La récession en embuscade ?

Posté le 6 juillet 2018

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Les premières réactions à la mise en place concrète des premiers tarifs douaniers entre la Chine et les Etats-Unis sont empreintes de fatalisme, mais aussi d’un peu d’espoir.

Premières mesures

C’est donc ce vendredi que les Etats-Unis vont taxer pour 34 milliards de dollars d’importations de produits chinois, et que ceux-ci vont appliquer leurs mesures de rétorsion ce qui a d’ailleurs encore un peu plus pesé sur le prix du soja (voir graphique).

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Comme la mesure n’est évidemment plus une surprise, les bourses se sont focalisées sur la possibilité d’un accord entre les Etats-Unis et l’Europe sur les importations de voitures américaines. Il faut dire aussi qu’un certain nombre de valeurs avaient déjà fortement souffert dès l’annonce de ces tarifs douaniers comme le montre le graphique.

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Angela Merkel a en effet déclaré qu’elle était prête à soutenir l’abaissement des tarifs douaniers pour les importations de voitures américaines, mais que si cela avait lieu pour les Etats-Unis, cela devrait aussi être le cas pour les autres pays pour respecter les règles de l’OMC.

Par contre, le dollar n’a pas réagi positivement et est même en recul, car clairement ces tarifs douaniers posent question. C’est en tout cas ce qui ressort des minutes de la dernière réunion de la FED. Si ses membres sont impressionnés par la vigueur de l’économie américaine, ils ont quand même de sérieux doutes. On peut en effet lire dans ces minutes que « la plupart des décideurs de la Fed ont noté que l’incertitude et les risques associés à la politique commerciale s’étaient intensifiés et craignaient que cette incertitude et ces risques puissent éventuellement avoir des effets négatifs « .

La FED a évoqué même pour la première fois lors de ce comité le risque de récession de l’économie américaine en évoquant la réduction de l’écart entre les taux d’intérêt à court et à long terme.

Car comme le montre le graphique, avec en gris la courbe des taux américains il y a un an et en bleu la courbe actuelle, elle a eu tendance à nettement s’aplatir. Et selon ces minutes « un certain nombre de participants ont pensé qu’il serait important de continuer à surveiller la pente de la courbe de rendement « .

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Vigueur de l’économie en trompe l’œil ?

La vigueur de l’économie américaine ne serait-elle dès lors qu’une illusion ? Pas vraiment si l’on croit ces minutes car la FED se montre bien impressionnée par la vigueur de l’économie et en particulier du marché de l’emploi. Raison pour laquelle elle a bien l’intention de poursuivre son processus de hausse des taux.

Et cette vigueur du marché de l’emploi va être confirmée cet après-midi avec la publication des chiffres du chômage. Même si le chiffre publié hier par ADP a un peu déçu avec seulement 177.000 créations d’emploi dans le secteur privé, on attend quand même un chiffre de 195.000 créations d’emploi contre 223.000 le mois passé.

Avec un taux de chômage attendu stable à 3.80%, et une hausse de 0.3% du salaire horaire moyen, soit une hausse annuelle de 2.80%, il n’est pas surprenant que la probabilité d’une hausse des taux de la part de la FED en septembre se situe à 76%.

Demeure évidemment les inquiétudes liées aux conséquences de la hausse des tarifs et aussi celle d’un embrasement du prix du baril. Car même si ce dernier a légèrement reculé, l’Iran a menacé de bloquer le détroit d’Ormuz ce qui pourrait évidemment entraine une hausse des prix.

Questionnement sur le Japon

Alors que le premier trimestre a fortement déçu, une reprise de l’économie japonaise pourrait intervenir si la consommation des ménages se reprend. Mais jusqu’à présent cela n’a pas encore été le cas puisque les dépenses des ménages ont reculé de -0.2% d’un mois à l’autre, soit un recul annuel de -3.9% contre -1.3% précédemment.

Mais la situation pourrait changer avec la hausse de 1.3% sur un an des salaires réels contre un recul de -0.2% précédemment. Pour autant, vu l’atonie en début d’année, l’objectif d’inflation de la BOJ ne sera pas atteint et cette dernière va encore devoir maintenir sa politique pour une longue période.

Hausse des taux en vue

Par contre, la BOE devrait procéder, probablement au mois d’août, à une hausse des taux, comme le laissait déjà pensé le fait que 3 membres sur 9 avaient voté en faveur d’une hausse des taux immédiate.

Mais la probabilité a encore augmenté après un discours de son gouverneur qui a déclaré « sur le plan intérieur, les données reçues m’ont donné davantage confiance dans le fait que la faiblesse de l’activité au Royaume-Uni au premier trimestre était en grande partie due aux conditions météorologiques et non au climat économique ».

Pourtant demeure l’inconnue de taille des négociations sur le Brexit et alors que May doit faire face non seulement au scepticisme des Européens par rapport à son plan d’un Brexit soft, mais également à l’opposition de 7 membres de son cabinet.

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