Tous ne sont pas un pays chanceux

Posté le 6 juin 2018
Kangaroos crossing.

Kangaroos crossing.

L’Australie a encore fait mieux que prévu et affiche donc une période de 27 ans de croissance sans récession.

Pays chanceux

En effet, le PIB a progressé de 1 % au premier trimestre contre 0.5 % le trimestre précédent, soit un taux annuel de 3.1 % contre 2.4 %.

Ce taux est le plus élevé depuis le deuxième trimestre 2016 et a été assuré par les exportations, les investissements des entreprises et les dépenses publiques. En revanche, les dépenses des ménages sont restées en deçà des attentes. Elles n’ont contribué qu’à hauteur de 0.2 % de la croissance au cours du trimestre.

C’est pour cette raison, et aussi parce que l’endettement des ménages est très élevé, que la banque centrale a décidé hier de laisser son taux inchangé à 1.50 % et qu’elle pourrait encore le laisser inchangé pour une longue période.

Pays chahuté

La déclaration du premier ministre Guiseppe Conte, conforme au programme du gouvernement, n’a cependant pas calmé les craintes sur les intentions de ce dernier.

Alors que la BCE se réunit la semaine prochaine et qu’elle pourrait annoncer la fin de son programme d’assouplissement quantitatif, la tension reste vive sur la dette italienne. Le rendement de l’obligation italienne à 10 ans est remonté à 2.75 %, et la perspective de voir la BCE se retirer à ce moment-là risque fort d’exacerber les tensions.

Pour preuve, les positions à découvert prises par les fonds spéculatifs ont fortement augmenté ces deux derniers mois et ils pourraient encore accentuer leurs positions.

Pays sous pression

La hausse du dollar, et les perspectives de hausse des taux aux États-Unis, avec en ligne de mire la réunion de la FED la semaine prochaine, continuent de peser sur les devises des pays émergents.

Ces derniers sont confrontés à la conjonction de la baisse de leur devise et d’une hausse de l’inflation en partie à cause de la dévaluation de la devise. Cela les oblige à augmenter leur taux d’intérêt ce qui pèse sur la croissance et accentue le recul de la devise, entrainant le pays dans un cercle vicieux.

C’est, entre autres, le cas des Philippines qui ont vu le taux d’inflation dépasser l’ objectif d’un niveau compris entre 2 et 4 %. Cette dernière s’affiche à 4.6 % en taux annuel contre 4.5 % le mois précédent et une nouvelle hausse de taux après celle du 10 mai pourrait intervenir rapidement dans ce contexte.

Pays réactif

Le Mexique a mis ses menaces à exécution et a annoncé des mesures de rétorsion à la hausse des tarifs douaniers américains sur l’acier et l’aluminium.

Il a ainsi annoncé un taux de 25 % sur certains produits en acier, de 20 % sur des produits agricoles, comme les pommes qui représentent le premier marché à l’exportation pour les producteurs américains, de 25 % sur le bourbon et de 20 % sur le porc.

Comme je l’évoquais hier vu le poids prépondérant du porc américain, le Mexique a décidé dans le même temps d’ouvrir un contingent de 350.000 tonnes pour l’importation en provenance d’autres pays, à savoir le Canada, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Danemark, le Chili, l’Espagne, la France, l’Allemagne, l’Italie, et la Belgique.

Pays déchiré

Alors que les indicateurs économiques demeurent excellents, que le taux de chômage est au plus bas, que les indicateurs de confiance restent extrêmement élevés (voir graphique), la situation aux États-Unis est contradictoire.

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Si certains se félicitent de la hausse des tarifs douaniers, les producteurs d’acier évidemment, d’autres s’en inquiètent comme le secteur automobile, et tous ceux qui utilisent de l’acier dans leur processus de fabrication. Ne parlons pas des agriculteurs qui sont en première ligne et pourraient subir directement les mesures de rétorsion.

Mais d’autres s’inquiètent d’une hausse des prix qui viendrait éroder le pouvoir d’achat des ménages américains alors que les taux sont en phase ascendante. Il est d’ailleurs amusant, ou ironique, de voir que les États-Unis demandent à l’Arabie Saoudite et aux pays de l’OPEP d’augmenter leur production pour faire baisser le prix à la pompe alors que cette hausse vient en partie de la décision de se retirer de l’accord avec l’Iran.

Pays fragilisé

Alors que nous avons revu à la baisse nos prévisions de croissance pour la Belgique, les prévisions du Bureau du Plan pour les perspectives d’inflation ne sont pas très encourageantes.

Sur base de ses prévisions mensuelles, le Bureau du Plan table sur une inflation à 2 % en 2018, contre un niveau de 1.5 % pour la zone euro, et de 1.7 % en 2019. Ce qui entrainerait un dépassement de l’indice pivot et donc une hausse des allocations sociales et des salaires dans la fonction publique.

Double conséquence, cette hausse de l’inflation va éroder encore un peu plus les revenus des épargnants, et la hausse des salaires va peser sur la compétitivité de la Belgique.

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