Une certaine perplexité

Posté le 11 mars 2019

flou

Il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives, mais le recul important des créations d’emploi aux Etats-Unis pose beaucoup de questions.

Recul temporaire ?

Quand on connait le poids de la consommation dans la croissance de l’économie américaine, l’évolution du marché de l’emploi est primordiale. Les créations d’emploi sont donc un indicateur phare de la santé de l’économie.

Alors que l’on attendait 180.000 créations d’emploi en février, ce n’est finalement que 20.000 emplois qui ont été créés, soit le taux le plus bas septembre 2017. Comme en même temps, le taux de chômage est passé de 4% à 3.8%, cela pose beaucoup de questions.

Cette baisse du taux de chômage, qui semble en opposition avec ce faible taux de création d’emploi, est simplement la conséquence de la fin du shutdown qui a vu des fonctionnaires revenir au travail et donc qui sont sortis des chiffres du chômage.

Par contre, plus étonnant, le salaire horaire moyen a augmenté de 0.4%, soit un taux annuel de 3.4% contre 3.1% en janvier, soit le taux le plus élevé depuis avril 2009. Cette hausse reflète une certaine tension sur le marché de l’emploi et vient donc un peu contredire cette faible création d’emploi.

Comme le montre le graphique, ce ne serait pas la première fois que ces créations d’emploi connaissent un creux suivi d’une forte hausse des créations le mois suivant. Et aussi il n’est pas impossible que le shutdown ait eu un impact négatif sur ce chiffre des créations d’emploi et qu’on aura alors un effet de rattrapage par la suite.

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Mais il n’en demeure pas moins que ce faible taux peut aussi être un signal d’un ralentissement de l’économie car le secteur manufacturier n’a créé que 4.000 emplois contre 21.000 le mois passé. Et surtout, le secteur de la construction a détruit 31.000 emplois contre 53.000 le mois passé.

Il est évident que ce chiffre des créations d’emploi a eu plus d’impact parce qu’il a été publié après les révisions de croissance par l’OCDE et par la BCE et après les annonces de cette dernière que dans un contexte autre. Mais il s’agit peut-être d’un signal de plus du ralentissement.

Autre signal du ralentissement ?

Même si dans ce cas le point d’interrogation n’est pas de mise, car il s’agit bien d’un signal du ralentissement, à savoir le recul des prix à la production en Chine.

Même si ce dernier s’est stabilisé, comme le montre le graphique, il n’est plus que de 0.1%, ce qui a comme conséquence d’exercer une pression sur les marges des entreprises.

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Et, mais de façon plus modeste, le CPI est aussi en recul en passant de 1.7% à 1.5% en taux annuel en février. Il s’agit clairement du reflet d’un recul de la demande et qui risque de peser sur les investissements futurs.

Hausse des taux reportée ou exclue

Le contexte actuel rebat les cartes à propos des décisions futures des banques centrales et remet en cause toutes les anticipations.

Aux Etats-Unis, même si le niveau des taux est approprié selon Powell, la réduction de la taille du bilan de la FED va très certainement être stoppée beaucoup plus tôt que prévu.

Signal ou pas, le différentiel entre le rendement du treasury 5 ans et celui du 2 ans est tombé en territoire négatif et il faut revenir à juin 2007 pour retrouver une situation similaire (voir graphique). Le recul des taux aux Etats-Unis est donc plus marqué sur la partie longue de la courbe.

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Pour la zone euro, la réunion de la BCE a rebattu les cartes, et les anticipations de hausse de taux ont été reportées à fin 2020 comme le montre le graphique (ligne orange). Et les taux longs se sont tassés avec un rendement du bund 10 ans proche de zéro.

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Le Brexit

Le risque d’un hard Brexit semble s’éloigner mais nous n’en demeurerons pas moins suspendus aux votes qui auront lieu cette semaine avec le premier demain.

Comme je le soulignais dans l’Echo de ce week-end, « le report de la date du Brexit est déjà une avancée » (voir l’article https://www.lecho.be/les-marches/actu-general/Le-risque-du-Brexit-s-eloigne/10105626?utm_campaign=WEEKEND&utm_medium=email&utm_source=SIM ).

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