Sérieuse mise en garde de l’OCDE

Posté le 7 mars 2019

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Situation totalement ironique et une véritable gifle pour Trump, le déficit de la balance commerciale des biens a atteint en 2018 un record.

Déficit record

Comme le montre le graphique, le déficit de la balance commerciale a augmenté de 1.9% en décembre pour s’établir à 59.8 milliards de dollars.

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Et le déficit des biens a lui augmenté de 12.4% en décembre et s’établit au chiffre record pour l’année 2018 à 891.3 milliards de dollars. Le déficit global a lui augmenté de 12.5% pour se situer à 621 milliards de dollars, soit le taux le plus élevé depuis 2008. Sur le mois de décembre, les exportations de biens ont reculé de -1.9% et les importations ont augmenté de 2.1%.

Les trois derniers mois de l’année ont vu un recul des exportations sous l’effet conjugué de la hausse du dollar, de l’impact de la guerre commerciale et du ralentissement généralisé de la croissance.

Et il y a donc quand même quelque chose d’ironique de voir le déficit des biens véritablement exploser alors que Trump martèle son slogan « America great again ».

Le déficit des biens avec la Chine a augmenté de 11.6% à 419.2 milliards de dollars.

Dans les causes évoquées pour expliquer ce recul des exportations il y a l’impact de la guerre commerciale, or, le Livre Beige de la FED pointe aussi cette guerre commerciale comme une des raisons du ralentissement de la croissance en ce début d’année. La deuxième raison qui explique cette croissance modérée constatée par la FED est à imputer au shutdown.

Sacrée révision à la baisse

L’OCDE a revu nettement à la baisse ses prévisions de croissance avec des révisions particulièrement importantes pour l’année 2019. Le tableau reprend les principaux chiffres par pays, mais ne donne pas pour autant l’ampleur de la révision.

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La croissance est particulièrement revue à la baisse pour la zone euro, notamment l’Allemagne et l’Italie, mais également pour le Royaume-Uni, le Canada et la Turquie. Pour la zone euro, le taux a été réduit de -0.8%, en grande partie suite à une révision de -0.9% pour l’Allemagne et de -1.1% pour l’Italie. Qui serait en récession pour 2019 selon les prévisions de l’OCDE.

Pour le Royaume-Uni, même si toute prévision est plus un exercice de fléchette tellement l’incertitude est totale, la révision est de -0.6%. Pour le Canada, la croissance est amputée de -0.7% et de -1.4% pour la Turquie, qui devrait encore plus s’enfoncer dans la récession.

La Chef économiste de l’OCDE, Laurence Boone, a d’ailleurs été assez claire dans ses propos en déclarant « l’économie mondiale doit faire face à des vents contraires qui s’intensifient. Si l’une des grandes régions économiques, quelle qu’elle soit, connaissait un ralentissement plus marqué que prévu, la croissance mondiale pourrait dérailler, en particulier en cas d’effets de débordement sur les marchés financiers. »

Même si à elles seules leurs politiques monétaires ne peuvent pas être suffisantes, l’OCDE invite cependant les banques centrales à maintenir une orientation accommodante.

Justement à ce propos

La BOC a décidé de laisser son taux directeur inchangé et se montre beaucoup plus incertaine sur le timing des prochaines hausses de taux vu le ralentissement de la croissance. Après 5 hausses de taux depuis juillet 2017, elle pourrait donc adopter sur l’ensemble de l’année 2018, une politique monétaire plus accommodante.

Conséquence assez logique, le dollar canadien a accentué son recul par rapport au dollar US, comme l’illustre le graphique.

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Autre banque centrale qui devrait aussi se montrer accommodante, c’est la BCE qui se réunit ce jeudi et qui va aussi revoir à la baisse ses prévisions de croissance (voir ma vidéo de ce mardi sur l’importance de cette réunion). Et cette réunion aura une résonnance particulière après le rapport de l’OCDE.

Pas étonnant aussi que la FED ait adopté une attitude « patiente » et le Livre Beige conforte cette position. Et cette patience pourrait perdurer comme l’a laissé entendre Williams, le président de la FED de New York en estimant que les taux d’intérêts étaient « neutres » maintenant.

Neutre voulant dire qu’ils ne découragent pas ou n’encouragent pas l’activité économique. C’est à la frontière avec une politique accommodante, mais clairement le changement de ton de la FED a participé à apaiser les tensions, et explique le recul du rendement du treasury 2 ans et sa stabilité depuis lors comme le montre le graphique.

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