La débâcle des devises des pays émergents

Posté le 29 juin 2018
Currency Skyscraper colored

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Si le CNY a stoppé son mouvement de baisse, par contre un certain nombre de devises des pays émergents ont encore reculé hier.

Devises sous pression

Les facteurs qui expliquent ce recul est la conjonction de la hausse des taux aux Etats-Unis, qui a entrainé une hausse du dollar, qui a particulièrement pénalisé les pays qui ont un endettement important en dollar. A cela, il faut rajouter la guerre commerciale qui risque d’avoir un impact négatif sur ces économies et la hausse du prix du baril parce qu’ils sont souvent importateurs de pétrole.

Le plus bel exemple est sans doute le cas de la roupie indienne qui est à son niveau le plus bas historique par rapport au dollar comme l’illustre le graphique.

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Si la roupie indonésienne, le rand sud-africain, le réal brésilien, la livre turque connaissent la même tendance, c’est évidemment que les conditions sont semblables à celles de l’Inde. Endettement élevé en dollar, et/ou faiblesse de l’économie pour certains.

Plus étonnant est l’effet de contagion aux devises des pays de l’Europe de l’Est avec en particulier le forint hongrois qui se situe à son niveau le plus bas historique par rapport à l’euro comme le montre le graphique. La couronne tchèque est aussi impactée comme je le soulignais hier ainsi que le zloty polonais.

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Le réal brésilien n’est pas loin non plus de son plus bas historique par rapport au dollar comme le montre le graphique. Et la tendance ne devrait pas s’inverser après la publication des prévisions de la banque centrale du Brésil. Cette dernière a revu fortement à la baisse son taux de croissance pour 2018 qui est estimé à 1.6% contre 2.6% précédemment.

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Elle justifie cette révision par la faiblesse de l’activité en début d’année, la faiblesse des indices de confiance, et surtout l’impact très négatif sur l’économie de la grève des transporteurs qui a paralysé le pays au mois de mai.

Euro en légère hausse

Malgré des indicateurs de confiance qui continuent de courber l’échine, comme le montre le recul de l’indice de confiance GfK pour l’Allemagne, ligne bleue, mais pas autant que le même indice pour la Grande-Bretagne, ce qui explique le recul du sterling, l’euro s’est légèrement renforcé.

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Cela tient à deux éléments, d’une part l’attente de la publication de l’inflation qui devrait encore progresser à 2% contre 1.90%, même si l’inflation de base devrait revenir à 1% contre 1.10%.

Et d’autre part, parce qu’au bout de la nuit, les européens sont arrivés à un accord sur la politique migratoire de l’Europe. Cet accord comprend la création de plateformes régionales de débarquement situées sur les côtes nord-africaines (pas pour tout de suite vu qu’il faudra l’accord des pays en question), la création de centres européens contrôlés dans les pays où les migrants arrivent. Mais ces centres seront européens, ce qui était l’exigence de l’Italie, à savoir que la charge financière et opérationnelle sera partagée avec les autres Etats de l’UE. Et que la relocalisation soit effectuée rapidement mais de façon volontaire. Et pour finir, l’accord prévoit que ceux qui ne peuvent pas bénéficier du principe de relocalisation, à savoir les migrants économiques, la politique de retour sera accélérée.

Cet accord qui a l’assentiment de l’Italie devrait diminuer la pression sur ce pays et devrait normalement sauver la tête d’Angela Merkel.

Interrogations sur la croissance à long terme

Malgré la révision à la baisse de la croissance au premier trimestre aux Etats-Unis à 2% contre 2.2%, les perspectives pour les prochains trimestres restent excellentes. L’économie américaine devrait profiter cette année de l’effet de la réforme fiscale qui devrait soutenir les bénéfices des entreprises et porter la consommation des ménages.

Par contre, à plus long terme, l’économie américaine devrait ralentir, ce qu’indique de plus en plus la forme de la courbe. Si l’on prend le différentiel de taux entre le treasury 30 ans et le 5 ans, comme repris sur le graphique, il est proche de ses niveaux de 2000 et 2007 qui ont été marqués par une récession.

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