La patience la plus belle des vertus

Posté le 6 mars 2019

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Même si c’est le passé, il n’empêche que les chiffres de croissance pour le quatrième trimestre démontrent un peu partout le ralentissement brutal de l’activité à partir du milieu de l’année 2018.

Ralentissement en 2018

Et l’Australie n’a pas échappé à cette tendance avec une croissance de 0.2 % au quatrième trimestre et de 0.3 % au troisième trimestre, soit un taux annuel de 2.3 %.

Ce chiffre n’en demeure pas moins un très bon taux de croissance et voit surtout l’Australie continuer d’afficher une croissance sans récession depuis 27 ans.

Mais pour autant, ce chiffre ouvre la porte à une possible baisse de taux dans le courant de l’année, ce qui explique que le dollar australien soit sous pression par rapport au dollar US comme le montre le graphique.

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Comment se présente 2019 ?

En tout cas, en Europe, c’est un démarrage en douceur avec quand même un indice PMI composite dans la zone euro (voir graphique) qui se reprend sensiblement, ce qui n’empêche nullement de constater de grandes divergences.

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Si en effet, on va dans le détail, on doit constater la poursuite du déclin de l’indice PMI manufacturier (voir graphique), avec en particulier un recul important de cet indice en Allemagne. Il montre bien l’extrême dépendance de l’Allemagne à ses exportations et l’absence d’une reprise pour le moment.

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Par contre, les indices PMI des services ont connu une reprise encourageante et globale qui explique la hausse de l’indice composite. Comme le montre le graphique, même en France, l’effet négatif des gilets jaunes s’estompe.

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Pour autant, vu le niveau de ces indices, il ne faut pas tabler sur une croissance qui dépasserait les 0.2 % au premier trimestre pour la zone euro.

Patience de la FED renforcée

Cette dernière devrait laisser sa politique inchangée au cours de ses deux prochaines réunions compte tenu du contexte économique global et de facteurs particuliers.

C’est d’ailleurs pour cette raison que les rendements obligataires n’évoluent plus tellement aux États-Unis depuis le changement de ton de Powell.

Plusieurs raisons incitent la FED à la patience. La première est que le shutdown continue d’avoir un effet sur le retard dans la publication des indicateurs économiques ce qui fausse la perception.

La deuxième raison est que le ralentissement observé en Europe et en Chine pèse sur l’économie américaine et que son impact demeure incertain.

La troisième raison est qu’il n’y a pas de pressions inflationnistes malgré un marché de plein emploi.

La quatrième est que l’économie américaine montre des signes de ralentissement, en particulier du secteur manufacturier, un peu comme en Europe (ce qui montre le graphique des indices ISM). Mais aussi dans le secteur immobilier. Même si les ventes de maisons neuves ont connu une hausse de 3.7 % en décembre, elles ont reculé de -2.4 % sur un an.

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Et dernier élément, qui a été mis en avant par l’OCDE et dont j’ai parlé la semaine dernière, le niveau très élevé des dettes des entreprises. Hier, Robert Kaplan, le président de la FED de Dallas, a clairement indiqué que cette hausse importante des dettes des entreprises pourrait rendre le ralentissement de l’économie encore plus douloureux et que c’était une des raisons pour laquelle la FED avait eu raison de suspendre ses hausses de taux.

Le risque est que les entreprises endettées sont plus susceptibles de réduire leurs dépenses et leurs embauches en période de ralentissement économique et qu’elles pourraient donc amplifier ce ralentissement.

A propos de taux encore deux constats qui n’ont rien avoir avec la FED mais qui sont quand même liés au niveau des taux d’intérêt qui restent bas partout.

La Grèce a réussi avec brio le lancement de son emprunt à 10 ans. Elle a emprunté 2.5 milliards d’euros à 3.90 % et cette émission a fait l’objet d’une demande pour 11.8 milliards d’euros. Les investisseurs se sont donc précipités sur ce nouvel emprunt.

Deuxième réflexion, comme le montre le graphique, le différentiel de taux entre le bund 10 ans et l’obligation anglaise à 10 ans a tendance à s’élargir de nouveau. Sous l’effet essentiellement d’une hausse des taux longs en Grande-Bretagne qui reflète un sentiment un rien plus positif et donc une désaffection pour les emprunts d’Etat.

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