Le jeu trouble des Américains

Posté le 10 mai 2019
Industrial Container Cargo freight ship with working crane bridge in shipyard at port

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Paradoxalement, la Chine est peut-être mieux préparée que les États-Unis face à une guerre commerciale, et l’amélioration du déficit américain par rapport à la Chine demeure très fragile.

Le déficit commercial américain

Si le déficit commercial a sensiblement augmenté en passant de 49.3 milliards de dollars à 50 milliards de dollars, par contre, par rapport à la Chine, il s’est fortement réduit.

Ce dernier a, en effet, reculé de -16.2% d’un mois à l’autre pour tomber à 20.7 milliards de dollars, soit le niveau le plus faible depuis mars 2014. Ce recul est la conséquence d’une baisse de -6.1 % des importations chinoises alors qu’en revanche les exportations vers la Chine ont augmenté de 23.6 %.

Mais ce chiffre ne doit pas faire illusion, car si les importations chinoises ont reculé c’est évidemment suite à l’application des tarifs douaniers. Alors que la hausse des exportations vers la Chine est le reflet de la bonne volonté des Chinois, en particulier, en important de façon massive du soja durant les négociations.

Mais en cas d’échec, et après la mise en place des nouveaux tarifs, la Chine pourrait, d’une part à son tour mettre en place des tarifs douaniers, et d’autre part, stopper ses importations de produits américains, dont le soja. Alors que dans le même temps, la hausse des tarifs se répercutera inéluctablement dans les prix au consommateur américain.

Comme les discussions se poursuivent, malgré le passage des tarifs de 10 % à 25 % sur 200 milliards d’importations chinoises, les réactions sont modérées, même si les bourses européennes ont terminé sur une sérieuse correction hier, mais plutôt liée aux résultats des sociétés.

Ce qui n’empêche cependant pas le yuan de continuer de s’affaiblir, ce qui est aussi une façon de contrecarrer la hausse des tarifs douaniers (voir le graphique de la parité USD/CNH).

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Tension sur les devises scandinaves

Cette guerre commerciale et la faiblesse du yuan se répercutent sur les devises des pays émergents. Mais dans le cas des devises scandinaves, la baisse observée tient plus à l’indécision des banques centrales des pays concernés.

Si l’on prend le cas de la couronne norvégienne, la banque centrale a annoncé hier qu’elle laissait son taux inchangé, ce qui n’était en rien une surprise. Et elle a annoncé qu’elle procèderait très probablement à une hausse de taux en juin.

Et pourtant, quand on observe la parité en EUR/NOK (voir graphique), la couronne norvégienne s’est affaiblie après cette annonce, accentuant même son recul.

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C’est un peu, comme la couronne suédoise, toute proportion gardée, car, comme le montre le graphique, elle est quand même à son niveau le plus bas depuis 10 ans. Mais dans les deux cas, les investisseurs ont de sérieux doutes sur la hausse des taux alors que la tendance mondiale est à un ralentissement de la croissance dans un contexte d’inflation faible, et qu’une grande majorité des banques centrales envisagent des baisses de taux.

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Baisse de taux

D’ailleurs, après la banque centrale de Nouvelle-Zélande et de Malaisie, la banque centrale des Philippines a bien réduit son taux comme attendu. Elle a réduit ce dernier de -0.25 % pour le porter à 4.50 % tout en révisant à la baisse ses prévisions d’inflation à 2.9 % contre 3 %.

Elle devrait également réduire les taux des réserves obligatoires des banques la semaine prochaine après la publication du chiffre du PIB qui s’est révélé décevant.

La banque centrale d’Australie a fait un pas de plus vers la baisse des taux en révisant ses prévisions de croissance et d’inflation à la baisse. Elle ne table plus que sur une croissance de 1.75 % en taux annuel en juin, et 2.75 % en décembre alors qu’elle escomptait une croissance de 3.3 % pour cette année.

Par contre, le nouvel accès de faiblesse de la livre turque contrecarre les plans de la banque centrale, qui aurait bien voulu pouvoir baisser ses taux pour profiter du repli de l’inflation.

Mais il pourrait maintenant plutôt être question de hausse de taux si la livre turque repart de plus belle à la baisse et la banque centrale a suspendu ses opérations d’adjudication pour tenter de resserrer les conditions du crédit pour éviter de devoir agir sur les taux. Mais l’effet escompté sur la devise est resté très faible.

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