Vers un monde à taux zéro ?

Posté le 13 juin 2019
Conceptual oil chart dropdown.

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Le recul du prix du baril vient accentuer les pressions à la baisse sur l’inflation, et donc les perspectives de réduction des taux de la part des banques centrales.

Baisse du prix du baril

La conjonction de la hausse des stocks et d’une demande en recul a mis la pression à la baisse sur le prix du baril comme le montre le graphique de l’évolution du prix du Brent.

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Le recul de la demande est très clairement le facteur qui explique ce retournement sur le marché ces dernières semaines. Et même si ce recul devrait se stabiliser comme l’illustre la ligne orange sur le graphique, l’excédent de production va continuer de peser sur les prix.

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La plupart des analystes ont revu les prévisions de consommation autour de 1 million de barils par jour contre des estimations à 1.7 au début de l’année.

Quand on sait que trois quarts de la demande provient des Etats-Unis, de la Chine, de l’Inde et du Brésil, il n’est pas étonnant que cette dernière soit en recul ces derniers mois.

Si on prend simplement la Chine, le recul de -16.4% sur un an au mois de mai des ventes de voitures n’est pas sans effet sur les importations de produits pétroliers. Ces dernières ont reculé de -8% au mois d’avril et tout en étant aussi, bien évidemment, impactées par la guerre commerciale.

Cette baisse du prix du baril se répercute sur l’évolution de l’inflation, comme l’ont confirmé les chiffres d’inflation aux Etats-Unis. Le Core CPI a progressé de 0.1% d’un mois à l’autre, soit un taux annuel qui est passé de 2.1% à 2%.

Cette baisse de l’inflation combinée aux effets négatifs de la guerre commerciale a renforcé le scénario de deux baisses de taux de la part de la FED cette année. On devrait avoir la confirmation de ce scénario la semaine prochaine lors de la réunion de la FED, et la première baisse pourrait déjà intervenir lors de sa réunion du 30 et 31 juillet.

Et pas étonnant que les anticipations d’inflation dans la zone euro aient atteint un nouveau point bas comme le montre le graphique, et que se pose inéluctablement la question de savoir ce que va bien pouvoir faire la BCE.

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Pas étonnant dans ces conditions que le Portugal ait pu se financer à 10 ans à 0.639% contre un taux de 1.059% lors de la précédente adjudication au mois de mai. Et comme le montre le graphique, le rendement de l’obligation portugaise à 10 ans a atteint un nouveau plus bas historique.

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La perspective de baisses de taux de la part de la FED ouvre en grand la porte à un mouvement généralisé des taux à travers le monde, surtout si la guerre commerciale s’enlise. Un exemple parmi d’autres, l’Australie où le taux à 10 ans a touché un plus bas historique, comme le montre, le graphique, et où les anticipations de baisse de taux en juillet sont passées de 52% à 70%.

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Mais j’aurais pu tout aussi bien prendre le cas de l’Inde, gros importateur de pétrole, et où le Core CPI a été estimé à 4.1% contre 4.5% en mai, ce qui permet d’anticiper une baisse des taux au mois d’août.

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Pour contrer les effets négatifs de la guerre commerciale, les autorités chinoises, profitant aussi de ce contexte généralisé de baisse des taux, semblent bien décidées à agir elles aussi sur les taux.

Elles devraient d’abord agir sur les taux des réserves des banques, et en dernier ressort baisser le taux directeur. La poursuite de la guerre commerciale et une baisse de taux de la part de la FED ouvrirait alors la voie à un ajustement monétaire à la baisse.

Et comme nous sommes dans un contexte global de baisse des taux, il y a moins de risque de voir le yuan se déprécier et franchir le seuil des 7 par rapport au dollar en cas de baisse des taux.

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