Entre tensions et euphorie

Posté le 21 juin 2019
Open Pit Gold Mine in Kalgorlie, Western Australia

Open Pit Gold Mine in Kalgorlie, Western Australia

Tout pourrait être comme dans le meilleur des mondes, avec des taux d’intérêt en baisse, avec une inflation basse et de la croissance, et avec des discussions entre les Etats-Unis et la Chine qui ont repris, mais nous ne sommes pas dans le meilleur des mondes.

Tensions dans le Golfe

Car les tensions dans le Golfe sont montées d’un cran après l’annonce par l’Iran de la destruction d’un drone américain sur son territoire. Cette annonce a provoqué une nouvelle escalade verbale qui a, une nouvelle fois, enflammé le prix du baril.

Il faut dire aussi que ce dernier a bénéficié du recul du dollar, dans la perspective d’une baisse de taux, suivant le principe qu’en général la faiblesse du dollar entraine une hausse du prix du baril pour compenser le recul de la devise.

Et conséquence aussi, la pression à la baisse sur les taux s’en trouve quelque part un peu renforcée, et surtout l’or poursuit sa forte hausse comme le montre le graphique. A propos de l’or, et des raisons de cette hausse, vous pouvez retrouver mon intervention sur la première lundi matin dans Eco matin via le lien https://www.rtbf.be/auvio/detail_matin-premiere?id=2510293

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Comme les autres

La BOJ a, sans surprise, adopté la même posture que la FED ou la BCE en laissant ses taux inchangés, tout en laissant la porte ouverte à d’autres mesures de soutien si nécessaire et est prête à agir « sans hésitation ».

Il faut dire que comme les deux banques, elle se bat avec un niveau d’inflation bien deçà de son objectif et même, comme la BCE, qui a tendance à refluer. En effet, comme le montre le graphique, l’inflation de base a reculé à 0.5% contre 0.6%.

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Et en plus dans le même temps, l’indice PMI manufacturier demeure en dessous du seuil des 50 à 49.5, avec un sous-indice « new orders » à 47.3, soit son niveau le plus faible depuis juin 2016.

Même la BOE pourrait aussi faire comme les autres en cas de hard Brexit, comme il en est ressorti de sa réunion d’hier. Il faut dire qu’elle a revu ses prévisions à la baisse et s’inquiète des conséquences très négatives qu’aurait une sortie de l’UE sans accord.

Elle a donc laissé ses taux inchangés, et a tenu des propos plus « dovish » qu’attendu en pointant les risques que font peser les tensions commerciales et la perspective d’un no-deal. La BOE table désormais sur une stagnation de l’économie au deuxième trimestre contre une première estimation de 0.2%, tout en prévoyant toujours une croissance pour 2019.

Alors qu’un autre membre de la BCE est venu conforter les propos de Mario Draghi en déclarant que toutes les possibilités restaient ouvertes, nous allons attendre avec une certaine tension la publication des indices PMI dans la zone euro. Ces derniers devraient, en principe, au moins se stabiliser, mais la prudence reste de mise car ces derniers temps ils ont été presque systématiquement en dessous des prévisions.

Pas comme les autres

La banque centrale de Norvège s’est totalement démarquée des autres banques centrales en annonçant une hausse de son taux directeur. Elle a fait passer son taux de 1% à 1.25%, tout en laissant la porte ouverte à une hausse encore cette année et une courant de l’année prochaine.

La probabilité d’une hausse de taux en septembre a grimpé à 80% après la réunion, et la couronne norvégienne s’est sensiblement renforcée par rapport à l’euro comme le montre le graphique.

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Inquiétudes sur l’Afrique du Sud

A côté de la Turquie et de l’Argentine, l’Afrique du Sud fait également partie de ces économies classifiées comme « fragile five », dont la dégradation de la situation inquiète de plus en plus.

En plus de la chute de la croissance au premier trimestre de -3.2%, le chômage s’est envolé à son niveau le plus élevé depuis 15 ans à 27%, et le ralentissement en Chine a un impact direct sur l’économie vu le poids de cette dernière.

L’Afrique du Sud risque de voir son rating abaisser dans les prochains mois et basculer alors dans la catégorie des obligations « spéculatives », ce qui ferait sortir le pays des principaux indices de référence pour les gestionnaires. Avec évidemment comme conséquence une hausse du coût pour se financer.

L’élément positif est la perspective de baisse de taux de la part de la FED qui, de facto, donne un peu de latitude à la banque centrale mais également aux autres banques centrales des autres pays émergents. Et le recul du dollar inhérent à cette perspective de baisse de taux met aussi moins de pression sur les devises de ces pays.

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