Attention à l’exubérance irrationnelle

Posté le 21 septembre 2018
Stock Market Discussion

Stock Market Discussion

C’est un vent d’euphorie qui souffle sur les bourses, mais ce vent chaud ne doit pas faire oublier qu’il peut balayer les plus fragiles.

Retour spectaculaire des fondamentaux

Ce retour des fondamentaux peut laisser perplexe tout autant d’ailleurs que les craintes de ces dernières semaines. Et même si les fondamentaux restent bons, il ne faut pas tomber dans l’euphorie béate et rester attentif aux risques.

L’OCDE a d’ailleurs revu ses prévisions de croissance à la baisse et évoque très clairement une augmentation des risques, mais pour autant elle parle bien de croissance.

C’est bien la retenue de la Chine après les dernières hausses des taxes américaines qui a amené un peu de sérénité. Car non seulement les autorités chinoises ont exclu de manier la dévaluation de leur devise comme arme de représailles, mais elles ont aussi annoncé qu’elles allaient réduire les tarifs à l’importation pour une série de produits et prendre des mesures pour soutenir la demande intérieure.

Ce retour aux fondamentaux a projeté le Dow Jones a un nouveau sommet et porté l’ensemble des bourses. Et comme le dollar, malgré l’attente de la hausse des taux de la part de la FED la semaine prochaine, a reculé, les devises des pays émergents se sont reprises, ce qui s’est aussi révélé être un facteur de soutien aux bourses. De plus, le FMI s’est montré positif dans l’évolution des discussions avec l’Argentine, ce qui a eu pour effet de réduire la pression sur la devise, et donc un effet boule de neige positif sur les autres devises des pays émergents.

Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, l’agence S&P a fait passer les perspectives pour l’Australie de « négatives » à « stables », confiante dans l’évolution des finances publiques. L’Australie qui est un des 10 pays a encore pouvoir s’enorgueillir d’avoir un rating AAA.

Prudence pour autant

Je ne veux pas pour autant tomber dans l’euphorie béate et la révision des prévisions de l’OCDE est là pour nous inciter à la prudence. Comme le montre le tableau, elle a légèrement revu à la baisse ses prévisions de croissance pour l’économie mondiale compte tenu des turbulences sur les marchés émergents et de la guerre commerciale. Comme déjà signalé, pas plus tard que mercredi, l’OCDE estime que le pic de croissance est derrière nous. Elle déclare que « l’expansion pourrait bien avoir atteint un plafond. La croissance mondiale devrait s’établir à 3.7 % en 2018 et 2019, soit très légèrement en deçà des normes d’avant la crise, et les risques de détérioration par rapport aux prévisions s’intensifient. La croissance est aujourd’hui moins généralisée, et les perspectives divergent d’une grande économie à l’autre, en particulier parmi les économies de marché émergentes ».

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Si pour la zone euro, la révision est à la marge avec un taux qui passe de 2.2% à 2%, par contre pour la Turquie, l’Argentine, le Brésil et l’Afrique du Sud les révisions sont sévères.

L’OCDE constate un ralentissement du commerce mondial, voir graphique, ce qui justifie à ses yeux ces révisions à la baisse.

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Le gouvernement turc a aussi procédé à une révision de ses prévisions mais se montre nettement plus optimiste que l’OCDE en tablant sur une croissance de 3.8% en 2018 et de 2.3% en 2019. Concernant l’inflation, il table sur un taux de 20.8% cette année et de 15.9% l’année prochaine. Malgré ces révisions, elles sont encore perçues comme trop ambitieuses et le gouvernement n’a pas annoncé des mesures pour réduire les déséquilibres.

Hausse de taux, baisse de la devise

Comme souvent d’ailleurs, la hausse du taux de la part de la banque centrale de Norvège a entrainé une baisse de la devise (voir graphique). Comme prévu, elle a augmenté son taux de 0.25% pour le porter à 0.75%, une première depuis 7 ans.

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Mais en laissant entendre que la prochaine hausse de taux n’interviendrait pas avant l’année prochaine, elle a entrainé une correction de la devise.

A peine réélu que déjà sous pression

A peine réélu à la tête de son parti avec 553 voix contre 254, Abe, le premier ministre japonais, va devoir « affronter » Trump la semaine prochaine lors d’un sommet qui risque de voir le sujet des importations de voitures japonaises dominer les discussions.

Mais Abe pourra au moins se consoler avec les chiffres d’inflation qui montrent une très légère amélioration. Le taux d’inflation a progressé à 1.3% contre 0.9%, mais avec un niveau de 0.4% contre 0.3%, l’inflation de base est encore très éloignée de l’objectif de la BOJ. La bataille n’est donc pas encore gagnée surtout dans un contexte qui demeure tendu sur le front du commerce international.

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