La confusion règne

Posté le 7 décembre 2018

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Il est très compliqué de démêler les éléments contradictoires qui se heurtent et qui obstruent notre vision.

Entremêlement

Pour reprendre une citation de Cioran, et d’habitude quand je le cite c’est que cela va mal, « toute pensée dérive d’une sensation contrariée ». Car en effet, il n’y a plus aucune tendance qui émerge pour le moment et nous ne pouvons qu’être contrarié par le contexte actuel dans lequel il faut essayer de raisonner.

Pour le moment, le conflit commercial est le point central d’attention et ne semble pas évoluer favorablement après l’arrestation de la CFO de Huawei.

La publication du chiffre du déficit de la balance commerciale américaine n’a pas non plus été un facteur d’apaisement. En effet, ce dernier s’est aggravé (voir graphique), et est même le plus élevé depuis 10 ans. Cette aggravation est la conséquence d’un recul de -0.1% des exportations, entre autres à cause de la chute des exportations de soja, et la fermeté du dollar.

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Les importations, au contraire, ont augmenté suite à une demande intérieure qui demeure soutenue. Ce qui signifie que le commerce va peser négativement sur la croissance américaine au dernier trimestre.

La guerre commerciale pèse donc sur cette balance commerciale pour le moment et ne l’améliore pas, bien au contraire, ce qui pourrait sembler paradoxal.

Autre conséquence de cette guerre commerciale et de la hausse des tarifs douaniers, toujours aux Etats-Unis, les commandes à l’industrie ont chuté de -2.1%. Et selon les industriels ce recul est bien la conséquence de la hausse des droits de douane, mais aussi de la pénurie de main d’œuvre qualifiée.

Mais, autre paradoxe, les indices ISM aux Etats-Unis (voir graphique), ne reflètent nullement ces inquiétudes car ils restent solides et orientés à la hausse.

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Et pourtant, les taux longs aux Etats-Unis se tassent et le différentiel entre le treasury 10 ans et 2 ans continue de se réduire comme le montre le graphique.

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Alors que le marché de l’emploi reste solide puisque l’on attend 200.000 créations d’emploi après un chiffre de 250.000 le mois passé, et un taux de chômage stable à 3.7%.

Si je fais donc la balance, l’économie américaine est solide, ce qu’a d’ailleurs encore confirmé Powell, mais la hausse des taux de la part de la FED ne passe pas (même si le message pourrait évoluer après la réunion de décembre), et la courbe des taux indiquerait une récession à court terme ce qui n’est pas confirmé par les chiffres.

Le prix du baril

Ce dernier est aussi clairement un élément perturbateur et son nouveau recul, alors que l’OPEP semble bien décidée à baisser sa production, a pesé aussi sur les bourses.

On s’oriente en effet vers un accord pour réduire la production de pétrole, cependant, cette réduction serait de 1 million de baril par jour, soit le bas de la fourchette des prévisions, et surtout il faut encore l’accord de la Russie.

Deux grands risques

La semaine prochaine pourrait être marquée par deux évènements qui pourraient laisser des traces indélébiles.

D’une part, la manifestation des « gilets jaunes » en France samedi, qui pourrait tourner à la guérilla avec des conséquences politiques et économiques qui pourraient être catastrophiques.

D’autre part, le vote le 11 décembre par le parlement britannique, et les chances de Theresa May semblent quasiment nulles de pouvoir remporter ce vote vu le camouflet qu’elle a subi lors de la première séance.

Un report du vote est un des scénarii possibles pour permettre de revoir le fameux filet de sécurité concernant l’Irlande. Mais sans report, et si rejet, il ne reste que deux solutions, soit une sortie sans accord, soit pas de Brexit du tout selon Theresa May.

Mais les pro Brexit ne l’entendent pas cette façon et œuvrent à son éviction pour relancer les discussions avec l’UE. Mais cela serait une pure illusion de croire cela.

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