Stupeur et tremblements

Posté le 2 août 2019

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Alors que les marchés avaient relativement bien réagi au message de la FED, Trump est venu donner un énorme coup de pied dans la fourmilière.

Nouvelle provocation de Trump

Il a en effet annoncé que les Etats-Unis allaient imposer une taxe de 10% à partir du 1er septembre sur les 300 milliards d’importations chinoises qui avaient jusqu’à présent été épargnées.

Cette annonce a fait l’effet d’une bombe, alors que les Chinois et Américains avaient convenu de se revoir, même si les pourparlers n’avaient pas progressé. Raison pour laquelle d’ailleurs, Trump a décidé de frapper un grand coup, estimant que les Chinois ne marquaient clairement pas une volonté de vouloir aboutir mais plutôt de jouer la montre dans l’espoir de pouvoir négocier avec un autre président en 2020.

Mais, cette annonce de Trump pourrait être encore plus machiavélique que cela et il aurait agi de la sorte, parce qu’insatisfait de l’annonce de la FED, il voudrait forcer cette dernière à baisser ses taux. Et d’ailleurs la réaction a été immédiate avec une hausse des probabilités de baisse de taux en septembre qui se reflète bien évidemment dans les cours obligataires ce matin. Il suffit d’observer le mouvement sur le rendement du treasury 10 ans pour mesurer la stupeur du marché.

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Par contre, et malgré la probabilité d’une baisse de taux qui a grimpé à 100% en septembre après cette annonce, la bourse américaine a été prise de tremblements, mais surtout les bourses asiatiques ce matin. D’où mon titre ; stupeur et tremblements, tremblements qui pourraient encore s’accentuer car on peut craindre que Trump ne s’en prenne à l’Europe et impose aussi des tarifs douaniers.

Contexte défavorable

Il faut dire que cette annonce tombe dans un contexte déjà marqué par le doute, amplement confirmé par la publication des indices de confiance. Les indices PMI en zone euro ont été confirmé avec un indice PMI manufacturier à 46.5 contre 47.6, soit son niveau le plus faible depuis 7 ans. Autant dire que cette annonce risque de faire basculer la zone euro en récession.

En Asie, comme le montre le graphique, les indices PMI manufacturiers ont aussi souffert de la dégradation du commerce mondial à cause de la guerre commerciale.

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Et les Etats-Unis n’échappent pas à ce mouvement baissier, avec un indice ISM manufacturier qui se tasse, comme le montre le graphique, et qui est tombé à son niveau le plus bas depuis août 2016.

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Pas étonnant que dans ce contexte, le prix du baril ait fait le plongeon après l’annonce de Trump, car cela va encore un peu plus affecter la croissance mondiale.

Et pour une fois, vu l’anticipation des baisses de taux aux Etats-Unis, qui je le rappelle s’étaient réduites à peau de chagrin hier après le message de Powell, les chiffres du chômage aux Etats-Unis vont tomber dans l’indifférence générale.

On attend un taux de chômage stable à 3.7%, et une hausse du salaire horaire moyen de 0.2%, soit aucune pression inflationniste. Les créations d’emploi devraient être de 164.000 contre 224.000, marquant un certain tassement par rapport aux 172.000 de moyenne depuis le début de l’année.

Révision de la croissance

La BOE a laissé ses taux inchangés et n’exclut toujours pas une hausse des taux même en cas de hard Brexit. Même si, il suffit d’observer pour cela l’évolution du rendement de l’obligation à 10 ans, le marché continue d’anticiper une baisse de taux à 90% avant la fin de l’année.

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Compte tenu du ralentissement mondial et du risque accru d’un hard Brexit, la BOE a revu ses prévisions de croissance. Elle table désormais sur une croissance de 1.3% en 2019 et 2020, contre des taux respectivement de 1.5% et 1.6%.

Le sterling reste sous pression et c’est pour cela que la BOE n’envisage pas pour le moment des baisses de taux car elle craint une hausse de l’inflation, même si pour le moment cette dernière reste contenue.

Après les réunions des banques centrales on pouvait espérer une fin d’été plus calme, mais manifestement il n’en sera rien. Comme le disait Amélie Nothomb, « l’avantage des nuisances est qu’elles poussent les individus jusque dans leurs derniers retranchements », ce qui risque fort d’être le cas ces prochains mois. Mais en attendant, et pour les affronter, je vais faire une pause et on se retrouve le 26 août.

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