La courbe des taux pose question

Posté le 26 mars 2019
A person checking stock market data on a mobile device.

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L’indice IFO en Allemagne a quelque peu rassuré mais n’en marque pas moins la fragilité de l’industrie alors que le reste de l’économie affiche une certaine résilience.

Indice IFO

Comme l’illustre le graphique, l’indice IFO a légèrement rebondi et a un peu rassuré après les inquiétudes provoquées par la publication des indices PMI. Mais il est encore trop tôt pour crier victoire et ce n’est pas parce que le ciel se pare d’un chatoiement de couleurs au lever du soleil que la journée sera belle pour autant.

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Car l’industrie manufacturière demeure extrêmement fragile et surtout directement dépendante du résultat du Brexit et de la guerre commerciale.

Brexit, nouveaux rebondissements

Preuve que Theresa May a totalement perdu la main, le parlement a voté un amendement qui lui donne le contrôle de l’agenda parlementaire pendant une journée dans une tentative tout à fait inhabituelle de trouver un moyen de sortir de l’impasse de Brexit.

Mercredi, le parlement va donc voter une série d’options, et essayer ensuite de pousser le gouvernement dans cette direction. Essayer, car le risque est qu’une option prise par le parlement soit une élection surprise, et deux, il faut encore que l’option choisie convienne au gouvernement.

L’imbroglio devient total, et les 27 se préparent de nouveau à un hard Brexit à trois jours de l’échéance initialement fixée mais qui demeure encore la seule échéance valable pour le moment.

Mise en garde du FMI

On n’a évidemment pas attendu le FMI pour s’en rendre compte, mais ce dernier a insisté sur les risques que représentent la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine pour l’Europe mais aussi pour les Etats-Unis.

La mise en garde est venue du premier directeur général adjoint du FMI, David Lipton, « une grave récession pourrait être très dommageable pour ces pays (en Europe), car ils seront mal préparés. Leurs faiblesses pourraient constituer un sérieux revers pour l’objectif européen de convergence des niveaux de vie, de productivité, de bien-être national. »

Et ces propos ont une connotation particulière depuis que la courbe des taux us s’est inversée, ce qui est interprété comme un signal de récession. Les membres de la FED se sont efforcés de rassurer sur l’état de l’économie et ont essayé de relativiser la symbolique de cette inversion.

Pour Janet Yellen, ancienne présidente de la FED, cette inversion de la courbe pourrait signaler la nécessité de baisser les taux, mais n’est pas un signal de récession. Et elle pense que la tendance devrait être à avoir une courbe beaucoup plus plate que dans le passé.

Mais cette courbe plate ne concerne pas uniquement les Etats-Unis et se pose aussi en Europe. Et elle pose surtout la question de savoir si on ne risque pas une certaine « japonisation » de la politique monétaire de la BCE, qui a maintenu les taux directeurs à un niveau ultra-bas pendant deux décennies et adopté des mesures toujours plus radicales. Vu les anticipations d’inflation en zone euro (voir graphique), le fait d’acheter des obligations et de maintenir les taux bas pourraient ne pas résoudre le problème, comme le montre l’expérience de la BOJ. Et donc certains responsables de la BCE se demandent s’ils devront copier la politique de la BOJ en matière de contrôle de la courbe des taux, ou même acheter des actions.

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Cependant, ce débat est préoccupant car la BOJ est également en plein doute et certains de ses membres n’ont pas exclu la possibilité d’encore accélérer la détente monétaire face au risque de ralentissement. Surtout que l’inflation a eu tendance à baisser, faiblement, mais à baisser quand même, ce qui fait craindre de voir le Japon retomber en déflation.

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