L’alchimie ne prend plus ?

Posté le 13 septembre 2019

Financial data on a monitor,Stock market data on LED display concept

Durant la conférence de presse, Mario Draghi a insisté sur l’alchimie de la réunion, mais on peut s’interroger de savoir si l’alchimie des décisions de la BCE fonctionne encore dans l’économie.

Retour sur les annonces de la BCE

Pourquoi la BCE a décidé de prendre une nouvelle série de mesures et pourquoi va-t-elle garder ses taux bas pendant une très très longue période ?

Mario Draghi a pointé trois éléments qui ont mené la BCE à baisser son taux de facilité de dépôt à -0.50%. Par rapport à la réunion précédente, tous les signes ont confirmé le ralentissement économique dans la zone euro. Et c’est d’ailleurs pour cette raison que la BCE a revu à la baisse ses prévisions de croissance. Pour 2019, elle table sur un taux de 1.1% contre 1.2% en juin, de 1.2% en 2020 contre 1.4%, et inchangé à 1.4% en 2021.

La deuxième raison est que les risques baissiers ont augmenté à cause des tensions commerciales, du ralentissement dans le secteur manufacturier, et du Brexit.

Et troisième raison est la révision à la baisse des prévisions d’inflation, révision assez sensible, pas pour 2019 puisque la BCE table sur un taux de 1.2% contre 1.3%, mais pour 2020 où l’inflation devrait tomber à 1% au lieu de 1.4%, avant de remonter à 1.5% en 2021 (contre 1.6% estimé en juin).

L’ensemble de ces mesures ont-elles encore un impact sur l’inflation et la croissance ?

La BCE estime que l’inflation cette année devrait encore baisser avant de se reprendre car les tensions qui commencent à s’observer sur le marché du travail ont un effet plus lent que prévu sur l’inflation. On peut cependant légitimement se demander si les mesures de la BCE ont encore impact sur l’inflation alors que cette absence d’inflation est liée à d’autres éléments. Il faut bien reconnaitre que l’annonce de l’ensemble de ces mesures a eu un effet sur les anticipations d’inflation comme le montre le graphique, mais qui risque d’être temporaire.

graphe20190913

Quels sont les messages qu’a fait passer Mario Draghi ?

Le premier, pour moi, et qui est sans doute le plus important, c’est qu’il a martelé plusieurs fois que maintenant c’était aux Etats et plus spécifiquement la politique budgétaire qui devait prendre le relais. Ce qui est aussi une façon de dire que la banque centrale avait atteint ses limites et que seule elle ne pouvait pas soutenir la croissance et relancer l’inflation.

Le deuxième message important est qu’il a une volonté de refonte de la stratégie de la BCE pour l’avenir qui pourrait passer par une révision de l’objectif de l’inflation et aussi de ne plus avoir juste comme objectif celui de la stabilité des prix.

A charge donc de Christine Lagarde de mener cette réforme et surtout d’obtenir des Etats (et évidemment en particulier de l’Allemagne) de mener des politiques budgétaires de relance. Mais en même temps, en annonçant que les taux allaient rester bas pour une très longue période, il a lié les mains de Christine Lagarde qui voit son champ d’action être réduit très nettement.

Les impacts de ces mesures

Pour les particuliers, aucune perspective de remontée des taux avant une très longue période et des rendements obligataires qui vont rester désespérément bas et même en deçà de l’inflation alors même que cette dernière est faible.

Pour les banques, la mesure des taux par palier pour les dépôts auprès de la BCE va légèrement alléger l’impact négatif des taux, mais toutes les banques ne bénéficieront pas de cette mesure.

L’impact sur l’inflation est beaucoup moins évident si la BCE est la seule à agir, et sur la croissance les taux bas peuvent avoir un impact si le contexte économique mondiale s’améliore.

Dans l’immédiat, on a assisté à une légère remontée des taux longs surtout sur la partie courte de la courbe comme le montre le graphique du rendement du bund 2 ans. Et à une hausse des bourses, même si c’est surtout les signes de bonnes volontés entre les Chinois et les Américains avant la reprise des discussions qui expliquent la hausse de la bourse américaine et des bourses asiatiques ce matin.

graphe20190913a

Frapper fort

Si quelque part la BCE a sorti le bazouka, que dire alors de la banque centrale de Turquie qui a décidé de réduire de 3.25% son taux pour le ramener à 16.5%.

Cette décision justifiée par un processus de désinflation devrait se poursuivre et n’a pas eu d’effet négatif sur la devise.

Pauvre Powell

Il n’a évidemment pas fallu plus de 10 minutes après l’annonce de la BCE pour que Trump envoie un tweet rageur en direction de la FED, « ils essaient, et réussissent, à déprécier l’euro contre le dollar, ce qui nuit aux exportations américaines……. Et la Fed s’assoit, s’assoit, et s’assoit, et s’assoit. Ils sont payés pour emprunter de l’argent, alors que nous payons des intérêts ! »

Et la position de Powell est encore plus intenable et compliquée alors que l’espoir d’une reprise des discussions est plutôt un élément favorable qui devrait l’inciter à postposer sa décision.

Et pour compliquer encore un peu plus les choses, l’inflation de base a augmenté de 0.3% au mois d’août. Ce qui signifie qu’en taux annuel, elle est passée de 2.2% à 2.4%, soit le taux plus haut depuis juillet 2018.

Malgré cette hausse, il ne pourra pas faire autre chose que baisser les taux la semaine prochaine car l’attente est beaucoup trop forte, la pression de Trump insupportable et malgré tout les signes de ralentissement se sont multipliés ces dernières semaines.

Voilà aussi pourquoi finalement la parité en EUR/USD n’a pas beaucoup évoluée après l’annonce de la BCE, et pourquoi les taux longs aux Etats-Unis sont légèrement remontés car on ne s’attend vraiment pas à une baisse drastique des taux.

tableaux20190913


Vous souhaitez me poser une question ?

  • Jean-François Taminiaux

    Bonjour Monsieur Keppenne,
    L’année passée, à partir de septembre, nous avions assisté à une chute importante des cours pendant plusieurs semaines. Les indices boursiers sont aujourd’hui au niveau de ceux de septembre 2018. Le contexte actuel est-il tellement différent pour ne pas envisager un mouvement comparable dans les prochains jours?
    Jean-François Taminiaux

  • BernardKeppenne

    Bonjour Monsieur Taminiaux,
    Désolé pour cette réponse un peu tardive mais j’étais en déplacement vendredi.
    Le contexte est assez différent car l’année passée la FED avait annoncé des hausses de taux et la BCE nous préparait à la fin de son programme d’assouplissement quantitatif.
    Cette année, la BCE a annoncé la semaine passée toute une série de mesure de soutien monétaire et la FED devrait réduire son taux lors de sa réunion cette semaine.
    Autre élément différent, la guerre commerciale avait commencé l’année passée à la même époque à faire ressentir ses premiers effets alors que cette année il est pour le moment question d’une reprise du dialogue.
    Seul élément comparable le .. Brexit ..
    La tension sur le prix du baril est évidemment aussi un élément différent et qui peut venir jouer les troubles fêtes.
    Malgré ces différences et sans craindre une situation comparable à celle de l’année passée, une petite correction ne serait pas une réelle surprise.
    Bonne journée