondial continue de provoquer des révisions à la baisse des prévisions de croissance. Cela a encore été le cas de la part du gouvernement suisse.

Il s’agit de la troisième révision à la baisse de ses prévisions suite bien évidemment aux risques que font peser la guerre commerciale, mais aussi la hausse du franc suisse et le ralentissement dramatique de l’activité en Allemagne. Et le gouvernement pointe en particulier ce dernier facteur ayant constaté une forte baisse de la demande allemande dans le secteur des machines industrielles et la fabrication métallique. Résultat de cette contraction, le gouvernement ne table plus que sur une croissance de 0.8% en 2019 contre 1.2% en juin et 1.7% en début d’année.

Mais il espère un rebond puisqu’il table toujours sur une croissance de 1.7% en 2020, même si les industriels suisses ne constatent pas encore de signes d’amélioration en provenance d’Allemagne.

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