La banque centrale turque s’affirme

Posté le 14 septembre 2018

turquie

La banque centrale de Turquie a décidé de frapper un grand coup, mais a surtout fait la démonstration de son indépendance.

Indépendance

Car l’affirmation de son indépendance est peut-être plus important que la hausse des taux en elle-même, car elle indique clairement que la banque centrales est prête à s’opposer à Erdogan.

Car quelques heures avant la réunion, Erdogan avait une nouvelle fois manifesté son opposition à une hausse des taux et accusé la banque centrale d’avoir provoqué la hausse de l’inflation par sa politique.

Mais au moment de prendre la décision, cette dernière n’a pas tergiversé et a décidé d’augmenter le taux de 625 points pour le porter à 24% comme le montre le graphique.

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La réaction a été immédiate avec une reprise de la livre turque, comme l’illustre le graphique, et un effet positif qui a percolé sur les autres devises émergentes mises sous pression, à l’exception du peso argentin qui affiche un nouveau record à la baisse par rapport au dollar (voir graphique).

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Cette décision de la banque centrale a contribué à réduire un peu les tensions, qui avaient déjà été un peu abaissées avec l’annonce d’une reprise possible des discussions entre les Etats-Unis et la Chine.

Pas d’atterrissage brutal

La publication d’indicateurs en Chine ce matin devrait aussi contribuer à apaiser le climat un peu tendu de ces dernières semaines, car ils confirment une bonne résilience de l’économie.

La production industrielle a ainsi progressé de 6.1% en chiffres annuels contre 6% le mois précédent, et les ventes de détail affichent une hausse de 9% contre 8.8% précédemment.

Seuls les investissements marquent le pas avec une hausse de 5.3% contre 5.5% précédemment alors que justement ils sont nécessaires pour compenser le ralentissement des exportations à cause de la guerre commerciale.

Statu quo

La BCE a bien évidemment laissé ses taux inchangés et n’a pas non plus discuté de la façon dont elle allait gérer les échéances dans son portefeuille obligataire car elle veut se garder un fer au feu au cas où.

Car tout en se montre positif, Mario Draghi n’en a pas moins pointé le fait que le protectionnisme, la vulnérabilité des pays émergents et la volatilité sur les marchés financiers avaient augmenté les risques.

Et c’est pour cette raison que la BCE a revu légèrement ses prévisions à la baisse avec une croissance de 2% en 2018 (contre 2.1%), de 1.8% en 2019 (contre 1.9%). Tout en laissant inchangées ses prévisions pour l’inflation à 1.7% pour les mêmes périodes.

La BOE n’a pas non plus modifié ses taux en faisant le même constat que la BCE sur les risques qui pèsent actuellement sur la croissance. Tout en ayant en plus un risque supplémentaire et de taille avec le Brexit. Car les Anglais ont beau espérer un accord, ils sont pour le moment en train d’établir des listes avec tous les cas possibles en cas de sortie de l’UE sans accord.

Cette liste a été complétée hier avec 25 points qui vont de la question des permis de conduire qu’il faudra pour conduire dans l’UE, au passeport nécessaire, à l’avenir du financement européen du développement régional, de l’ accès aux contrats du secteur public dans l’UE, …

Dollar en recul

La décision de la banque centrale de Turquie a contribué au recul du dollar, car comme je le soulignais, elle a entrainé une reprise des autres devises des pays émergents.

Mais c’est également la publication du chiffre du CPI aux Etats-Unis qui a poussé le dollar à la baisse. Car contre toute attente, l’inflation a reculé à 2.7% contre 2.9% pour l’indice général, et à 2.2% contre 2.4% pour l’indice de base qui est moins volatile.

Ce chiffre va un peu à l’encontre des craintes de la FED qui s’inquiétait dans son Livre Beige des tensions sur le marché du travail et du risque d’inflation que cela pourrait entrainer. Et donc la publication de ce chiffre laisse perplexe et a contribué au recul du dollar.

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