Révision sans complaisance

Posté le 8 février 2019

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Hier, c’était un peu comme quand la réalité rattrape la fiction, avec le télescopage des prévisions de la Commission européenne avec les indicateurs du jour.

Révisions de la Commission

La Commission a bien dû se résoudre à revoir ses prévisions de croissance nettement à la baisse compte tenu du contexte actuel. Au lieu d’une croissance de 1.9% en 2019, elle ne table plus que sur un taux de 1.3% et de 1.6% pour 2020 contre 1.7% pour la zone euro. Pour l’UE, c’est aussi l’année 2019 qui fait l’objet de la plus forte des révisions avec un taux de 1.5% contre 1.9% précédemment.

Le tableau reprend les prévisions pour tous les pays de l’UE et c’est en particulier pour l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas que les révisions sont les plus déchirantes.

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Pour l’Allemagne, la Commission ne table plus que sur un taux de 1.1% en 2019 contre 1.8%, tendance hélas assez bien confirmée par les indicateurs en ce début d’année. Le recul de -0.4% de la production industrielle malgré un rebond de la production automobile est venu renforcer ces prévisions.

Et encore, la Commission est plus optimiste que l’institut allemand DIHK (Chambre de l’industrie et du Commerce) qui ne table plus que sur un taux de 0.9% en 2019.

Pour les Pays-Bas, certes la Commission a revu le chiffre à la baisse à 1.7% contre 2.4% pour 2019, mais ce chiffre est bien supérieur à la croissance attendue de la zone euro.

Pour l’Italie, la Commission n’a pas été dans la demi-mesure et table sur une croissance de 0.2% en 2019 contre 1.2% précédemment. La dégradation de la situation en Italie n’est pas une réelle surprise mais l’ampleur de la révision laisse quand même pantois. Il faut dire que les chiffres et les attitudes politiques ne font que renforcer le sentiment négatif qui pèse sur l’économie.

Ainsi, les ventes de détail ont reculé de -0.7% au mois de décembre, soit un taux pour l’ensemble de l’année de 0.2% contre 0.9% en 2017.

Et le clash entre la France et l’Italie, la France ayant rappelé son ambassadeur, n’est pas fait pour apaiser les choses et reflète surtout que le monde politique italien se préoccupe plus de démagogie que de gérer le pays. Ce qui explique le nouvel élargissement du spread de l’Italie comme le montre le graphique.

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Même si le constat est un peu dur, il ne surprend pas mais comme le souligne la Commission « la dynamique économique est restée atone en ce début d’année, mais les fondamentaux restent solides. La croissance économique va se poursuivre, mais de manière moins soutenue. L’économie européenne devrait continuer de bénéficier d’une amélioration de la situation du marché du travail, de conditions de financement favorables et d’une orientation légèrement expansionniste des politiques budgétaires ».

Le cas de la Grande-Bretagne

Pour la Grande-Bretagne, la Commission table sur une croissance de 1.3% pour 2019 contre 1.2%, mais basée sur une hypothèse purement technique d’un maintien du statu quo des relations commerciales avec l’UE.

La BOE, après sa réunion qui a confirmé le statu quo monétaire, s’est montrée plus négative que précédemment puisqu’elle a revu ses prévisions à 1.2% en 2019 contre 1.7%. Il s’agirait du taux de croissance le plus faible depuis 10 ans si ces prévisions sont confirmées.

Comme dans le même temps, elle maintient la possibilité d’augmenter les taux en cas de hard Brexit, le sterling s’est un peu renforcé. Même si la visite de Theresa May à Bruxelles n’a pas vraiment fait bouger les lignes.

Concordance pour la Belgique

La Commission comme le Bureau du Plan ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance pour 2019 à 1.3% contre 1.5%. Le Bureau du Plan se montre cependant encore optimiste sur les créations d’emploi qui devraient être de 44.000 mais surtout grâce au secteur marchand.

Selon le Bureau du Plan, le ralentissement de la croissance mondiale et en particulier dans l’UE affectera nos exportations, ce qui va peser négativement sur notre croissance. En revanche, la demande intérieure devrait soutenir la croissance surtout dans un contexte de poursuite de l’amélioration du marché de l’emploi.

Réactions à cette avalanche de révision

Sans grande surprise, les bourses ont moyennement apprécié ces révisions de croissance et en particulier le DAX.

La deuxième réaction a été un fléchissement significatif des taux longs comme le montre le graphique du rendement du bund 10 ans, qui se situe à son niveau le plus bas depuis 2 ans.

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Et comme le montre le graphique, même le libor dollar à 3 mois a connu un mouvement assez marqué de repli. Il faut dire qu’en plus de ces révisions, il faut rajouter que Trump a déclaré qu’il n’y avait pas de rencontre prévue entre lui et Xi d’ici le 1 mars. Et que la date du 15 février approche à grand pas et que risque d’une nouvelle phase de shutdown n’est toujours pas écarté.

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