Le dilemme des banques centrales

Posté le 21 juin 2018

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Certaines banques centrales s’inquiètent des répercussions des tensions commerciales entre les Etats-Unis et la Chine et pourraient être plus prudentes, d’autres n’ont pas d’autre choix que d’augmenter leur taux pour endiguer le recul de leur devise.

Banques centrales inquiètes

Les trois banques principales ont toutes exprimé leur inquiétude, lors du sommet de Sintra au Portugal, sur les risques que font courir les tensions commerciales.

En premier lieu, la FED, qui, par la voie de son président, s’est exprimée pour la première fois sur le sujet en déclarant que « des changements dans la politique commerciale pourraient nous obliger à remettre en question les perspectives « . Et que « pour la première fois, nous entendons (de la part de chefs d’entreprise) parler de la décision de reporter l’investissement, de reporter l’embauche, de reporter la prise de décisions « .

Sans que ces propos n’augurent d’un changement dans la politique monétaire de la FED, ils peuvent expliquer que les taux longs aux Etats-Unis ne bougent quasiment plus et que le rendement du treasury 5 ans reste à 2.57%.

Mario Draghi n’a pas dit autre chose en déclarant que « ce n’est pas facile et il n’est pas encore temps de voir quelles seront les conséquences de tout cela sur la politique monétaire, mais il n’y a aucune raison d’être optimiste à ce sujet « . Et voilà pourquoi les taux dans la zone euro devraient rester encore longtemps inchangés.

Et pour conclure le président de la BOJ a résumé les sentiments en déclarant « l’impact indirect sur l’économie japonaise pourrait être très important…. si cette escalade tarifaire entre les États-Unis et la Chine se poursuit « . Et ce qui est vrai pour le Japon, l’est aussi pour l’Europe, pour les Etats-Unis à fortiori et pour tous les autres.

La BOE qui se réunit ce jeudi devrait aussi laisser ses taux inchangés vu la faiblesse de la croissance et les risques que font peser les tensions commerciales malgré une inflation qui dépasse ses objectifs. Même si la majorité de ses membres se sont montrés plus fermes, la hausse des taux n’interviendra pas avant, au mieux, le mois d’août.

Banques centrales obligées d’agir

D’autres banques centrales n’ont pas d’autre choix que d’augmenter leur taux pour contenir l’inflation et la dégradation de leur devise. C’est le cas de la banque centrale des Philippines qui a augmenté pour la deuxième fois en six semaines son taux pour le porter à 3.5%.

La banque centrale d’Indonésie devrait agir de la même façon la semaine prochaine alors même qu’elle avait déjà augmenté son taux directeur de 0.50% au mois de mai.

La banque centrale du Brésil a décidé de laisser son taux inchangé à 6.5% mais pourrait augmenter ce dernier si les tensions sur sa devise s’accentuent et elle devrait donc suivre la FED dans son mouvement de hausse.

La banque centrale de Chine pourrait agir en abaissant les réserves obligatoires pour relâcher un peu le crédit, ce qui a comme conséquence d’accentuer le recul de sa devise par rapport au dollar.

Et les taux en Argentine devraient rester élevés alors que le pays a obtenu un accord de financement de 50 milliards de dollars de la part du FMI. Une première tranche de 15 milliards a été libérée et devrait permettre de stabiliser le change et alimenter le budget. Mais bien évidemment, l’Argentine s’est engagée à mener une politique d’austérité pour ajuster ces déséquilibres.

Et pour finir, rappelons que la banque centrale du Mexique augmentera aujourd’hui son taux de 0.25% pour le porter à 7.75%. Comme le montre le graphique, il s’agit d’un mouvement enclenché dans la foulée de la décision de la FED mais qui s’est accéléré avec les tensions sur la devise.

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