Vives tensions sur le pétrole

Posté le 16 septembre 2019
Conceptual oil chart dropdown.

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Le pétrole s’est littéralement envolé après l’attaque par des drones d’une partie des installations pétrolières de l’Arabie Saoudite, provoquant évidemment des craintes d’un embrassement dans la région.

Risques géopolitiques

Même si les Yéménites ont revendiqué l’attaque, les Etats-Unis se sont empressés de pointer du doigt l’Iran comme étant derrière cette attaque, avec tous les risques d’une guerre en cas d’escalade.

Ce n’est pas moins de 5,7 millions de barils par jour qui sont concernés par l’interruption partielle, soit près de la moitié de la production saoudienne, ou 5% du commerce quotidien mondial du pétrole, a indiqué le ministre de l’Energie, le prince Abdelaziz ben Salman. Avec bien évidemment une hausse du prix du baril car le retour à la normale n’est pas prévu avant des semaines.

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Pour tenter de limiter cette hausse,  Trump a autorisé dimanche l’utilisation des réserves stratégiques américaines de pétrole en déclarant « en raison de l’attaque contre l’Arabie Saoudite, qui pourrait avoir un impact sur les prix du pétrole, j’ai autorisé l’utilisation du pétrole des réserves stratégiques si nécessaire, en quantité suffisante, qui reste à déterminer, pour que les marchés restent bien approvisionnés »

Si l’impact sur les bourses demeure limité, en dehors de la bourse d’Arabie Saoudite, par contre les devises des pays émergents importateurs de pétrole sont légèrement sous pression.

Remontée des taux obligataires

Par contre les rendements obligataires ont sensiblement augmenté depuis la semaine passée alors qu’en principe un regain de tension géopolitique aurait dû provoquer le phénomène inverse. Et ce mouvement est quand même significatif quand on observe l’évolution du rendement du bund 2 ans et 10 ans, illustré sur le graphique.

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La première raison qui explique cette hausse des rendements obligataires est liée aux annonces de la BCE. Après avoir fortement anticipé ces dernières, le marché a intégré les annonces et revu ses anticipations à la baisse. Phénomène assez classique que l’on résume par « buy the rumor, sell the news ».

D’autant plus que même si la FED se réunit cette semaine, la baisse de 0.25% des taux est déjà totalement anticipée, et tout le monde a bien conscience que Powell ne va pas s’engager dans un processus de forte baisse de taux par la suite.

Et cela est d’autant plus vrai depuis la publication du chiffre des ventes de détail qui a montré que la consommation, fer de lance de l’économie américaine, ne faiblissait pas. En effet, ces dernières ont augmenté de 0.4% soit une hausse de 4.1% sur un an (voir graphique). Et pour répondre à cette demande, les stocks dans les commerces ont augmenté de 0.3%, ce qui devrait aussi soutenir la croissance américaine.

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La deuxième raison est liée à la remontée du prix du baril qui pourrait provoquer une hausse de l’inflation, éloignant encore un peu plus les perspectives de baisse de taux aux Etats-Unis. Mais ce deuxième argument est plus spécieux, car il faudrait que la hausse du prix du baril soit plus conséquente et surtout perdure dans le temps.

Mais même si l’on a assisté à une remontée des taux longs en surréaction, ces derniers sont bien partis pour rester bas pendant une très longue période comme je le soulignais dans l’interview publiée ce week-end dans l’Echo que vous pouvez retrouver ici. https://www.lecho.be/economie-politique/europe/economie/aucune-perspective-de-remontee-des-taux-bernard-keppenne-chef-economiste-de-cbc/10162270.html

Pas le même constat en Chine

Si les chiffres aux Etats-Unis montrent une économie qui continue de bien performer, il n’en est pas de même pour la Chine avec une nouvelle déception sur le front économique.

Même si les ventes de détail résistent en affichant une hausse annuelle de 7.5% en août contre 7.6% le mois précédent, il n’en est pas de même pour le chiffre de la production industrielle. Comme le montre le graphique, avec une hausse annuelle de 4.4%, la production industrielle est tombée à son niveau le plus bas depuis 17 ans et demi, tirée vers le bas par une chute de 4.3% en chiffre annuel des exportations.

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Ce ralentissement en Chine explique en partie pourquoi la hausse du prix du baril demeure contenue ce matin, et relance évidemment la perspective de voir la banque centrale chinoise baisser ses taux dans les prochaines semaines.

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