Les doutes sur la croissance s’amplifient

Posté le 4 juin 2019

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Que cela soit en Asie (voir le graphique publié hier), aux Etats-Unis ou en Europe, sans exception, tous les indices de confiance dans l’industrie marquent le pas et reflètent les inquiétudes liées aux conflits commerciaux.

Recul généralisé

La publication des indices PMI manufacturiers en zone euro hier matin n’a fait que confirmer la première estimation, avec en particulier un indice extrêmement bas pour l’Allemagne.

Mais comme le montre le graphique, c’est l’ensemble des indices manufacturiers qui sont orientés à la baisse, même aux Etats-Unis. L’indice ISM manufacturier est ainsi tombé à son niveau le plus faible depuis octobre 2016, preuve s’il le fallait encore, que la guerre commerciale a un impact négatif sur l’économie américaine.

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En zone euro, cet indice est quasiment à son niveau le plus bas depuis 6 ans, et l’on n’observe pas le moindre rebond, ce qui évidemment renforce le scénario d’une BCE qui restera plus accommodante encore plus longtemps que prévu jusqu’à présent.

Ce mouvement est généralisé et touche aussi la Grande-Bretagne qui a vu son indice passer également sous le seuil des 50 comme le montre la courbe grise sur le graphique.

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L’économie britannique avait connu un sursaut dans la perspective de la date butoir du 29 mars, avec une constitution importante des stocks, mais le report de la date du Brexit a fait retomber l’activité et surtout stopper les investissements. L’industrie fait donc face maintenant à un double arrêt des commandes aussi bien en provenance de l’étranger que du marché intérieur.

Avec comme conséquence aussi, ce report du Brexit et la démission de Theresa May, et pas la visite de Trump, encore que, un recul du sterling, comme le montre le graphique de la parité en EUR/GBP.

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Baisse de taux en vue

Evidemment, ces indices relancent les anticipations de baisse de taux, ou comme dans le cas de la banque centrale d’Australie, elles se concrétisent. En effet, elle a décidé ce matin de réduire de 0.25% son taux pour le porter à 1.25%. Cette baisse était attendue, mais clairement le recul des indices de confiance a précipité le mouvement.

Si dans son cas ce mouvement était prévisible, le changement de ton que l’on constate au sein de la FED est plus spectaculaire. Quand on pense qu’il y a moins d’un an, le message de la FED était d’envisager trois hausses de taux en 2019 et peut-être encore une, début 2020, on ne peut qu’être sidéré d’entendre à présent parler de baisse de taux.

Et pourtant, pour la première fois, un membre de la FED a évoqué la baisse des taux, en expliquant « qu’un ajustement à la baisse du taux directeur pourrait aider à ramener l’inflation et les anticipations d’inflation à l’objectif de 2%”, tout en jouant un rôle d’assurance contre un ralentissement plus marqué qu’attendu de l’économie », selon James Bullard, le président de la Réserve fédérale de St. Louis.

Et il a estimé que « les cours des obligations semblaient suggérer que les taux sont improprement élevés et que les conflits commerciaux pourraient être plus difficiles à résoudre qu’envisagé auparavant ». Il faisait bien évidemment référence à l’évolution des taux ces dernières semaines comme le montre l’évolution du rendement du treasury 2 ans. Il faut quand même souligner que la chute de ce taux sur les deux derniers jours est la plus forte correction observée depuis octobre 2008.

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La banque centrale indienne pourrait elle aussi réduire son taux directeur de 0.25% demain et porter ce dernier à 5.75%.

Si la FED s’inquiète de la faiblesse de l’inflation, que dire alors de la position de la BCE qui se réunit ce jeudi. Elle disposera du chiffre d’inflation qui, après un petit rebond, devrait retomber à 0.9% contre 1.3% pour le Core CPI. Pas étonnant que dans ce contexte, certains tablent sur une baisse des taux de la part de la BCE. Faire passer le taux directeur à -0.10% comme la BOJ ? Ou encore réduire le taux des dépôts qui se situe à -0.40% ? Rien que d’évoquer cela montre à quel point l’inquiétude est bien présente.

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